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Le Courrier | Trop de questions, pas assez de réponses

En ligne depuis le 3 novembre 2017

Dans le Courrier, Gustavo Kuhn revient sur les circonstances du décès de Lamin F., retrouvé mort dans une cellule du Centre de police de la Blécherette à Lausanne, le 23 octobre 2017.

Editorial de Gustavo Kuhn paru dans Le Courrier du 2 novembre 2017. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Pour plus d’informations, lire notre article “Lamin F., mort par erreur?” .

Plus d’une semaine après la mort de Lamin, dans une cellule de la Blécherette, de trop nombreuses zones d’ombre persistent.

Le décès du requérant d’asile gambien de 23 ans est d’autant plus dramatique qu’il n’aurait jamais dû se trouver en prison. Mais dans sa chambre. Où il avait, à coup sûr et à portée de main, ses médicaments contre la grave épilepsie dont il souffrait.

Interpellé par les gardes-frontière, dimanche 22 octobre à la gare de Lausanne, il est alors confondu avec un homonyme. Après un malaise, il passe une nuit aux urgences du Chuv, ce même hôpital où il avait subi une opération au cerveau fin septembre. Le lendemain, il est transféré dans la zone carcérale de la Blécherette. Mardi matin, il est retrouvé sans vie dans sa cellule. Et c’est seulement vendredi que les autorités réalisent que Lamin n’est pas celui que les gardes-frontière pensaient avoir interpellé.

Sa mort semble ainsi être la conséquence de failles en cascade. C’est ce qu’ont dénoncé des centaines de manifestants mercredi à Lausanne.

Comment expliquer qu’un jeune homme n’ayant commis aucun délit et n’étant pas en situation irrégulière meure en prison? Il a été confondu avec un de ses compatriotes – portant les même prénom,  nom et date de naissance – réclamé par Lucerne pour être expulsé, paraît-il. Il avait pourtant des papiers sur lui qui prouvaient qu’il était pris en charge par le canton de Vaud, assurent des défenseurs des migrants. Comment n’a-t-il pas été cru? Les agents ont-ils appliqué la présomption de culpabilité envers ce jeune Africain demandeur d’asile?

Comment ses empreintes digitales, prises par les gardes-frontière – s’ils ont bien suivi la procédure –, ne les ont-elles pas ensuite alertés de leur erreur? Le système a-t-il bogué? Ou l’alarme a-t-elle fonctionné mais les agents ont insisté dans la présomption de mensonge?

Comment l’hôpital a-t-il, de son côté, laissé les forces de sécurité emmener un jeune épileptique, opéré un mois plus tôt dans cette même institution, et tout juste victime d’un malaise?

Comment expliquer, enfin, que l’identification de Lamin n’a été effectuée que deux jours après l’autopsie?

Trop de questions restent ouvertes dans ce drame. Et trop d’erreurs semblent avoir été commises.

Face à une procureure peu entreprenante et une enquête qui paraît jusqu’ici bien légère, le Conseil d’Etat serait inspiré de mettre la pression sur la justice en réclamant une enquête administrative, comme ça a été le cas pour l’affaire Skander Vogt. Une procédure qui avait alors levé le voile sur de vastes dysfonctionnements au sein des institutions pénitentiaires vaudoises.

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