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Amnesty | Des enfants migrants traités comme des adultes

En ligne depuis le 18 septembre 2017 - modifié le 19 septembre 2017

Pourquoi la Suisse continue-t-elle à appliquer des méthodes de détermination de l’âge des mineurs migrants non accompagnés qui sont contestées par les médecins eux-mêmes? Cette question était au centre d’une rencontre organisée par les militants d’Amnesty International à Lausanne ce week-end.

Opinion de Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse, parue dans le 24 heures, le 12 septembre 2017. Cliquez ici pour lire l’article sur le site d’Amnesty International Suisse.

L’enjeu est clair: quand un jeune migrant est déclaré adulte, il ne bénéficie plus d’une prise en charge dans un foyer spécialisé. Quand il est reconnu comme mineur, il doit être scolarisé. Pour ne pas dépenser trop d’argent, les Etats, dont la Suisse, recourent à des pratiques inacceptables, comme la fixation arbitraire d’une date de naissance transformant les mineurs en majeurs ou le refoulement à la frontière de jeunes qui n’ont pourtant pas atteint l’âge de la majorité.

Mon collègue italien nous a dressé le constat effrayant de la situation dans son pays. Parmi les 17 000 mineurs non accompagnés recensés, il y en a 52 qui ont moins de 6 ans… Comment offrir un semblant de vie normale à ces enfants arrivés seuls, sans parents – sans doute morts au cours de la traversée de la mer Méditerranée – pour les protéger et les prendre en charge?

Tant en Suisse qu’en Italie, le nombre de mineurs non accompagnés a fortement augmenté ces deux dernières années, même s’il diminue depuis le début de 2017. Les cantons suisses ont dû ouvrir d’urgence des structures d’accueil. Plusieurs tentatives de suicide dans des centres vaudois ont défrayé la chronique et montrent que, malgré une prise en charge spécifique, ces mineurs souffrent de traumatismes terribles. Que dire alors de ceux qui ne sont même pas reconnus comme mineurs?

Les pédiatres suisses ont pris très clairement position, comme l’a rappelé lors de notre colloque Sarah Depallens, pédiatre et spécialiste de la santé des adolescents au CHUV : aujourd’hui, aucune méthode scientifique ne permet d’établir précisément l’âge d’un jeune entre 15 et 20 ans. Que l’on essaie de déterminer son âge au travers d’une radiographie du poignet, d’un examen des parties génitales ou de la dentition, ces outils sont approximatifs et se fondent sur des tables de références qui ne tiennent compte ni de l’origine ethnique, ni socio-économique. S’y ajoute une irradiation inutile.

Dans le bulletin des médecins suisses, la Société suisse de pédiatrie «recommande à ses membres et à tout médecin sollicité de ne pas participer à la détermination de l’âge des jeunes requérants d’asile et de prendre position dans ce sens auprès des institutions cantonales en charge de la migration». Espérons que leur appel soit entendu par les professionnels de la santé et que ceux-ci respectent la déontologie médicale qui veut qu’un examen soit fait pour le bien d’un patient, et non pas pour priver un enfant de son droit à une protection.

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