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Solidarité Tattes | Appel Dublin: la parole aux sages-femmes

En ligne depuis le 23 octobre 2017 - modifié le 30 octobre 2017

Dans le cadre de l’Appel contre l’application aveugle du règlement Dublin, des sages-femmes du canton de Genève constatent que les recommandations  les plus essentielles concernant l’environnement de la maternité ne sont pas appliquées aux requérantes d’asile. 

Article de Solidarité Tattes.

D’ici au 20 novembre 2017, date de remise de l’Appel contre l’application aveugle du règlement Dublin, nous essayerons de vous transmettre les situations les plus fréquemment rencontrées par divers professionnels ayant contact avec les requérant-e-s d’asile sous le coup de ce règlement.

Au tour des sages-femmes: ce qu’elles voient, ce qu’elles ont à dire

Formées pour accompagner les femmes au cours de la grossesse, l’accouchement et l’après-naissance, les sages-femmes genevoises savent combien l’environnement de la maternité a d’importance pour que les événements se déroulent sans complication. Notamment, une attention particulière est portée à la femme récemment accouchée, afin d’éviter la dépression du post-partum et ses répercussions néfastes pour le développement de l’enfant.

Ces recommandations concernent toutes les femmes. Pourtant, elles ne sont pas appliquées aux requérantes d’asile! Seulement 3 exemples:

  • Mme A. vit dans la crainte de l’approche de son renvoi Dublin, qui coïncide avec le terme prévu de son accouchement. Malgré un avis médical très net donné par un médecin des Hôpitaux Universitaires de Genève, la persécution et les menaces de l’Office Cantonal de la Population et des Migrations continuent.
  • Mme B. se fait embarquer à destination de l’Italie, sous le coup d’un renvoi Dublin. C’est 4h. du matin, la police la menotte, un policier porte le bébé dans ses bras (!), un autre tient le petit garçon de 5 ans par la main. C’est justement ce petit garçon de 5 ans, qui parle parfaitement le français et fréquente une école primaire du canton depuis plus d’une année, qui doit faire office d’interprète dans cette situation.
  • Mme C. vient d’avoir un bébé, dont le père est en Suisse depuis plus de 12 ans, au bénéfice d’un permis C et d’un travail fixe, désirant se marier et ayant reconnu le bébé. Le délai Dublin s’approche et ne laisse pas dormir la maman. Elle est suivie par un psychiatre.
    Il faut ajouter que, souvent, les femmes sous la menace d’un renvoi Dublin essaient de dormir ailleurs que dans leur foyer, afin d’éviter la venue impromptue de la police. Le stress de devoir trouver une chambre et de changer fréquemment de lieu pour dormir aggrave encore leur état dépressif. La plupart du temps, elles ne sont pas au courant de leurs droits, ne savent pas à qui demander de l’aide, ne comprennent pas les courriers qui leur sont adressés.

Dans les trois situations décrites ci-dessus, les autorités fédérales ont refusé catégoriquement d’entrer en matière. Et ceci, même quand les médecins, sages-femmes, enseignant-es ont mis en garde ces autorités sur la vulnérabilité de ces personnes. Si Mmes A., B. et C. ont finalement trouvé une issue favorable à leur situation, c’est grâce à un concours de circonstances exceptionnelles.

Si toutes les sages-femmes qui font des consultations à domicile prenaient la peine de répertorier les situations Dublin qu’elles rencontrent, si elles avaient les instruments pour mesurer l’angoisse et la souffrance vécues par les femmes enceintes et accouchées en attente de leur renvoi, elles devraient, elles pourraient… Ne sachant justement pas par quel bout transformer cette situation ignoble et en contradiction complète avec ce qu’on leur a enseigné durant leur formation, elles font ce qu’elles peuvent : trouver une poussette et les affaires de première nécessité pour le bébé, accompagner la maman chez le juriste, etc.

Car telle est bien la torture qui donne tellement de travail à nos psychiatres locaux: non seulement ces femmes ont vécu un parcours d’exil pas moins cruel pour être devenu banal, mais encore, ici chez nous, il leur est interdit d’envisager l’avenir. Attendre dans l’incertitude, attendre dans le noir : c’est la torture à la sauce helvétique.

On pourrait au moins stopper Dublin pour les femmes et les enfants.

Des sages-femmes du canton de Genève

 

Témoins dans la catastrophe de l’asile

Que l’on soit interprètes, politicien-ne-s, juristes, travailleur-euse-s sociaux/sociales, intendant-e-s, enseignant-e-s, éducateur-trice-s, membres de diverses églises, médecins, infirmièr-e-s, sages-femmes ou simplement témoins des innombrables failles du système de l’asile en Suisse : trouvons le moyen de faire de nos témoignages une force pour changer ce système.


Remise de l’Appel à Berne le 20 novembre 2017

Notre Appel contre l’application aveugle du règlement Dublin a bientôt réunit 30’000 signatures. C’est la dernière ligne droite: aidez-nous à récolter un maximum de signatures d’ici au 31 octobre 2017!

Lundi 20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant, nous remettrons cet Appel aux autorités fédérales. Notre Appel aura plus d’échos si nous sommes nombreuses et nombreux à le déposer à Berne.

Départ depuis Genève: rendez-vous dans le hall central de la gare Cornavin à 8h15.

Lieu de rendez-vous à Berne: 11h devant la Chancellerie fédérale (Palais fédéral ouest).

 

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