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Le Courrier | Amanuel G. a été expulsé au petit matin

En ligne depuis le 11 mars 2016 - modifié le 29 mars 2016

Père de famille, un requérant d’asile érythréen a été remis, seul, aux autorités italiennes vendredi matin.

Article de Florian Erard, publié dans Le Courrier, le 11 mars 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Réfugié érythréen, Amanuel G., a dû rentrer en Italie, premier Etat européen qu’il a atteint après avoir fui l’Erythrée, sans sa famille, en contradiction donc avec le principe du regroupement familial. Aux alentours de 3h45, la gendarmerie genevoise a pénétré dans la chambre de son foyer à Anières pour le menotter, a fait savoir le Centre social protestant (CSP) qui a jugé l’événement suffisamment révoltant pour convoquer la presse vendredi après-midi. En fin de matinée, le jeune père de famille a été remis aux autorités italiennes, d’après les informations qu’a pu obtenir le CSP depuis son arrestation. Présente, la femme d’Amanuel, très émue, a raconté l’arrestation:

«La police nous a interdit de communiquer dans notre langue, je n’ai pas pu le saluer. Depuis ce matin, mes deux enfants me demandent sans arrêt où est leur père. Je ne sais pas comment faire face à cette situation.»

L’épouse d’Amanuel est enceinte de leur troisième enfant.

Réfugié à la suite de persécutions dans son pays d’origine, il a passé quatre ans en Italie pour ensuite rejoindre la Suisse en 2014. Les autorités transalpines l’ayant reconnu comme réfugié, sa demande d’asile sur sol helvétique n’a pas été acceptée. Le CSP le décrit comme un homme de bonne volonté qui souhaitait s’intégrer. Il gérait l’internet café de son foyer. Par ailleurs, début février, le CSP avait lancé une pétition contre le renvoi de l’Erythréen. Un texte qui a récolté 2500 signatures, dont les paraphes de personnalités connues comme Micheline Calmy-Rey ou Ruth Dreifuss, anciennes conseillères fédérales, Martine Brunschwig Graf, ancien conseillère d’Etat, Carole-Anne Kast, présidente du PS ou Bertrand Buchs, nouveau président du PDC, selon Aldo Brina, chargé d’information sur l’asile pour le CSP.

Alain Bolle, directeur du CSP, a fustigé le renvoi de ce père de deux enfants et dont la femme est enceinte, le qualifiant d’«inhumain» et d’«inadmissible». Le juriste du CSP François Miéville s’est dit pour sa part étonné d’une intervention en plein nuit: «On utilise cette méthode pour des récalcitrants et non pas pour des gens comme Amanuel qui se conforment aux décisions de justice.» Pour lui, les autorités cantonales auraient fait du zèle puisqu’elles sont en mesure de décider du moment de l’exécution des décisions administratives.

Le CSP s’étonne aussi que le renvoi ait été ordonné alors que des tractations juridiques «discrètes» se poursuivaient notamment avec les services de Simonetta Sommaruga, conseillère fédérale chargée de justice et police. «Nous n’avons jamais su que le renvoi était imminent», explique M. Miéville, avant de mentionner que le Tribunal fédéral n’avait pas pris en considération l’intérêt des enfants.

La suite? D’après le juriste du CSP, Amanuel peut demander le regroupement familial en Italie, mais cela prendrait au moins une année. M. Brina espère pour sa part pouvoir faire revenir ce père de famille en Suisse.

Contacté, le Département de la sécurité et de l’économie relève qu’il ne se prononce jamais sur les cas particuliers. Il s’inscrit néanmoins en faux «contre les allégations émises sur la façon dont les choses se sont passées». En clair, la police aurait laissé à Amanuel G. le temps de rassembler ses affaires et de dialoguer avec son épouse. Sur le fond, relève le DES, «L’arrêt du Tribunal administratif fédéral est exécutoire depuis le 4 janvier 2016». Et de rappeler que les forces de l’ordre ne sont mandatées que lorsque la personne concernée refuse de quitter volontairement le territoire ou ne dispose pas d’un titre de voyage.

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