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Human Rights Watch | Grèce: Les réfugiés handicapés oubliés, négligés

En ligne depuis le 7 février 2017 - modifié le 8 février 2017

Les réfugiés, les demandeurs d’asile et les autres migrants en situation de handicap ne sont pas correctement identifiés comme tels et n’ont pas un égal accès aux services dans les centres d’accueil de Grèce, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Avec les milliers d’autres migrants et demandeurs d’asile, ils restent privés de protection face aux températures glaciales.

Article publié sur le site de Human Rights Watch (HRW), le 18 janvier 2017. Cliquez ici pour lire l’article sur le site de HRW.

L’Union européenne a octroyé des fonds importants au gouvernement grec, ainsi qu’aux agences des Nations unies et aux organisations non gouvernementales pour faire fonctionner les centres d’accueil, dits « hotspots », dans les îles grecques de l’est de la mer Égée, et les camps situés sur le continent. Mais il est particulièrement difficile pour les demandeurs d’asile et les autres migrants porteurs de handicaps d’accéder à des services de base comme l’hébergement, l’eau, l’hygiène et les soins médicaux. Ils ont, comme les autres migrants vulnérables, un accès limité aux soins de santé mentale. Ainsi une femme âgée en fauteuil roulant n’a pas pu prendre de douche pendant un mois.

«Les personnes en situation de handicap sont oubliées dans l’accès aux services de base, alors même qu’elles comptent parmi les réfugiés et migrants les plus vulnérables», a déclaré Shantha Rau Barriga, directrice de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. «Les autorités grecques, l’UE, l’ONU ainsi que les organisations humanitaires devraient faire en sorte que les personnes handicapées ne soient plus celles à qui on pense toujours en dernier ».

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), huit organisations humanitaires internationales ainsi qu’une association locale travaillant dans les sites de réfugiés en Grèce ont tous affirmé à Human Rights Watch qu’ils ne disposent que de peu de programmes ciblés, voire aucun, permettant de répondre aux droits et aux besoins des demandeurs d’asile, des réfugiés ou des autres migrants en situation de handicap.

L’accord très insatisfaisant de l’UE avec la Turquie – visant à renvoyer les demandeurs d’asile en Turquie, la fermeture des frontières le long de la route des Balkans, une mauvaise gestion ainsi qu’un manque de coordination entre les gouvernements européens ont bloqué 62’700 demandeurs d’asile et autres migrants en Grèce. D’après la Commission Européenne, à la date du 12 janvier 2017, seulement 7448 personnes ont été relocalisées, ou sont en cours de l’être, en vertu du mécanisme de relocalisation de l’UE – soit environ 12% des 66’400 places promises en 2015. Celles qui sont restées en Grèce vivent dans des conditions déplorables et instables, privées de services et d’hébergement adéquats. Des milliers de réfugiés à travers la Grèce souffrent des conditions hivernales très dures, vivant sous de frêles tentes, dans un froid atteignant -14°C. Ceux qui ont des handicaps sont particulièrement exposés.Les enquêtes menées par Human Rights Watch en Grèce, sur le continent comme dans les îles, en octobre 2016 et janvier 2017, ainsi que les entretiens téléphoniques réalisés en décembre 2016 et janvier 2017 montrent que les demandeurs d’asile et réfugiés handicapés ne sont pas correctement identifiés comme tels en Grèce, notamment en raison d’un processus d’enregistrement bâclé et d’un manque d’instruction du personnel. En l’absence de compréhension de l’étendue et de la nature des besoins, la réponse des organisations d’aide humanitaire ne peut être efficace.

Les services de santé mentale, indispensables dans le cas des demandeurs d’asile et des autres migrants, sont aussi très inadaptés. La moitié des 40 migrants interviewés par Human Rights Watch ont déclaré qu’eux-mêmes ou les membres de leur famille souffrent de traumatisme, d’anxiété ou de dépression dus à la violence subie dans leur pays d’origine, à leur dangereux périple, à la séparation d’avec leurs proches ou encore à l’incertitude et l’insécurité qui règnent dans les camps.

