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IRIN | La Pologne confrontée à un important afflux de demandeurs d’asile ukrainiens

En ligne depuis le 4 avril 2015

Depuis le début du conflit qui sévit dans l’est de l’Ukraine entre les séparatistes soutenus par la Russie et les forces du gouvernement ukrainien, il y a près d’un an, la Pologne voisine a accueilli moins de 3000 Ukrainiens sur les 674’000 qui ont fui le pays.

Article publié sur le site de l’IRIN, le 26 mars 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site de l’IRIN.

Or, jusqu’à présent, le Bureau polonais pour les étrangers, qui traite les demandes d’asile, n’a accordé le statut de réfugié à aucun des 2765 Ukrainiens ayant déposé une demande en 2014 et dans les deux premiers mois de 2015. Jusqu’à 1700 demandeurs d’asile ukrainiens attendent toujours une décision en ce qui concerne leur statut de réfugié et 645 ont déjà essuyé un refus.

«Le Bureau polonais pour les étrangers croit que les Ukrainiens de l’est du pays devraient, dans un premier temps, faire usage de la ‘possibilité de fuite interne’. Cela signifie qu’ils n’ont pas besoin de quitter l’Ukraine pour être en sécurité, puisque les autorités ukrainiennes peuvent leur fournir une protection légale», a expliqué Rafal Kostrzynski, un porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Pologne.

En réalité, selon le HCR, les quelque 1,1 million d’Ukrainiens de l’est ayant été déplacés à l’intérieur du pays en raison du conflit peinent à obtenir de l’aide de la part des autorités ukrainiennes et rapportent faire l’objet de discriminations lorsqu’ils tentent de trouver du travail dans d’autres régions du pays.

M. Kostrzynski a dit que les Ukrainiens avec qui il s’était entretenu en Pologne étaient nombreux à rapporter que la bonne volonté [des habitants] de l’ouest de l’Ukraine avait des limites. «Avec l’escalade du conflit, la polarisation de la société ukrainienne s’aggrave», a-t-il dit à IRIN.

«Ceux qui arrivent de l’Est se font dire qu’ils devraient retourner là-bas et vivre la guerre qu’ils ont commencée. L’Ukraine souffre en outre de difficultés économiques et le gouvernement a de la difficulté à fournir de l’aide humanitaire, à procéder à l’enregistrement des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) et à faciliter leur accès à différents types d’avantages sociaux.»

L’accord de cessez-le-feu signé à Minsk à la mi-février n’a pas permis de faire cesser le conflit. Les tirs d’artillerie lourde se poursuivent dans le nord de Donetsk et à Louhansk. Le conflit a gravement endommagé les infrastructures de ces régions. Il a en outre entraîné la fermeture de centaines d’entreprises privées et publiques, laissant d’innombrables Ukrainiens sans emploi et avec un accès limité à ce dont ils ont besoin pour combler leurs besoins primaires.

Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) polonaises, y compris la Fondation Helsinki pour les droits de l’homme (FHDH), ont critiqué les autorités polonaises pour avoir offert des niveaux d’aide différents aux réfugiés ukrainiens selon qu’ils avaient ou non des ancêtres polonais.

À la mi-janvier 2015, le gouvernement a organisé une mission de sauvetage humanitaire ponctuelle pour venir en aide à 179 Ukrainiens d’origine polonaise vivant dans les régions de Donetsk et de Louhansk. Les évacués ont été amenés dans deux établissements situés dans le nord-est de la Pologne où ils pourront rester jusqu’à six mois. Ils y ont accès à des cours de langue, à des écoles pour leurs enfants et à une aide pour trouver un emploi et un logement. Ils peuvent par ailleurs demander la résidence permanente au lieu du statut de réfugié.

Quant aux Ukrainiens qui n’ont pas de parents en Pologne, ils ont même de la difficulté à légaliser leur séjour dans le pays.

Pendant qu’ils attendent la décision des autorités, les demandeurs d’asile peuvent choisir de rester dans l’une des infrastructures d’hébergement mises en place par le Bureau polonais pour les étrangers ou de toucher une somme mensuelle de 190 dollars par personne et de trouver leur propre logement.

Parmi ceux qui essuient un refus, certains font appel de la décision, d’autres retournent en Ukraine et d’autres encore mettent le cap sur l’Europe occidentale, a dit M. Kostrzynski. Puisqu’ils ont déposé une demande en Pologne, toutefois, ils courent le risque d’y être renvoyés. Le règlement de Dublin de l’Union européenne exige en effet que les demandes d’asile soient traitées dans le pays où elles ont initialement été soumises.

