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Bon pour la tête | Le silence des assassins

En ligne depuis le 28 juin 2019

Alors qu’en Grèce, des milliers de réfugiés croupissent dans des conditions abjectes parmi leurs propres excréments, la vermine, les rats, les serpents et les scorpions, nous – la Suisse, la Grèce et l’Europe – restons muets, feignant ne rien voir ni entendre. Non-assistance à personnes en danger? C’est le moins que l’on puisse dire…

L’article de Michael Wyler “Le Silence des Assassins” a été publié sur le site de Bon Pour la Tête le 18 juin 2019. Vous pouvez le télécharger en PDF en cliquant ici.

Le silence des assassins

18 JUIN 2019 | MICHAEL WYLER

Alors qu’en Grèce, des milliers de réfugiés croupissent dans des conditions abjectes parmi leurs propres excréments, la vermine, les rats, les serpents et les scorpions, nous – la Suisse, la Grèce et l’Europe – restons muets, feignant ne rien voir ni entendre. Non-assistance à personnes en danger? C’est le moins que l’on puisse dire…

 

J’exagère? Si seulement! Je reviens de Samos, une île grecque toute proche de la Turquie, visitée après avoir lu un communiqué du Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) qui disait: «à Samos, les nouveaux arrivants doivent acheter leurs propres tentes et les installer sur un terrain pentu hors du camp… Il y a, dans cette zone, des serpents et des rats et dans le camp, de nombreuses toilettes et douches sont cassées, les eaux usées se déversant près des tentes». Sur une colline, à deux pas de sa capitale, Samos abrite un «Centres d’Accueil et d’Identification» pour réfugiés, un purgatoire bureaucratique résultant d’un accord signé en mars 2016 entre la Turquie et l’Union Européenne. But: tarir les flux migratoires. Concrètement, en échange d’un petit cadeau de six milliards d’euros, la Turquie s’engageait notamment à mieux surveiller ses frontières maritimes et terrestres et à accepter le renvoi vers ses cotes des migrants en situation irrégulière arrivés sur les îles grecques, ne demandant pas l’asile ou déboutés de leur demande.

Pour nous rappeler d’être gentil avec lui, M. Erdogan, le dictateur turc, laisse passer quelques milliers de personnes qui arrivent tant bien que mal à bord de zodiacs sur les îles de Samos, Lesvos et Chios. Une sorte de mise en garde, car s’il ouvrait grand les vannes, nous croulerions sous la masse des demandes d’asile.

En payant évidemment des passeurs (300-400 francs par personne), qui savent avec qui partager cette manne de quelque 12’000 francs qu’ils encaissent par zodiac. Pénétrer dans ce «Centre d’Accueil» – un ancien camp militaire d’une capacité de 648 lits abritant actuellement 3500 réfugiés – est un vrai parcours du combattant. Après plusieurs échanges de courriels, l’envoi de références, pièces d’identité, etc., on m’a accordé une visite de 45 minutes, bardée d’interdits: interdiction de photographier les containers qui servent de dortoirs, de parler à quiconque sans être accompagné d’un/e officiel/le du Centre, etc.

La Jungle

Il est 9 heures du matin et il fait déjà près de 30 degrés. A 200 mètres de l’entrée principale du Centre, l’odeur devient pestilentielle. Des deux côtés d’un chemin en terre, des dizaines et dizaines de tentes de fortune, dans lesquels s’entassent les quelque 1500 réfugiés qui n’ont pas trouvé de place dans l’enceinte du camp. Il n’y a ni eau, ni toilettes, ni électricité. Cette partie du camp est surnommée la jungle, une appellation méritée: j’y croise mon premier serpent. Et pas un petit… Dès l’entrée au Centre, le ton est donné. Les policiers auxquels je dois montrer patte blanche avant d’être reçu par la directrice me disent: «Ici, ce n’est pas la violence que nous craignons, mais les maladies et les rats.» Maria-Dimitra Nioutsikou, la directrice du Centre d’Accueil et d’Identification, est âgée de 34 ans. Sa poignée de mains est ferme et son regard franc. Elle parle couramment plusieurs langues, dont le français, ayant obtenu un master en droit international et comparé à Toulouse. Sur place dix à douze heures par jour et six jours par semaine, elle sourit en évoquant «une absence complète de vie privée». Sa passion? «Mon travail». Alors que dans son job précédent, auprès du HCR, elle avait plaisir à coopérer avec les différentes ONG (organisations non gouvernementales) dans le but de rendre ces centres d’accueil plus efficaces, ici, c’est niet ! Elle n’en veut pas et balaie sans hésiter les reproches que lui adressent ces ONG et nombre de réfugiés.

«Ils sont fâchés de ne pas avoir accès au Centre, mais je n’en veux pas pour deux raisons: nous n’avons pas besoin d’eux et, par ailleurs, ils ne respectent souvent pas les procédures. Or, c’est notre devoir ici de respecter aussi bien nos lois que nos procédures.» Ainsi, elle a récemment refusé la proposition de Médecins sans frontières de réparer les toilettes, les douches, les vitres cassées et le système électrique pour assurer une meilleure hygiène, tout comme elle refuse l’aide des organisations de volontaires actives à Samos, me répétant que «tout va bien» et qu’«on a pas besoin de ces aides». Des affirmations largement contredites par tous les réfugiés avec lesquels j’ai parlé, les ONG de volontaires et… mes propres yeux!

La situation est telle que la semaine dernière, l’ONG «Still I Rise», qui vient en aide aux mineurs non accompagnés, leur offrant notamment enseignement et nourriture vient de déposer une plainte contre la direction du Centre d’Accueil pour violations des droits de l’homme, abus, maltraitance et brutalités envers des mineurs

Que ce soit différent au Centre d’Accueil de Lesvos, où les ONG sont bienvenues (ce qui, il faut le dire, n’empêche pas ce Centre d’être aussi un enfer…), elle en convient volontiers. «Mais nous sommes à Samos et ici, c’est moi qui décide et je n’en veux pas». Une attitude rigoriste et procédurière difficile à comprendre. Sauf… Sauf si, comme le pensent certains, le gouvernement grec veut que les conditions de vie de ces réfugiés restent abjectes, afin de décourager de nouvelles arrivées. Mais comme le dit Sarah, une jeune femme d’Ouganda, «cela n’a pas grand sens, car aucun réfugié n’ose dire à sa famille et à ses amis – qui se sont sacrifiés pour l’aider à payer son voyage – que son périple se termine par un échec. Quand ils leur téléphonent, tous inventent des histoires». […]

La suite de l’article peut-être téléchargée dans le PDF ci-dessus ou sur le site de Bon Pour la Tête.


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