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Le Courrier | Civilistes apprentis gardes-frontière

En ligne depuis le 30 août 2017

Une annonce demande aux civilistes de porter assistance aux gardes-frontière et exige qu’ils «adhèrent aux mesures visant à empêcher l’entrée des migrants». Choquant?

Article de Mohamed Musadak, publié le 30 août 2017 dans Le Courrier. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Des civilistes qui accompagnent des gardes-frontières, un corps armé, lors de contrôles aléatoires aux confins du pays. L’idée peut paraître saugrenue et pourtant… L’Organe d’exécution du service ­civil a en effet publié, au début du mois d’août, une annonce pour un projet pilote d’affectation nommé «Appui aux gardes-frontières dans les tâches migratoire».

La phase de test débutera le 11 septembre pour une période de 12 jours. Le descriptif des deux postes mis au concours prévoit notamment que les civilistes «facilitent et assurent la communication entre les migrants et le chef d’engagement des gardes-frontière, qu’ils aident à leur encadrement et qu’ils assurent leur transport». Des tâches que les personnes astreintes au service civil mènent déjà dans d’autres affectations. Mais une phrase du cahier des charges en particulier fait polémique: il est demandé aux civilistes «d’adhérer aux mesures visant à empêcher l’entrée, la sortie, le transit et le séjour illégaux».

«J’ai d’abord cru à une blague», s’indigne, incrédule, Amanda Gavilanes, secrétaire romande du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). «C’est pitoyable, on demande à des jeunes d’adhérer à une doctrine politique qui est loin de faire l’unanimité au sein de la population. C’est tout bonnement inacceptable, le GSsA et ses partenaires restent attentifs à cette dérive et demanderont des comptes.»

«Militariser le service civil»

L’Organe d’exécution du service civil justifie sa nouvelle affectation par le besoin de «se préparer ‘par beau temps’ aux besoins qu’on pourrait avoir dans des situations d’urgence future». Selon son porte-parole, la communication, l’accompagnement et l’encadrement dans le domaine de l’asile sont des activités que les civilistes font depuis longtemps (avec 58’400 jours de service accomplis en 2016). Ces tâches se basent sur la loi et non sur une doctrine politique.»

Pour Amanda Gavilanes, anti-militariste de longue date, il s’agit d’une dérive. «C’est une tentative évidente de détourner le service civil. La remilitarisation de l’Europe passe par les politiques migratoires menées dans presque tous les pays du continent. Y associer le service civil, c’est le militariser.» Une affirmation balayée par l’organe d’exécution du service civil. Thomas Brückner, responsable de la communication, explique que «les civilistes ne font pas de tâches relevant de la puissance publique. La participation au projet pilote n’est pas obligatoire: si cela pose un problème à un civiliste de travailler pour les gardes-frontière, il n’est pas forcé de le faire. Par ailleurs, les tâches du projet pilote ne sont pas en contradiction avec les objectifs du service civil.»

Discréditer une institution?

Pierre Conscience, secrétaire politique de Solidarités Vaud, dont le bimensuel a révélé l’annonce, dénonce «évidemment le caractère sécuritaire et politique de cette affectation. Mais il s’interroge surtout sur la plus-value apportée à la collectivité par une mission de soutien à la police aux frontières en comparaison, par exemple, à une affectation dans un EMS ou auprès de paysans de montagne.» Amanda Gavilanes, quant à elle, suspecte même «une tentative de la droite militariste de discréditer une institution qui connaît un franc succès auprès des jeunes».

A droite, les avis sont partagés. Si le conseiller national PLR Hugues Hiltpold, connu pour son opposition au service civil, ne trouve rien à redire à cette affectation «qui respecte la loi», on ne peut pas en dire autant de son collègue Raymond Clottu (ex-UDC, siégeant désormais en indépendant). «Si l’objectif était de séduire la droite, c’est raté!», tranche le conseiller national neuchâtelois. «Ce genre d’affectation ne va pas régler le problème des effectifs de l’armée, ni la trop grande attractivité du service civil». Et de conclure que «si les gardes-frontière ont besoin d’aide, c’est à l’armée de leur prêter main-forte.»

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