«Amra», une Afghane de 19 ans, a déclaré qu’elle avait demandé à voir un médecin au camp de Kara Tepe à Lesbos en raison de ses pensées suicidaires. «Je ne veux pas porter atteinte à ma vie, je lutte contre moi-même», a-t-elle déclaré. Des travailleurs humanitaires travaillant dans le camp l’ont conseillée à deux reprises, a-t-elle expliqué, avant de lui signifier qu’ils ne pouvaient pas l’aider davantage. Après la visite de Human Rights Watch, Amra a eu quelques entretiens avec un psychologue.Depuis 2015, la Commission européenne a octroyé plus de 125 millions d’euros au gouvernement grec et presque 370 millions d’euros aux agences d’aide et aux organisations internationales, y compris le HCR. Mais le gouvernement grec et le HCR ont été critiqués pour ne pas avoir su utiliser les fonds européens de façon à améliorer suffisamment les conditions du camp avant l’arrivée de l’hiver, laissant des milliers de personnes dormir dans un froid glacial.

Le HCR et le gouvernement grec doivent faire en sorte que les fonds alloués bénéficient à tous les réfugiés sans discrimination, y compris des personnes en situation de handicap, a déclaré Human Rights Watch. L’UE devrait requérir des informations de la part de ses partenaires d’exécution pour s’assurer que les programmes qu’elle finance bénéficient aux personnes handicapées et aux autres groupes à risque. L’UE et ses États-membres devraient intensifier leurs efforts, fournir des ressources supplémentaires à la Grèce – qui fait aussi face à des difficultés économiques – et vérifier que l’aide est équitablement répartie entre les différents camps.Les autorités grecques, avec le soutien d’autres États-membres, du HCR et des associations humanitaires, devraient immédiatement s’assurer que les personnes handicapées et les autres groupes à-risque, y compris les enfants, aient un accès équitable à l’assistance fournie dans les centres et les camps de réfugiés et de migrants, notamment l’eau et l’hygiène, la distribution de nourriture, l’hébergement et les soins médicaux – dont les soins de santé mentale et le soutien psychosocial. Tout manquement dans ce sens est discriminatoire et viole la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, ainsi que le droit européen.

Le HCR et le gouvernement grec devraient donner des instructions claires à leur personnel de terrain en vue de l’identification et de l’enregistrement des personnes porteuses de handicaps, y compris ceux qui ne sont pas facilement identifiables, comme les handicaps intellectuels ou les maladies mentales. Les services d’accueil et d’identification, ainsi que les responsables des procédures d’asile, devraient être formés pour savoir comment identifier et répondre correctement aux besoins des personnes handicapées, tout en leur garantissant un accès aux services pendant le processus. Enfin les réfugiés, les demandeurs d’asile et les autres migrants handicapés devraient être intégrés et consultés lors de la mise en place de ces actions.

Compte tenu des conditions hivernales, le gouvernement grec, avec le soutien du HCR, devrait en priorité transférer d’urgence toutes les personnes présentant un handicap – de même que les autres personnes à risque, comme les femmes enceintes, les enfants ou les personnes âgées – et vivant encore sous tente vers des logements préfabriqués chauffés avec accès à l’eau chaude. Toutes les personnes vivant actuellement sous tente devraient être transférées vers des logements adéquats dès que possible.

À plus long terme, les autorités grecques, avec le soutien de l’UE et du HCR, devraient mettre fin au système de camps et fournir à tous un hébergement au sein de la communauté. Vivre dans un camp favorise la persistance du traumatisme du départ et augmente d’autres risques importants liés à la protection, comme les violences physiques et sexuelles ou les problèmes de santé.

«D’après l’ONU, les personnes en situation de handicap représentent un septième de la population mondiale, et pourtant l’ONU et les autres institutions les négligent quand il faut répondre à des crises humanitaires», a déclaré Shanta Rau Barriga. «La situation désespérée des demandeurs d’asile et des migrants handicapés en Grèce est un appel pour que l’ONU et de l’UE prennent enfin le problème au sérieux».

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