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Le Courrier | «Une migrante n’est pas démunie»

En ligne depuis le 25 septembre 2017 - modifié le 26 septembre 2017

Depuis dix ans, l’association Découvrir aide les femmes migrantes qualifiées à valoriser leurs compétences et à retrouver en Suisse un emploi dans leur domaine.

Article de Laure Gabus, publié le 21 septembre 2017 dans Le Courrier. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Affronter les obstacles, les surmonter puis tendre la main aux suivantes. Rocio Restrepo a fait de son parcours migratoire une force qu’elle transmet à d’autres femmes qualifiées à travers l’association Découvrir, fondée il y a dix ans.

En Colombie, Rocio Restrepo  a étudié la gestion d’entreprise puis travaillé dix-huit ans comme gestionnaire de projet. Elle a ensuite dû quitter son pays et a atterri en Suisse où elle a demandé l’asile. «Pendant huit ans, j’ai galéré, se souvient-elle. Puis j’ai eu l’opportunité de suivre une formation de psychologie.» Elle y étudie la situation des femmes migrantes qualifiées à Genève et réalise que beaucoup traversent la même chose qu’elle: «J’ai décidé de fonder l’association pour les aider à retrouver du travail en lien avec leurs compétences.»

Accompagnement à chaque étape

Son initiative se heurte à des préjugés. «Beaucoup de monde me disait que les femmes qualifiées n’avaient pas besoin d’aide, qu’elles se débrouillaient toute seule, se souvient Rocio Restrepo. C’est totalement faux. Faire reconnaître ses diplômes en Suisse est un véritable casse-tête administratif, avec des critères tellement élevés que plus d’une femme se décourageait.»

En dix ans d’existence, Découvrir n’a pas fini de démontrer son utilité. L’association se félicite d’avoir accompagné avec succès des femmes de 126 nationalités et 117 professions différentes. Elle offre aujourd’hui des prestations ciblées aux femmes qualifiées (3 ans d’études supérieures au minimum). Découvrir les accompagne de leur arrivée en Suisse jusqu’à leur entrée sur le marché du travail. La panoplie de ses activités va de l’accueil à la mise en réseau en passant par la valorisation des compétences, le coaching, des cours de langue et la rédaction de CV. Sans oublier l’aide cruciale à la reconnaissance des diplômes.

Confiance et mise en réseau

«On a l’image de la migrante comme d’une charge et démunie de tout, constate Rocio Restrepo. Cette perception est tellement forte que certaines femmes finissent par l’intégrer. Après plusieurs entretiens manqués, elles commencent à  revoir leur CV à la baisse en enlevant des expériences. Notre travail est de revaloriser leurs compétences et de mettre en avant le fait que derrière chaque personne il y a des ressources.» Rocio Restrepo invite les femmes à approcher son association le plus rapidement possible après leur arrivée en Suisse. «S’il y a un trou sur le CV car la personne a passé de nombreuses années à faire des ménages, on ne peut presque plus rien faire», constate-t-elle.

En s’adressant uniquement à des femmes, Découvrir permet aux migrantes d’évoluer dans un climat solidaire, de reprendre confiance plus rapidement en elles et en leurs compétences, voire de se mettre en réseau. Rocio Restrepo se félicite du fait qu’après s’être rencontrées à l’association, des architectes ont ouvert un bureau, des comptables une fiduciaire et d’autres femmes une association de traiteur.

Laure Gabus

Nasreen Masroor, 43 ans
«Instruite avant d’être refugiée»
Je suis d’origine indienne et mon mari est Afghan. Mon mari travaillait comme diplomate. Quand son mandat s’est arrêté en 2012, il était trop dangereux pour nous de rentrer en Afghanistan. Nous avons demandé l’asile en Suisse et les problèmes ont commencé. Mon mari a eu l’impression d’avoir tout perdu et est tombé en dépression. L’Hospice général m’a recommandé Découvrir. Je pensais que j’étais devenue requérante d’asile et que je devais rester à la maison. Puis, j’ai commencé des cours de français à l’Hospice et, comme nos enfants allaient à l’école, j’ai vite appris. Avec Découvrir, j’ai fait valider mes diplômes en relations publiques et publicité et en sciences politiques. J’ai refait mon CV et écrit des lettres de motivation. J’ai trouvé de la stimulation et de l’entraide qui m’ont redonné confiance. Ici, on s’écoute, on s’identifie, ça nous rapproche. J’ai déjà obtenu un stage à travers l’Hospice. Maintenant, j’ose répondre à des offres d’emploi. Je me dis que je suis instruite avant d’être réfugiée. Je réalise que je peux recommencer une carrière et venir en aide à ma famille.


Larissa Bambara, 37 ans
«La Suisse me laisse travailler»
Je viens du Burkina Faso et mon mari est Espagnol. Nous sommes à Genève pour son travail dans une multinationale. Avant, nous avons vécu dans huit pays et eu deux enfants. Genève est apparue comme la ville où se sédentariser. De plus, la Suisse est le premier pays à me donner une carte de légitimation me permettant de travailler; et non un visa d’accompagnateur. J’y ai vu une opportunité mais je ne savais pas comment m’y prendre. On m’a dirigé vers Découvrir. J’ai pu faire valider mes diplômes en sociologie et en espagnol comme langue étrangère. J’y ai suivi une formation qui m’a aidée à faire ressortir les compétences acquises lorsque je ne travaillais pas. J’ai ensuite fait un stage chez «A la Vista», mis un pied dans une association de lutte contre les mutilations génitales et au Groupe sida Genève. Mon but est de trouver un travail comme chargée de projet, à temps partiel pour continuer à m’occuper de mes enfants. A Découvrir, il y a une vraie entraide entre les participantes, c’est très encourageant. Nous nous réunissons souvent pour une balade ou un barbecue.


Gláucia Reberio, 51 ans
«Tout est allé très vite»
Je suis arrivée à Genève en 2013 pour rejoindre mes enfants qui vivaient déjà ici. Je venais de prendre ma retraite comme greffière à la police judiciaire et j’avais besoin d’être avec eux. La vie en Suisse était difficile car je ne parlais pas la langue et je faisais des ménages pour arrondir mes fins de mois. Je voulais travailler mais je me disais que mon âge, mon niveau de français et le fait d’avoir étudié le droit au Brésil ne me le permettraient pas. L’an dernier, je me suis mariée, j’ai obtenu un permis. Tout a ensuite été très vite. Découvrir m’a aidée à faire valider mon diplôme de droit et j’ai pu m’inscrire à un Master en criminologie à Lausanne. J’ai aussi refait mon CV avec l’association et ai obtenu un stage comme collaboratrice à l’Entraide protestante suisse. Récemment, j’ai réussi l’examen de français, le DELF, avec un excellent résultat. Je recommande à toutes les femmes de venir à Découvrir. C’est un plaisir énorme de rencontrer d’autres femmes étrangères et de voir leurs compétences trouver une utilité sur le marché du travail suisse.

Propos recueillis par LGS

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