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Témoignage | Vous ne nous connaissez pas? C’est normal! Nous vivons sous terre

En ligne depuis le 25 février 2015 et publié dans - modifié le 6 août 2017

Le 26 janvier 2015, un groupe de demandeurs d’asile logés dans trois différents abris de la protection civile à Genève ont remis une lettre ouverte à l’Hospice général, en charge de l’hébergement des demandeurs d’asile et des réfugiés dans le canton. Cri du cœur face aux conditions d’hébergement qu’ils subissent, pour certains depuis plus d’un an, et qui vient en écho à la mobilisation qu’ont connue les cantons de Vaud et de Soleure récemment. Cette lettre a été signée par 117 personnes. Une parole rare, qui mérite d’être lue et entendue.

pNous sommes des requérants d’asile logés dans des bunkers – ou dans des conditions similaires – à Genève: Annevelle, Châtelaine, Alexandre Gavard. Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous faire part de notre situation car nous ne supportons plus d’habiter dans ces conditions.

Nous venons d’Erythrée, de Syrie, du Soudan,… Chez nous, nous avons connu l’emprisonnement, la torture, la guerre. Nous avons fui pour sauver nos vies. La situation politique ne nous permettait plus de rester dans nos pays. Nous avons dû quitter nos familles, nos maisons. Sur la route, nous avons connu de nombreux dangers: nous avons été enfermés dans des camps, nous avons traversé le désert à pied, et finalement la Méditerranée. Beaucoup de nos compatriotes et amis sont morts en chemin. Aujourd’hui, nous sommes en Suisse, «terre d’asile» et nous sommes reconnaissants à ce pays et à ses habitants de nous accueillir. Pourtant ici aussi, on nous empêche de mener une vie digne.

Nous vivons sous terre, entassés, sans fenêtres, sans air, sans soleil, pour certains depuis plus d’une année. Nous avons de gros problèmes d’hygiène, de nourriture et de sommeil, qui altèrent gravement notre santé tant physique que psychique.

Les toilettes et les douches sont en nombre totalement insuffisant (2 douches et 6 toilettes pour 80 personnes) et de ce fait sont la plupart du temps dans un état de propreté déplorable.

La promiscuité nous expose sans cesse aux maladies et à la contagion, d’un simple rhume à la grippe intestinale en passant par la gale. Sans parler des punaises de lit.

L’air est difficile à respirer. Nous souffrons de problèmes oculaires et de maladies de peau. Nous n’avons pas la possibilité d’avoir accès à des espaces où nous pourrions cuisiner et sommes donc dépendants de la nourriture qui nous est servie: aucun légume frais; couscous, riz ou spaghetti au quotidien; nourriture préparée depuis des jours, qui stagne dans les frigos, et qui est parfois avariée quand on nous la sert; même le pain est souvent dur.

La lumière est allumée 24 heures sur 24, nous empêchant de dormir. Tout comme le bruit, la ventilation, le fait que les lits soient connectés entre eux, les ronflements des uns et les cauchemars des autres. Nous n’avons aucune intimité.

Ces conditions d’ «accueil» se répercutent sur notre quotidien dans son ensemble et créent de graves difficultés à différents niveaux. Le manque de sommeil nous épuise et nous fragilise. Nous n’arrivons pas à suivre nos programmes d’intégration ou autres cours de français, qui nous permettraient de créer du lien avec notre société d’accueil. Nous ne pouvons pas non plus voir nos amis car nous ne pouvons pas recevoir de visites. Nous n’avons plus aucune énergie et n’entrevoyons aucune perspective. Ces conditions de vie nous rappellent les sévices que nous avons subis dans nos pays. Ces traumatismes nous hantent.

Après l’incendie qui s’est déclaré aux Tattes, nous vivons tous dans l’inquiétude. Si un incendie se déclarait dans un abri PC, par où pourrions-nous sortir pour échapper aux flammes? Cet état d’angoisse et de tension permanentes, les difficultés matérielles, la promiscuité, les conditions de vie qui nous sont imposées, se cristallisent dans des problèmes intercommunautaires et interpersonnels. La richesse qui devrait découler de la rencontre avec d’autres personnes, d’autres cultures, est rendue impossible par les problèmes de survie qui préoccupent chacun. Ceci est cause de conflits qui ne font que renforcer les tensions.

Il nous est impossible de trouver le repos. Beaucoup d’entre nous sont à bout. Madame, Monsieur, combien de temps pensez-vous que vous tiendriez dans ces conditions? Avez-vous déjà pénétré dans ces endroits? Pouvez-vous nous préciser comment l’Hospice «s’engage pour la dignité» quand il nous fait vivre ainsi? Dans nos pays, il n’y a que les morts que l’on met sous terre.

Nous sommes des êtres humains. Nous avons besoin d’air pur, de soleil, d’espace et de dignité, comme tout le monde. Nous ne pouvons et ne voulons continuer à vivre dans ces conditions. Nous ne savons pas combien de temps nous serons encore capables de les supporter.

Nous vous demandons de prendre les mesures urgentes et nécessaires pour y mettre fin.

Le groupe des habitants des PC

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