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Amnesty | Être femme et réfugiée, un double fardeau

En ligne depuis le 1 avril 2016

Les agressions de centaines de femmes en Allemagne et à Zurich pendant les fêtes ont horrifié le monde. Les enquêtes de police ont révélé que certains des agresseurs étaient des demandeurs d’asile et l’instrumentalisation politique de ces violences ne s’est pas fait attendre. Mais beaucoup ont oublié que les femmes migrantes sont exposées à une double violence: la misogynie et la xénophobie.

Article de Julie Jeannet, paru dans le magazine AMNESTY n° 84, mars 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site d’Amnesty.

Beaucoup d’encre a coulé depuis les sombres événements de la Saint-Sylvestre. Les médias avaient à peine relayé les plaintes de centaines de femmes pour agressions sexuelles en Allemagne et à Zurich que l’extrême droite s’en emparait avec délectation. Les propos et actes haineux contre les réfugié·e·s succédaient à la violence contre les femmes. Les migrant·e·s récemment arrivés·e·s devenaient de parfaits boucs émissaires. Après les attaques misogynes du 31 décembre, nombre de politicien·ne·s se sont soudain révélés féministes de manière tout à fait opportuniste en Europe. Pourtant, vouloir combattre la violence contre les femmes en repoussant les réfugié·e·s, c’est oublier que la violence contre les femmes est universelle. C’est omettre que la haine du féminin ne se cristallise pas dans une région du monde. C’est négliger que l’oppression des femmes est partout, et que les femmes réfugiées sont particulièrement touchées.

Les femmes qui fuient la guerre et les persécutions sont exposées à une multitude de violences durant leur parcours migratoire. Une équipe de chercheurs d’Amnesty International a récolté les témoignages de réfugiées en Allemagne et en Norvège. Elles révèlent s’être senties en danger tout au long de leur périple, y compris sur sol européen. Nombre d’entre elles ont affirmé avoir été victimes d’agressions physiques, d’avances et de pressions les incitant à avoir des relations sexuelles avec des passeurs, d’autres réfugiés ou des employés chargés de la sécurité. Une jeune Irakienne de 22 ans a raconté que lorsqu’elle se trouvait en Allemagne, un agent de sécurité en uniforme lui avait proposé de lui donner des habits si elle acceptait de «passer du temps seule» avec lui. Nahla, une Syrienne de 20 ans a expliqué qu’un passeur la harcelait et cherchait constamment à la toucher. Plusieurs d’entre elles ont dit avoir été frappées ou insultées par des membres des forces de sécurité en Grèce, en Hongrie et en Slovénie. Malgré le froid et la pluie, environ deux mille migrant·e·s sont arrivé·e·s chaque jour en Europe en janvier. Alors que les États renforcent le contrôle de leurs frontières et restreignent l’accès à leurs territoires, les structures d’accueil sont surpeuplées. Si bien qu’il est de plus en plus difficile d’établir des zones et des installations sanitaires réservées aux femmes. Avec la promiscuité, celles-ci courent plus de risques de se faire agresser.

Ce qui s’est passé le 31 décembre est insupportable. Comment ne pas être envahi·e·s par le dégoût et la révolte en pensant aux viols de ces centaines de femmes? Toutes les atteintes à l’intégrité des femmes doivent être sanctionnées. Ce serait pourtant faire fausse route que de désigner tous les migrants comme de potentiels agresseurs. Il serait naïf de croire que la violence envers les femmes est confinée à certaines cultures, en oubliant que quinze mille cas de violence domestique sont recensés chaque année en Suisse. Déployer l’arsenal xénophobe pour combattre la violence contre les femmes n’a aucun sens. En durcissant nos politiques d’accueil, en repoussant hommes, femmes et enfants, nous nous trompons de cible. Et les premières à en pâtir seront les femmes.

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