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Le Courrier | Bientôt des enfants logés dans les abris souterrains?

En ligne depuis le 2 avril 2016 - modifié le 7 septembre 2016

Face à l’afflux de réfugiés, l’Hospice général s’apprête à ouvrir un abri PC réservé aux femmes et n’exclut pas de le faire pour des familles. Inquiétudes.

Article de Pauline Cancela, publié dans Le Courrier, le 1er avril 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Courant avril, une cinquantaine de femmes requérantes d’asile seront logées sous terre par l’Hospice général. C’est la première fois qu’un abri de la protection civile leur sera consacré, dans le Cycle du Marais, à Onex. Alors que, jusqu’ici, l’Etat n’avait réservé cet hébergement d’urgence qu’à des hommes seuls, force est de constater que le manque de places d’accueil en surface se fait de plus en plus criant. A tel point qu’après cette ouverture, «exceptionnelle» selon le magistrat Mauro Poggia 1, l’Hospice n’exclut pas d’héberger des familles entières en sous-sol.

Si, éthiquement, les hommes ne méritent pas plus que les femmes de dormir sous la terre, c’est le changement de pratique opéré par l’Hospice général qui interpelle sur le terrain presque un an après l’occupation du Grütli et les grandes manifestations des NoBunkers. Depuis l’ouverture du premier abri PC en 2014, l’Etat a en effet toujours dit vouloir réserver ce type de logement à des hommes, seuls et en bonne santé.

D’abord, il ne s’agissait que de requérants d’asile célibataires déboutés ou frappés d’une décision de non entrée en matière devant quitter la Suisse. Mais face à la saturation des lieux d’accueil, dès 2015, des requérants  d’asile «primo-arrivants», célibataires puis parfois pères de familles, y ont aussi été installés dans les neufs abris PC ouverts aujourd’hui, confirme l’Hospice.

«Il n’y a pas d’alternative»

A la fin du mois d’avril, avec l’ouverture de l’abri du Marais, et d’un autre à Meyrin réservé aux hommes, ce ne seront pas moins de onze structures souterraines qui accueilleront des requérants d’asiles aux statuts variés. «Etant donné que les projets de construction de centres provisoires ne peuvent aboutir qu’en 2017, et que les autres moyens d’hébergement sont épuisés, l’Hospice général doit se résoudre à ouvrir de nouveaux abris et peut être obligé d’y loger également des familles», explique Cécile Cartalano, chargée de communication.

Elle rappelle que l’institution a toujours estimé que la solution des abris PC, en plus d’être onéreuse, n’est pas «humainement satisfaisante  à moyen terme». «Mais toutes les autres solutions d’hébergement étant épuisées, nous avons été contraints d’y recourir.»

De là à envisager d’y mettre des familles? «J’aimerais pouvoir dire que cela ne sera pas nécessaire»,  poursuit Laurent Paoliello, porte-parole du conseiller d’Etat Mauro Poggia, magistrat de tutelle de l’Hospice. «Mais nous n’avons pas d’alternative. Avec l’augmentation des requérants d’asile et la saturation des foyers, il faudra s’y résoudre  dans le pire des cas.» D’après lui, c’est la nécessité de ne pas laisser des personnes «à la rue» qui conduit la stratégie de l’Etat. «Il n’y a pas eu de changement de pratique, l’abri PC constitue toujours l’ultima ratio», précise-t-il.

«Manque de courage politique»

Au plus fort de la guerre des Balkans, à la fin des années nonante, une quinzaine d’abris PC avaient dû être ouverts pour faire face à l’afflux de réfugiés venant du Kosovo. Des familles y avaient alors été hébergées pendant quelques mois, non sans susciter une forte mobilisation de la société civile (Le Courrier du 30 juillet 2015).

(v. aussi le et décryptage de Vivre Ensemble,
Les abris de la protection civile suscitent de l’indignation aujourd’hui comme dans le passé“, 29.07.2016)

La répétition probable de ce scénario, avec des durées d’hébergements autrement plus longues, ne manque pas d’interpeller le milieu associatif et politique engagé dans la lutte contre les bunkers. «L’Etat n’a toujours rien résolu alors que les arrivées vont continuer. Ce n’est pas crédible, il y a clairement un manque de volonté politique», réagit Juliette Fioretta, de Solidarités Tattes.

A Solidarités, Pablo Cruchon ne dit pas autre chose: «On ne peut que constater l’absence de courage politique de la part de l’Etat, qui aurait pourtant les moyens de saisir des terrains et qui ne le fait pas.» Selon lui, Genève aurait par exemple la latitude de réquisitionner la caserne des Vernets sans l’aval de l’armée. Mais faute de vouloir créer un incident diplomatique, le canton ne s’y résoudrait pas.

Des médecins ont pourtant démontré que la vie en souterrain nuit clairement à la santé au-delà d’une période de trois semaines. Or les personnes qui sont actuellement hébergées en abris y sont parfois depuis plus de douze mois. «C’est une situation qui dure et nous n’avons toujours aucune garantie que ces personnes en sortent rapidement», fait remarquer Lisa Mazzone, conseillère nationale verte.

Elle estime tout simplement «inacceptable et inquiétant» que l’Etat continue d’ouvrir des abris PC et envisage d’y mettre des familles, malgré la contestation et en dépit des conséquences dramatiques de cette forme de logement sur la santé physique et psychique. «On est en train de franchir toutes les limites! Je ne peux pas croire qu’en une année, on ne parvienne pas à trouver des solutions, si on en fait vraiment une priorité.»

Note:

  1. Le magistrat, qui n’a pas pu répondre à nos questions en cette semaine de vacances, s’était exprimé sur la question lors d’une séance d’information publique à Onex le 26 février 2016.

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