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Le suicide d’un jeune réfugié à Genève attriste et interpelle

En ligne depuis le 8 avril 2019 - modifié le 17 avril 2019

Mercredi 27 mars 2019, un jeune homme originaire d’Afghanistan qui était venu chercher protection en Suisse a voulu mettre fin à sa vie. Il est décédé deux jours plus tard à l’hôpital malgré les soins intensifs qui lui ont été prodigués. Ce suicide, au sein d’une structure qui accueille des personnes mineures et devenues majeures, fait écho à une mobilisation importante des personnes sur le terrain. Celles-ci demandent depuis longtemps une meilleure prise en charge de ces jeunes, souvent fragilisés par une situation administrative et juridique précaire et instable.

Le 3 avril 2019, l’Hospice général, en charge de l’accueil et de l’encadrement des personnes requérantes d’asile à Genève, a informé de ce décès par voie de presse (communiqué de presse reproduit ci-dessous ou en PDF ici). Dans un long communiqué, il détaille les circonstances dans lesquelles se trouvait ce jeune homme qui a mis fin à sa vie. Ali y est décrit comme « très vulnérable psychologiquement ». Il avait reçu une protection en Suisse sous forme d’une admission provisoire, ce qui lui avait permis de rester en Suisse dans le cadre d’un statut perçu comme précaire. Dans la deuxième partie du texte, l’Hospice général attire l’attention sur le fait que le rapport de la Cour des Comptes en 2018 déjà, demandait des mesures de clarification de la répartition des rôles d’encadrement pour assurer une meilleure prise en charge de ces personnes. Une politique claire devait être définie pour le début de cette année.

La Tribune de Genève du lundi 8 avril reprend ce communiqué et lui consacre son éditorial. Celui-ci relève à quel point le communiqué surprend, notamment par son engagement en faveur de revendications exprimées depuis longtemps par les professionnels du terrain et la société civile. C’est la voix inquiète et désemparée des éducateurs et de leur hiérarchie qui s’exprime, selon Céline Garcin qui signe l’édito.

Au mois de septembre 2018, notre revue Vivre Ensemble (VE 169/septembre 2018), consacrait un focus sur ces questions, s’appuyant sur le rapport d’audit réalisé par la Cour des comptes, très sévère, et rappelant les nombreuses mises en garde et interpellations sur la question de la prise en charge de ces jeunes [1]. Le foyer de l’Etoile y était identifié comme un lieu en proie à de multiples difficultés et surdimensionné. La fragilité de cet âge de transition entre l’adulte et l’enfant, et le besoin d’un encadrement spécifique d’une population marquée par un exil précoce, ressortait de la lecture de l’audit. Celui-ci demandait précisément aux autorités publiques et à son administration,  des réponses claires pour le début de l’année 2019. Il soulignait notamment les divergences politiques induisant une prise en charge différente et contradictoire entre les départements concernés (voir notre analyse du rapport d’audit).

Aujourd’hui, des voix diversifiées s’unissent pour interpeler les autorités cantonales. L’urgence d’apporter des réponses claires et d’engager les moyens nécessaires à un encadrement socio-éducatif complet, y compris au-delà de 18 ans, doit se mettre en place. Ces enfants et jeunes adultes, qui resteront pour la plupart de manière durable en Suisse, forment déjà notre société de demain. Et la transition se doit d’être soignée, pour être durable.

Pour Vivre Ensemble, Giada de Coulon

[1] Audit de février 2018 à consulter sur le site de la Cour des comptes. Un rapport de suivi est également publié. Les mises à jour sont consultable sur la page Rapports d’audit et d’évaluation 2018 (voir audit n°136). Voir également  leTroisième rapport concernant les conditions d’existence des mineurs requérants d’asile dans les centres d’accueil, publié en mars 2017, demandant notamment l’instauration de foyers éducatifs de plus petites tailles.

Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité du Communiqué de presse de l’Hospice général diffusé le 3 avril 2019

Communiqué de presse

Hospice Général, direction générale

Le suicide d’un jeune adulte au centre d’hébergement de l’Etoile interpelle

Vendredi 29 mars, un jeune adulte requérant d’asile est décédé aux HUG, 48 heures après avoir décidé de mettre fin à ses jours au centre d’hébergement pour mineurs non accompagnés de l’Etoile. Ce drame affecte profondément ses proches, les résidents de l’Etoile, l’équipe éducative, l’ensemble des collaborateurs de l’Hospice général ainsi que toutes les personnes qui l’ont côtoyé et soutenu.

Né le 22 août 2000, Ali, d’origine afghane, était arrivé à Genève en octobre 2015. Il a été scolarisé par le DIP puis a rapidement obtenu une admission provisoire dans notre pays. Psychologiquement très vulnérable, il a été hospitalisé deux fois en service pédopsychiatrique. Depuis son passage à la majorité, en août 2018, il était suivi par le centre ambulatoire de psychiatrie et psychothérapie intégrée des HUG (CAPPI).

Ali a été découvert inconscient dans sa chambre le mercredi 27 mars au soir. Après les premiers soins prodigués par l’équipe éducative, il a été immédiatement pris en charge par les HUG. Malgré tous les efforts des médecins, il est décédé le vendredi 29 mars au soir. Durant toute son hospitalisation l’équipe du centre s’est relayée pour assurer une présence continue auprès d’Ali et tous ses amis ont pu lui rendre visite aux soins intensifs ; un imam s’est également rendu à son chevet.

Au centre de l’Etoile, la psychiatre coordinatrice du Réseau Santé Mentale Enfants-Adolescents Migrants et Ethnopsychanalyse a organisé une cellule de soutien psychiatrique pour les jeunes avec l’équipe éducative et d’autres intervenants médicaux. Les résidents, et tout particulièrement la communauté des jeunes Afghans, ont pu exprimer leur désarroi, leur colère et leur tristesse face à cette situation. Le soutien psychologique de l’ensemble des jeunes du centre se poursuit. Les responsables du service santé de l’Hospice général ont rencontré tous les collaborateurs du centre. Un suivi tant collectif qu’individuel a été initié pour ces derniers.

La direction de l’Hospice général tient à exprimer sa profonde sympathie à toutes les personnes qui ont connu Ali et remercie l’ensemble de l’équipe de l’Etoile ainsi que les partenaires qui ont fait preuve d’une grande solidarité et de professionnalisme tout au long de cet événement tragique.

Assurer une continuité de la prise en charge
Le centre d’hébergement collectif de l’Etoile a ouvert ses portes en janvier 2016. Au plus fort de la crise migratoire, il a accueilli jusqu’à 180 requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA). Aujourd’hui, il héberge 35 RMNA et plus de 70 ex-RMNA, dont faisait partie Ali. Sous la responsabilité d’une directrice, l’équipe éducative comprend 20 éducateurs de jour (6h-22h), 8 intervenants de nuit, 2 intendants, 2 civilistes et 2 secrétaires-réceptionnistes. Sur trois ans, environ 250 RMNA ayant vécu à l’Etoile sont devenus majeurs. Plus de 90% d’entre eux poursuivent leur processus de formation et d’intégration à Genève. Quelques-uns, malheureusement, essentiellement pour des raisons de fragilité psychologique, vivent des situations de rupture.

Le drame montre la difficulté du passage des jeunes RMNA à l’âge adulte. Cette réalité fait d’ailleurs l’objet d’une recommandation de la Cour des comptes communiquée dans un audit de février 2018, qui demande aux autorités cantonales de « définir la politique générale de prise en charge des RMNA » incluant la « nécessité d’une continuité de prise en charge des RMNA indépendamment de l’âge ». L’Hospice général souligne une fois de plus l’importance d’aboutir à une politique coordonnée entre les nombreux acteurs étatiques impliqués pour clarifier la répartition des rôles et des moyens mis à disposition de l’accompagnement des jeunes RMNA et ex-RMNA. Dans l’intervalle, l’Hospice général fait tout son possible pour assurer un suivi socio-éducatif au plus près des besoins de ces jeunes au parcours souvent chaotique et s’efforce d’appliquer le principe de continuité au sein du centre de l’Etoile.

Nous rappelons qu’en cas de question sur le suicide il existe une HOTLINE PREVENTION SUICIDE : 022 372 42 42


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