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Centre fédéral de renvoi au Grand-Saconnex: contestations plurielles

En ligne depuis le 16 mai 2019 - modifié le 19 mai 2019

La construction d’un Centre fédéral pour requérant d’asile (CFA) de renvoi au Grand-Saconnex est dénoncée par différentes voix qui convergent dans les points forts de leurs argumentaires. La perspective d’une structure anti-chambre aux renvois poussant vers la clandestinité; un emplacement nocif sur le plan psychique comme physique; des conditions de vie à la limite du carcéral, irrespectueuses de la dignité des personnes, sont autant de points que dénoncent publiquement un communiqué de presse de la Coordination asile.ge et des députés du Grand Conseil genevois dans une lettre ouverte. Retour sur info.

En 2016, les autorités municipales du Grand-Saconnex, cantonales et fédérales ont convenu de la construction d’un CFA dans la perspective des modifications engendrées par la restructuration du domaine de l’asile (mise en œuvre dès mars 2019). Dès 2020, ce centre devrait pouvoir loger 250 personnes en attente de leur renvoi. Depuis, des sources nombreuses et diversifiées ont contesté ce projet. Aboutissement significatif, le 22 mars dernier le Grand-Conseil genevois adoptait une motion multipartite (M2489) demandant au Conseil d’État de renoncer à ce projet. Or, ce 15 mai, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) et le Département genevois de la sécurité lançaient la procédure d’approbation des plans du bâtiment, sans qu’aucune réponse n’ait été donnée aux motionnaires. L’occasion a été saisie par la Coordination asile genevoise et les partis politiques concernés pour exprimer à nouveau les raisons pour lesquelles elles et ils s’y opposent. Ni à Genève, ni ailleurs.

Mohamed Musadak dans le Courrier du 16 mai 2019 signe  à ce sujet un éditorial très à propos : Du fard sur la vérole. Dans ce même quotidien, l’article Les deux visages du centre de renvoi reprend les arguments des deux camps. Le 16 mais également, l’article du Temps A Genève, le futur centre fédéral pour requérants d’asile provoque des tensions évoque le lien de confiance rompu que la conférence de presse du 15 mai a engendré avec le députés du Grand Conseil genevois.

Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de presse de la Coordination asile.ge qui se trouve également sur son site. La lettre ouverte des parlementaires cantonaux, hébergée notamment sur le site du parti des Verts genevois, peut être téléchargée en pdf ici.

Pourquoi les Genevois-e-s ne veulent pas d’un centre fédéral de renvoi au Grand-Saconnex ?

Communiqué du 15 mai 2019

Le Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM) organise ce jour un entretien avec les médias au sujet de la procédure d’approbation des plans du centre fédéral dit d’asile (CFA) qu’il est prévu de construire sur la commune du Grand-Saconnex. La Coordination asile.ge profite de l’occasion pour rappeler son opposition à un centre dont la fonction première ne sera pas l’asile mais bien le renvoi. Explications.

1. Au nom de qui et au nom de quoi ?

Le peuple genevois ne s’est jamais prononcé sur la construction d’un CFA de départ sur son territoire. C’est un engagement qu’a pris le Conseil d’Etat. Le Grand Conseil vient quant à lui d’adopter une motion intitulée « Pas de centre fédéral d’attente et de départ à Genève ». Ce centre ne fait pas l’unanimité auprès des Genevois, et probablement même pas la majorité.

2. Le visage le plus laid de notre politique d’asile

La restructuration de l’asile a été maintes fois dénoncée pour son caractère gestionnaire et déshumanisant. Les CFA sont les pièces maîtresses de ce dispositif. Au lieu d’être en contact avec une société d’accueil, des demandeurs d’asile en quête de protection y sont hébergés pour une durée prolongée à 140 jours dans un environnement sécuritaire à la limite du carcéral : grillages avec barbelés, fouilles systématiques à chaque entrée y compris pour les enfants, horaires d’entrée et de sortie, système de punitions arbitraire et infantilisante. Les observations de la Commission nationale de prévention de la torture et les recommandations de la Commission fédérale contre le racisme sont claires à ce sujet.

3. Un « hub » d’expulsions

Le CFA du Grand-Saconnex est conçu pour que s’exécutent les renvois. Les hommes, femmes et enfants qui y seront hébergés n’auront eu droit qu’à une procédure accélérée ou à une procédure Dublin. Nombre d’entre eux seront censés être reconnus réfugiés au sens de la Convention de Genève, mais seront renvoyés vers un autre pays européen en vertu d’une application quasi-mécanique du Règlement Dublin que les défenseurs du droit d’asile dénoncent sans relâche (voir l’Appel Dublin). Une majorité du Grand Conseil a adopté une motion demandant plus de compassion dans l’application de ce règlement. Par le CFA du Grand-Saconnex l’administration fédérale mettra la pression pour que notre canton exécute des renvois que notre population juge inhumains.

4. Une infrastructure pour inciter aux départs dans la clandestinité

Le CFA sera flanqué d’un bâtiment abritant le siège de la police internationale, celle chargée de l’exécution des renvois, et comprenant 50 places de détention administrative. Le complexe lui-même est construit à côté du tarmac de l’aéroport. Tout évoquera le renvoi forcé, ce qui confine à la torture psychologique. Cette situation favorisera les départs dans la clandestinité, ou « départs non contrôlés » selon le jargon fédéral, qui sont déjà en explosion depuis le début de la mise en œuvre de la restructuration. Comment Genève envisage-t-elle de gérer la croissance d’une telle population précarisée?

5. Un emplacement impropre à l’hébergement

CFA de Giffers

Située à côté du tarmac de l’aéroport, la parcelle pose des questions de santé publique, vu la pollution de l’air et sonore extrêmement nocive occasionnée par les avions, sans parler de la stigmatisation qui consiste à placer des requérant-e-s d’asile sur une parcelle qui n’accueillerait jamais un logement ordinaire pour ces raisons. Les normes de l’Ordonnance sur la protection contre le bruit seront dépassées. L’autorité compétente aurait ramené au forceps le projet dans la légalité en assimilant ces bâtiments non pas à des logements mais à des hôtels, sous prétexte que la durée moyenne de séjour est de six semaines seulement, un « séjour de courte durée » soi-disant. Pourtant la durée de séjour peut s’étendre jusqu’à près de quatre mois (art. 24 LAsi).

6. Ni à Genève, ni ailleurs

Les défenseurs du droit d’asile actifs à Genève adressent un message de résistance au reste de la Suisse. Nous n’accepterons pas de centres fédéraux où le sécuritaire prime sur l’encadrement social, l’accès aux soins et la dignité humaine.

Contact: Aldo Brina, 079 907 59 40


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