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La Liberté / Le Courrier | Toujours plus de jeunes sans parents

En ligne depuis le 23 novembre 2015

Kriens (LU) vient d’ouvrir un centre n’accueillant que des enfants et des jeunes arrivés seuls en Suisse. Le nombre de ces derniers en Suisse se multiplie.

Article de Ariane Gigon, paru dans Le Courrier, le 23 novembre 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Ils ont l’air heureux, ces adolescents qui balayent méthodiquement les feuilles d’automne devant l’ancien motel Pilatusblick à Kriens, dans la banlieue de Lucerne. Ou plutôt: ils n’ont pas l’air malheureux. Car la probabilité qu’ils aient subi ou vu des choses traumatisantes durant le périple qui les a amenés, seuls, en Suisse, est grande. Ces jeunes sont, dans le jargon administratif, des RMNA, c’est-à-dire des «requérants mineurs non accompagnés».

Le canton de Lucerne vient de créer une structure spécialement à leur intention. L’ancien motel, loué par l’Etat à un particulier, accueille 64 jeunes qui étaient hébergés jusque-là parmi les requérants adultes d’un foyer à Emmenbrücke. Ils seront environ 80 quand la structure sera complète. Leur nom et leur histoire resteront inconnus, car le canton accepte, certes, les visites des médias, mais pas les interviews des mineurs.

Ce matin-là peu après 9 h, deux jeunes filles aux cheveux couverts d’un voile quittent le centre. Agées de plus de 16 ans, elles participent à un programme d’apprentissage de la langue et d’entraînement à un travail proposé par le canton aux jeunes issus de l’immigration. Les plus jeunes suivront des cours dans une classe installée dans le centre même.

De 49 à 142 mineurs

«Le nombre de mineurs non accompagnés est passé de 49 au début de l’année à 142 actuellement, dont 119 garçons et 23 filles», explique Ruedi Fahrni, coordinateur des questions liées à l’asile pour le canton de Lucerne. «Avec cette augmentation, il n’était plus possible de garantir une prise en charge spécifique. Il faut en effet du personnel la nuit et les week-ends, des programmes quotidiens, une personne de contact, des lieux séparés et un contrôle des loisirs et de ­l’alimentation.»

Entre le 1er janvier et le 21 octobre, 1540 RMNA ont déposé une demande d’asile en Suisse, indique Céline Kohlprath, porte-parole du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). Six enfants avaient moins de 7 ans, 38 autres ont entre 8 et 12 ans, mais le plus grand groupe (1064 jeunes) a entre 16 et 17 ans. En 2014, ils avaient été au total 794 et 337 en 2013. Ces jeunes venaient majoritairement d’Erythrée, qui enrôle les garçons dans l’armée dès 14 ans, mais, depuis quelques mois, ce sont principalement de jeunes Afghans qui arrivent en Suisse (voir ci-dessous).

«Au début, les gens étaient très sceptiques», éclaire Lothar Sidler, municipal en charge des affaires sociales. «Avant la séance d’information avec les responsables cantonaux, l’ambiance était même assez électrique. Mais une fois les détails connus, l’opinion a changé. Aujourd’hui, les habitants sont majoritairement pour l’accueil de ces jeunes, et nombre d’entre eux proposent spontanément des activités». C’est ce qu’ont fait un groupe de théâtre et le club de football local.

Familles recherchées

L’accord passé avec le canton prévoit néanmoins des zones dites «sensibles», où les jeunes ne doivent pas aller. Il s’agit surtout de périmètres industriels. En échange de son approbation, la commune a obtenu de ne pas devoir accueillir d’autres requérants d’asile. «Tout le monde y gagne», précise Lothar Sidler. «Sinon, nous aurions dû mettre des abris de protection civile à disposition.»

Comme d’autres, le canton de Lucerne recherche aussi des familles d’accueil pour ces jeunes. «C’est très difficile», regrette Ruedi Fahrni. «Les conditions à remplir placent la barre très haut. Ces enfants ont souvent été traumatisés. Les expériences de guerre les ont marqués. Certains ont vu le pire, ne savent pas si leurs parents sont vivants ou non, et sont confrontés à une culture complètement différente. La famille d’accueil doit donc avoir une grande sensibilité à ces questions. Elle doit aussi être accompagnée par une organisation professionnelle.»

Manque d’harmonisation

Le nombre de centres pour les RMNA en Suisse? Il n’y a pas de statistique nationale. Plusieurs cantons comme Vaud, Fribourg ou Genève en sont dotés. Saint-Gall et Bâle-Campagne ont annoncé l’ouverture de telles infrastructures en 2016. Le manque d’harmonisation des pratiques cantonales fait toutefois l’objet de critiques. Auteur en 2014 d’un rapport dénonçant les lacunes de la prise en charge des mineurs, l’Observatoire suisse du droit d’asile et des étrangers (ODAE) a redemandé, vendredi dernier, l’instauration de standards minimaux valables dans tous les cantons. C’est ce que prépare la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS). Ils devraient être adoptés au printemps prochain.
D’ici là, les requérants mineurs non accompagnés auront peut-être eu droit à un Noël avec les habitants, à Kriens ou ailleurs.

Aligan, 16 ans et afghan

Il est près de 16 h, et Aligan Hussaini (Photo C. Rappo) rejoint le foyer des Remparts, à Fribourg, situé juste en face de l’Ecole professionnelle où il avait cours. Ce jeune Afghan est âgé de 16 ans, «bientôt 17» dit-il dans un français encore hésitant. Il fait partie de ces nombreux mineurs non accompagnés, arrivés en Suisse tant bien que mal. Lui, c’est depuis le Pakistan, où sa famille avait trouvé refuge, qu’il a fait le voyage.

Issu de la minorité hazara, principalement chiite, il confie que les problèmes devenaient de plus en plus nombreux dans un Afghanistan peuplé majoritairement de sunnites. Mais pas de chance, au Pakistan, il tombe un jour sur des talibans qui lui aspergent l’épaule d’acide – il montre sa vilaine cicatrice. Son seul tort, être chiite. «Parfois, ils tuent même. Un de mes amis est mort après avoir été battu.»

Par peur, Aligan décide de ne plus rester au Pakistan. Il en parle à sa famille, qui lui donne de l’argent pour qu’il puisse rejoindre l’Iran. «Là-bas, j’ai travaillé huit mois dans une fabrique.» Ce qui lui permet de financer la suite de son voyage vers la Turquie. «J’ai pris des bus, parfois des voitures, mais j’ai surtout beaucoup marché.» En Turquie, il tente de rejoindre la Grèce par bateau. Mais il n’a pas l’argent. Les passeurs appellent le Pakistan pour demander à son frère aîné la somme nécessaire. «Je ne sais pas combien il a versé. Mais les autres passagers ont déboursé 1500 à 2000 dollars pour la traversée. Nous étions 40, dans un tout petit ­bateau.»

Il rejoint les côtes grecques sain et sauf, mais se souvient que l’embarcation qui devait les suivre a chaviré… De la Grèce, il part pour l’Italie, où il passe quelques jours en foyer, avant de mettre le cap sur la Suisse. Il séjourne alors quatre mois au Tessin avant que les autorités ne décident de l’envoyer à Fribourg. «Et cela fait maintenant neuf mois que je vis ici.»

Aligan caresse le rêve de pouvoir rester en Suisse, d’y apprendre le métier de mécanicien automobile. Et de devenir un champion de kickboxing.

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