On ne sait pas grand-chose au sujet de ceux qui décident de retourner dans l’est de l’Ukraine. «En règle générale, ces personnes disparaissent simplement du radar», a dit M. Kostrzynski.

Dans une lettre ouverte adressée en janvier au ministère des Affaires intérieures, HFRH a exhorté le gouvernement à «traiter de façon humaine tous les citoyens ukrainiens qui fuient leur pays en raison des hostilités».

Le ministère a répondu, en février, qu’il serait «en mesure d’autoriser l’entrée en Pologne d’un plus grand nombre de personnes sollicitant une protection».

D’après M. Kostrzynski, les autorités polonaises ont également exprimé récemment la volonté d’évaluer si la «possibilité de fuite interne» devait continuer ou non de s’appliquer aux demandeurs d’asile ukrainiens.

Pendant ce temps, de nombreux Ukrainiens attendent anxieusement le résultat de leur demande d’asile. IRIN a parlé à deux d’entre eux.

Marina et Sasha*

Après la prise de contrôle de Donetsk par les rebelles prorusses, en mai 2014, Sasha, ancien directeur d’une entreprise de comptabilité de la petite ville de Makeïevka, près de Donetsk, et sa partenaire Marina ne se sentaient plus en sécurité nulle part.

«Notre ville a été plongée dans l’anarchie. Les séparatistes ont saisi de nombreux bâtiments dans notre quartier. Ils contrôlaient les rues, pillaient les commerces et les banques et confisquaient les appartements abandonnés par les personnes qui avaient échappé à la guerre», a dit Marina, qui avait auparavant son propre salon de coiffure à Makeïevka.

Les rebelles ont arrêté Sasha à deux reprises à des postes de contrôle. Les deux fois, il a été battu et gardé en captivité pendant de nombreuses heures.

«Sous le contrôle des rebelles pro-russes, Donetsk a radicalement changé», dit-il. «Nous ne sommes plus autorisés à parler ukrainien; tous les drapeaux ukrainiens ont été retirés. Il est devenu insupportable de vivre auprès de voisins qui nous dénonçaient aux séparatistes lorsque nous parlions ukrainien.»

Les rebelles ont installé leur quartier général à seulement 800 mètres de l’immeuble où vivaient Sasha et Marina. Ils bombardaient régulièrement les villes voisines à partir d’un endroit situé directement sous leur balcon. La puissance des explosions a brisé toutes les fenêtres de leur appartement.

Lorsque les rebelles ont vu Marina en train de prendre une photo des dommages subis par leur immeuble avec son téléphone portable, ils ont pointé une Kalachnikov sur elle.

«Je tremblais et je pleurais. Je les ai implorés de me laisser partir. Ils ont fini par me libérer, mais je savais qu’ils me surveilleraient désormais de près», se rappelle-t-elle.

À la suite de cet incident, Marina et Sasha ont décidé qu’il était temps de quitter l’est de l’Ukraine. Ils ont traversé la frontière polonaise début octobre 2014.

«Aucun de nous n’a un ancêtre polonais direct. La sœur de ma grand-mère a cependant marié un Polonais et émigré en Pologne peu de temps après la Première Guerre mondiale. Je n’ai pas vu sa famille depuis mon enfance. Je me souvenais seulement du nom de famille d’un oncle et de la ville dans laquelle je pensais qu’il restait», a dit Marina.

Pendant leur séjour dans un établissement géré par le Bureau polonais pour les étrangers dans la ville de Bezwola, dans l’est de la Pologne, Marina et Sasha ont contacté par Internet un étudiant polonais qui les a aidés à retrouver les parents de Marina dans l’ouest de la Pologne. Ces derniers étaient contents de pouvoir aider le couple à entreprendre une nouvelle vie en Pologne.

Sasha et Marina survivent maintenant grâce à la petite somme qu’ils reçoivent mensuellement. Ils attendent anxieusement une décision en ce qui concerne leur statut de réfugié.

«Nous n’envisageons même pas la possibilité d’essuyer un refus. Je ne peux pas imaginer retourner dans l’est ou même dans l’ouest de l’Ukraine», a dit Sasha. «Nous ne serions pas capables de vivre encore une fois l’expérience de la guerre, de nous cacher dans des caves en craignant pour notre vie.»

«Nous avons également vu, dans les médias ukrainiens, les centaines de migrants internes qui doivent dormir sur des matelas, entassés dans des salles de sports de l’ouest de l’Ukraine. Ces personnes sont incapables de trouver des emplois ou de louer des chambres en raison des préjugés qui existent contre eux. Il n’y a pas d’avenir pour nous en Ukraine.»

*Noms fictifs

 

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