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Le Courrier | Elle doit être renvoyée malgré une grossesse à risque

En ligne depuis le 27 mai 2016

Une famille syrienne va être renvoyée en Allemagne en vertu des accords de Dublin. Problème: la mère vit une grossesse à risque.

Article de Léa Nobs, publié dans Le Courrier, le 26 mai 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

«Nous sommes venus demander l’asile en Suisse, un Etat de droit où on respecte les êtres humains. Qu’avons-nous fait à ce pays pour mériter ça?» s’interroge Alaa Alghouch, enceinte de huit mois et qui vit une grossesse à risque. Il y a deux ans, une femme enceinte avait perdu son bébé durant un trajet en train entre Vallorbe et Domodossola. Malgré ce précédent, les autorités comptent renvoyer Alaa.

«Je veux juste accoucher ici»

Cette réfugiée syrienne de 28 ans est arrivée en Suisse avec son mari, Muhamad, et leurs trois enfants, en octobre 2015. Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a rejeté leur demande d’asile et les redirige vers l’Allemagne, premier pays dans lequel ils ont été annoncés, en vertu des accords de Dublin. Leur renvoi est prévu pour le 6 juin alors que le terme de la grossesse est attendu le 12 juillet. «Je veux juste accoucher ici, ce n’est pas un problème de vivre ensuite en Allemagne», précise Alaa. Car cette dernière a développé une grossesse avec risque de complications, attestée par un rapport médical des HUG. Celui-ci précise qu’«un renvoi en Allemagne compromet le pronostic de cette grossesse et donc ce renvoi est contre-indiqué». Ce rapport a été présenté à l’Office de la population et des migrations (OCPM). Mais il a décidé que cela n’empêchait pas le voyage de sept heures en train pour que la famille Alghouch atteigne l’Allemagne.

Propositions insatisfaisantes

Les autorités cantonales ont formulé deux propositions à cette famille. Soit deux médecins accompagnent les Alghouch durant leur périple en train, soit Alaa reste  seule à Genève pour accoucher. Des solutions jugées inadéquates par la famille. «Ma femme a déjà accouché deux fois prématurément, qu’est-ce qui se passera si elle accouche dans le train? Ou pire si elle fait une fausse couche?» demande Muhamad. «Ma dernière fille a 4 ans, elle a besoin de moi. Je ne peux pas laisser mes enfants partir», renchérit Alaa.

Wajd Zimmermann, présidente de Femmes pour la démocratie, s’indigne du sort réservé aux migrants: «La Suisse est-elle à ce point incapable de voir l’humain derrière le formulaire?» Ni le SEM ni l’OCPM n’ont souhaité faire de commentaire sur ce cas particulier. L’OCPM précise que «les femmes enceintes peuvent faire l’objet d’une évaluation médicale sur leur capacité d’être transportée».

Un long périple

Le trajet pour venir en Suisse que la famille Alghouch a effectué est le même que pour des milliers de réfugiés syriens: après avoir atteint les côtes grecques, en bateau pneumatique – il aura fallu quatre tentatives –, ils ont marché à travers la Serbie, la Macédoine, la Croatie, l’Autriche et finalement l’Allemagne. Arrivés dans un camp près de Stuttgart, ils se voient confisquer leurs passeports et on les oblige à donner leurs empreintes. Alaa refuse, dans un premier temps, car elle souhaite se rendre en Suisse: ses parents ainsi que plusieurs membres de sa fratrie vivent à Fribourg. De plus, elle connaît la mécanique des accords de Dublin. «Ils ont fait venir plusieurs traducteurs pour me convaincre et j’ai subi de fortes pressions pour que je donne mes empreintes», raconte la mère de famille. Elle cède donc. Aujourd’hui, cet acte lui vaut son renvoi.

Souvenir douloureux

Cette affaire n’est pas sans rappeler le drame survenu à Domodossola, en juillet 2014. Suha, une syrienne refoulée de Suisse et enceinte de sept mois, avait été prise de saignements durant un trajet en train entre Vallorbe et Domodossola. Les gardes-frontières suisses n’avaient pas réagi à ses plaintes répétées et elle avait, une fois hospitalisée, donné naissance à une fille mort-née. «Cherche-t-on une répétition de ce drame?» demande Wajd Zimmermann.

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