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Recension | Un «Atlas» pour dénoncer les effets des politiques migratoires

En ligne depuis le 15 février 2018

 

Recension de Cristina Del Biaggio, publiée dans le journal La Cité, édition de janvier 2018 actuellement en kiosque. Cliquez ici ou sur l’image ci-dessous pour lire la recension sur le site de La Cité.

Toute carte est le fruit d’une intention. Par le choix des formes (points, lignes, surfaces), par l’épaisseur des traits, par le choix des couleurs, le cartographe commente et analyse le phénomène qu’il veut mettre en exergue. Les cartes peuvent ainsi servir le pouvoir (sans cartes, sans cartographes, sans géographes, le projet colonial n’aurait simplement pas pu exister) ou, au contraire, faire entendre la voix des sans-voix, montrer le point de vue des dominés, des victimes d’injustices sociales et spatiales. C’est le projet des contre-cartographies, de la géographie «critique».

L’Atlas des migrants en Europe, à sa troisième édition, est emblématique de cette démarche. Le sous-titre le dévoile: «Approches critiques des politiques migratoires.» En 175 pages, réunissant une petite centaine de cartes et illustrations, il donne à voir ce que les politiques cachent ou détournent.

Ces cartes dénoncent les politiques migratoires en montrant leurs effets pervers et mortifères. Elles disent une autre vérité, elles portent la parole de ces corps qui, en traversant les frontières, parfois les murs, et en défiant les politiques en place, peuvent véritablement témoigner de la brutalité du régime migratoire européen. Les corps de personnes en exil sont marqués par les politiques migratoires: quand on les oblige à détourner les systèmes de surveillance, à défier la mort dans les déserts, les mers et les montagnes, quand on les place en «rétention», quand on les expulse par la force, quand on les jette à la rue et on les force à la «migrerrance», à l’errance post-migratoire.

Ces trajectoires sont inscrites dans l’Atlas, à travers des cartes — critiques, sensibles, radicales — et des récits. Des trajectoires individuelles, comme celle de Ahmed qui, «sans travail et sans papiers», traverse le désert et les Balkans pour arriver en Angleterre deux ans après. Des trajectoires individuelles qui, toutes, s’inscrivent dans une destinée collective. Car les cartes ne suivent pas, par une ligne, les parcours singuliers, mais montrent des tendances.

Cette collection donne à voir des phénomènes invisibles, et c’est là, justement, leur prérogative et leur pouvoir. Elles montrent les flux monétaires qu’engendrent les politiques migratoires: le coût des expulsions (11,3 milliards d’euros, hors dispositifs Dublin), le coût de l’enfermement de personnes en situation irrégulière (780 millions de livres au Royaume-Uni). Elles chiffrent les morts en Méditerranée, auxquels on peut rendre hommage grâce à une poignée d’associations qui, depuis les années 1990, dépouillent les dépêches et les nouvelles dans les journaux locaux afin d’établir des «listes des disparus en mer». Elles illustrent aussi les politiques d’externalisation, qui, parce qu’elles se déploient géographiquement loin de nos regards, au Soudan ou au Niger, elles servent justement de cache-yeux.

Ainsi, cet atlas critique démasque le système, en démêle les enjeux et déconstruit des politiques migratoires créatrices d’injustices afin de donner les instruments, à celles et ceux qui y résistent, d’œuvrer au rétablissement d’une justice migratoire. Pour que «les cartes de demain donnent à voir des frontières ouvertes et des droits humains respectés».

Livre publié chez Armand Colin (2017). Cliquez ici pour voir la présentation du livre sur le site de l’éditeur.

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