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Domaine public | Asile: la coupe est pleine, pas la barque

En ligne depuis le 11 août 2015 - modifié le 13 août 2015

Il est préoccupant de voir des politiciens centristes suivre l’UDC dans le dénigrement des requérants, érythréens en particulier.

Article de Jean-Daniel Delley, publié sur Domaine public, le 9 août 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site de Domaine public.

Est-ce la canicule persistante qui fait perdre la tête aux partis politiques et à leurs leaders?

L’hypothèse ne concerne pas l’UDC qui, semaine après semaine et bien avant le début de l’été, laboure le terrain électoral à coup d’affirmations et de propositions aussi infondées qu’absurdes. La Suisse serait «envahie» par les requérants d’asile, la situation «chaotique», un véritable «bourbier» dans lequel nous aurait conduit la politique laxiste de Simonetta Sommaruga.

Cible privilégiée de l’UDC, les Erythréens qui, depuis 2007, constituent le plus fort contingents de requérants. De faux réfugiés, pour son tonitruant président, jamais à court d’idées farfelues. Le Conseil fédéral doit se hâter de signer un accord de réadmission avec l’Erythrée. Les autorités d’Asmara ne se plaignent-elles pas de l’exode de la population et ne promettent-elles pas une amnistie aux exilés repentis? Toni Brunner n’a même pas l’excuse de l’ignorance. La situation en Erythrée est parfaitement connue et documentée par de nombreuses instances internationales et ONG: une dictature cruelle qui pratique la torture et a instauré le travail forcé ainsi que le service militaire à vie.

Auparavant, l’UDC avait appelé ses sections locales à une «résistance active» contre les nouveaux projets fédéraux de centres d’accueil. Elle préconisait la reprise d’un contrôle autonome des frontières et un moratoire d’une année sur l’asile. Non sans avoir adopté à l’unanimité de ses délégués une proposition d’envoi de courriers garnis de farine ou de sucre – à défaut d’anthrax – pour effrayer la ministre de la justice. Le parti menace maintenant de lancer un référendum contre la révision de la loi sur l’asile, une révision qui prévoit une accélération du traitement des requêtes, précisément demandée par cette même UDC.

Et voilà que cinq parlementaires démocrates-chrétiens suggèrent de mobiliser l’armée aux frontières, de supprimer toute aide en espèces aux requérants et aux admis provisoirement, qui seraient astreints à un travail non rémunéré.

Ce délirium estival atteint maintenant des cantons. Les gouvernements lucernois et schwyzois exigent que la Suisse ne reconnaisse plus le statut de réfugié aux Erythréens, qui pourraient tout au plus bénéficier d’une admission provisoire. Dans sa récente lettre à Simonetta Sommaruga, le conseiller d’Etat lucernois Guido Graf (PDC) précise que ces mesures devraient concerner aussi les requérants les plus coûteux pour les cantons, à savoir les mineurs non accompagnés.

Fédéralisme à trois étages oblige, les communes s’en mêlent à leur tour. Elles mettent en doute le montant des dépenses du secteur de l’asile publié par le Secrétariat d’Etat aux migrations. Les chiffres avoués seraient bien inférieurs aux coûts réels liés à l’accueil des requérants.

Certes, le flux des demandeurs d’asile pose des problèmes d’hébergement dans certains cantons. Mais il faut rappeler que, durant son bref passage au Conseil fédéral, Christoph Blocher avait diminué de moitié le nombre de places d’accueil. Une réduction substantielle qui permet aujourd’hui de parler d’une situation de crise. Dans le passé, la Suisse a pu faire face à un afflux de requérants bien plus important qu’aujourd’hui. Durant le conflit du Kosovo, elle a accueilli plus de 40’000 personnes par an. Alors que l’an passé, elle a enregistré 24’000 demandes.

Notre pays n’est de loin pas le plus attractif. En Allemagne, le nombre de demandes a plus que doublé, en Autriche et en Hongrie il a progressé plus encore.

La barque est loin d’être pleine. Par contre la coupe déborde: fausses affirmations, généralisations abusives, insultes, solutions à l’emporte-pièce et irréalisables créent un climat délétère.

Il est temps que les partis responsables fassent barrage à l’UDC qui prétend prendre en compte les inquiétudes d’une population qu’elle a elle-même suscitées. Non pas du bout des lèvres, mais clairement et ensemble.

Il est temps que le Conseil fédéral appuie ouvertement Simonetta Sommaruga et dénonce avec elle cette campagne de dénigrement, indigne de nos institutions démocratiques.

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