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Le Courrier | Grèce: «On les traite comme des animaux»

En ligne depuis le 14 avril 2016

Les exilés bloqués sur les îles grecques de Chios et Lesbos, en attendant leur renvoi vers la Turquie, vivent dans des conditions déplorables. Des volontaires romands racontent.

Article de Kessava Packiry, publié dans Le Courrier, le 14 avril 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Elle l’avoue: elle a encore du mal à retomber sur terre. Toutes ses pensées vont vers ces migrants qu’elle a assistés sur l’île grecque de Chios, toute la semaine dernière.

«J’ai vécu dans l’urgence, en mode automatique, sans ressentir l’impact de ce que l’on voit. C’est quand tu rentres chez toi que ça te tombe dessus. Je suis allée nager à midi. Je n’ai pas pu m’empêcher de m’imaginer ces migrants sur leurs canots pneumatiques. A ce moment-là, on ressent une terrible impuissance», raconte Mary Wenker.

Cette enseignante fribourgeoise d’une cinquantaine d’années a pris sur sa semaine de congé pour se porter bénévole. Tout comme le Valaisan Alexandre Lopez (46 ans), ambulancier à Sierre, parti une première fois en février, puis récemment entre fin mars et début avril. «Vu la situation là-bas, je ne me voyais pas partir en vacances…»

Un sort peu enviable

Tous deux ont rejoint l’organisation non gouvernementale basée à Lausanne «humansnation»*. Elle loue quelques véhicules qui permettent aux équipes, de concert avec d’autres ONG, de patrouiller 24 h sur 24 le long du littoral. «Quand nous tombons sur des réfugiés échoués sur les côtes, nous pouvons leur donner à manger et des habits secs. Mais s’ils sont interceptés par les autorités avant notre arrivée, ils sont alors directement conduits au port principal de l’île. Et là nous ne pouvons plus rien faire. Nous avons l’interdiction de les nourrir. Pourtant ces gens manquent de tout», soupire Mary Wenker.

Et leur sort est peu enviable: avant d’être renvoyés en Turquie, selon l’accord conclu fin mars avec l’Union européenne, ils sont placés dans des camps fermés. Des camps de «détention», aux yeux de nombreuses ONG, dont Médecins sans frontières et le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).

«Il existe quelques camps ouverts, comme celui de Souda: un jour nous y avons visité les containers les uns après les autres, afin d’évaluer les besoins de leurs occupants en habits. Ils n’ont que ce qu’ils portaient sur eux dans leur fuite. Ils vivent comme des bêtes. Ils n’ont aucun soutien de la Grèce ni de l’Europe. Nous nous demandons tous où est passé l’argent promis par l’UE pour permettre à la Grèce de faire face à cette immigration», s’interroge Mary Wenker. «Sans l’aide de toutes ces petites ONG, je ne sais pas comment ils feraient. Le plus terrible, ce sont les enfants: ils ont besoin de lait, de fruits,… La prise en charge des migrants par les autorités grec­ques est chaotique!»

Ce que dénonce également Amnesty International (AI): «Les camps sont surpeuplés, il y a des pénuries de nourriture, de médicaments, et l’accès aux soins est terriblement difficile: à Moria, le principal camp de Lesbos (l’autre île où sont massés les migrants avant leur renvoi vers la Turquie, ndlr), on compte trois médecins pour 3150 personnes», relève Nadia Boehlen, porte-parole d’AI Suisse.

«La situation dans ces camps de détention – Moria par exemple est un camp coupé du monde extérieur par plusieurs clôtures surmontées de fil barbelé – est extrêmement problématique. Après tout ce que ces gens ont déjà subi, c’est inacceptable!»

La donne a changé

Alexandre Lopez constate: «En février, il y avait à peine quelques patrouilles en mer. Et donc de nombreuses arrivées, avec des milliers de gens à accueillir. Mais ces gens gardaient le sourire, car ils avaient encore l’espoir de poursuivre leur voyage. Depuis mars et la signature de l’accord, la donne a changé: il y a une intense surveillance dans les airs et sur la mer, pour que les migrants ne passent pas.»

Quelques esquifs parviennent tout de même à aborder. «Une fois que nos patrouilles nous ont avertis, une fois que nous avons pu donner à ces gens à manger et des vêtements secs, les migrants sont alors pris en charge par la police, qui les met dans des bus pour les conduire dans les camps de détention. Et pour prendre le bus, ils doivent payer 3,50 euros… Ils paient pour aller se faire enfermer, alors qu’ils n’ont rien fait de mal!», s’étrangle Alexandre Lopez. «Ils sont arrivés là en prenant des risques incroyables et ils vont être renvoyés en Turquie. Un Syrien, père de famille, m’a dit qu’il préférait mourir en mer ou rester enfermé en Grèce plutôt que de retourner en Turquie.»

Il y a bien la procédure d’asile. Mais là encore, tout semble biaisé. «Ils sont interrogés sur leurs projets: s’ils répondent vouloir aller en Allemagne par exemple, les migrants ne savent pas qu’ils seront automatiquement renvoyés vers la Turquie. Seul le projet de rester en Grèce valide leur demande d’asile», explique Mary Wenker. «Tout a été fait à la va-vite. C’est vraiment le chaos!»

Peur et désespoir

Nadia Boehlen appuie: «La Grèce a modifié ses procédures d’asile en avril. Mais aucune mesure pratique n’a été pensée pour la mise en œuvre de ces nouvelles normes. Les migrants ne disposent d’aucun service d’assistance juridique et ne reçoivent presque aucune information sur leur statut actuel ni leur possible devenir. La peur et le désespoir sont palpables.»

*L’ONG recherche des volontaires: http://humansnation.ch

Les initiatives solidaires se multiplient en Suisse romande. Si vous aussi vous avez envie de vous engager,  consulté le “Petit guide solidaire” de la coordination asile.ge.

Vous êtes un groupement ou une association active, d’une manière ou d’une autre, auprès des réfugiés  en  Suisse  romande? Vous récoltez des  habits, cherchez des  bénévoles pour des cours de français, accompagner les réfugiés ou les demandeurs d’asile? Nous pouvons relayer vos actions et vos besoins: écrivez vivre.ensemble@asile.ch.

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