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Migreurop | “Mourir en mer ou sous les bombes?”

En ligne depuis le 9 juillet 2019

Le 2 juillet, une attaque aérienne sur le camp de détention pour migrant-e-s de Tadjourah, dans la capitale libyenne a fait au moins 66 personnes tuées et plus de 80 blessées. Suite à cette attaque le réseau Migreurop a publié un communiqué de presse dans lequel il rappelle la responsabilité de l’Union européenne et de ses États membres face à la violation des droits des personnes migrantes en détention dans un pays en guerre civile.  Le réseau ajoute que cette situation est une conséquence directe des politiques d’externalisation et de marchandage migratoire menée par l’UE et appelle à la liberté de circulation pour toutes et tous.

Le réseau Migreurop a publié ce communiqué le lundi 5 juillet. Il est également disponible sur leur site , en anglais et en français.

Communiqué du réseau Migreurop

« Mourir en mer ou sous les bombes : seule alternative pour les milliers de personnes migrantes prises au piège de l’enfer libyen ? »

 

Le soir du 2 juillet, une attaque aérienne a été signalée sur le camp de détention pour migrant·e·s de Tadjourah dans la banlieue est de la capitale libyenne. Deux jours après, le bilan s’est alourdi et fait état d’au moins 66 personnes tuées et plus de 80 blessées [1]. A une trentaine de kilomètres plus au sud de Tripoli, plusieurs migrant·e·s avaient déjà trouvé la mort fin avril dans l’attaque du camp de Qasr Bin Gashir par des groupes armés.

Alors que les conflits font rage autour de Tripoli entre le Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU et les forces du maréchal Haftar, des milliers de personnes migrantes enfermées dans les geôles libyennes se retrouvent en première ligne : lorsqu’elles ne sont pas abandonnées à leur sort par leurs gardien·ne·s à l’approche des forces ennemies ou forcées de combattre auprès d’un camp ou de l’autre, elles sont régulièrement prises pour cibles par les combattant·e·s.

Dans un pays où les migrant·e·s sont depuis longtemps vu·e·s comme une monnaie d’échange entre milices, et, depuis l’époque de Kadhafi, comme un levier diplomatique notamment dans le cadre de divers marchandages migratoires avec les Etats de l’Union européenne [2], les personnes migrantes constituent de fait l’un des nerfs de la guerre pour les forces en présence, bien au-delà des frontières libyennes.

Au lendemain des bombardements du camp de Tadjourah, pendant que le GNA accusait Haftar et que les forces d’Haftar criaient au complot, les dirigeant·e·s des pays européens ont pris le parti de faire mine d’assister impuissant·e·s à ce spectacle tragique depuis l’autre bord de la Méditerranée, les un·e·s déplorant les victimes et condamnant les attaques, les autres appelant à une enquête internationale pour déterminer les coupables.

Contre ces discours teintés d’hypocrisie, il convient de rappeler l’immense responsabilité de l’Union européenne et de ses États membres dans la situation désastreuse dans laquelle les personnes migrantes se trouvent sur le sol libyen. Lorsqu’à l’occasion de ces attaques, l’Union européenne se félicite de son rôle dans la protection des personnes migrantes en Libye et affirme la nécessité de poursuivre ses efforts [3], ne faut-il pas tout d’abord se demander si celle-ci fait autre chose qu’entériner un système de détention cruel en finançant deux organisations internationales, le HCR et l’OIM, qui accèdent pour partie à ces camps où les pires violations de droits sont commises ?

Au-delà de son soutien implicite à ce système d’enfermement à grande échelle, l’UE n’a cessé de multiplier les stratégies pour que les personnes migrantes, tentant de fuir la Libye et ses centres de détention aux conditions inhumaines, y soient immédiatement et systématiquement renvoyées, entre le renforcement constant des capacités des garde-côtes libyens et l’organisation d’un vide humanitaire en Méditerranée par la criminalisation des ONG de secours en mer [4].

A la date du 20 juin 2019, le HCR comptait plus de 3 000 personnes interceptées par les garde-côtes libyens depuis le début de l’année 2019, pour à peine plus de 2000 personnes arrivées en Italie [5]. Pour ces personnes interceptées et reconduites en Libye, les perspectives sont bien sombres : remises aux mains des milices, seules échapperont à la détention les heureuses élues qui sont évacuées au Niger dans l’attente d’une réinstallation hypothétique par le HCR, ou celles qui, après de fortes pressions et souvent en désespoir de cause, acceptent l’assistance au retour « volontaire » proposée par l’OIM.

L’Union européenne a beau jeu de crier au scandale. La détention massive de migrant·e·s et la violation de leurs droits dans un pays en pleine guerre civile ne relèvent ni de la tragédie ni de la fatalité : ce sont les conséquences directes des politiques d’externalisation et de marchandages migratoires cyniques orchestrées par l’Union et ses États membres depuis de nombreuses années. Il est temps que cesse la guerre aux personnes migrantes et que la liberté de circulation soit assurée pour toutes et tous.


Notes

[1] RFI Afrique, « Libye : les condamnations se multiplient après l’attaque du centre de Tajoura », 3 juillet 2019

[2] Migreurop, Note n°7, « Libye : Financements européens pour les bourreaux des migrant·e·s », mai 2018

[3] Migreurop, Communiqué de presse, « La guerre aux migrants continue : harcèlement des ONG en Méditerranée », 13 août 2017

[4] Commission européenne, Communiqué de presse « Fonds fiduciaire de l’UE pour l’Afrique : nouvelles actions en matière de migration visant à protéger les personnes vulnérables et à favoriser la résilience des communautés d’accueil en Afrique du Nord », 3 juillet 2019

[5] HCR, « UNHCR update Libya », 21 juin 2019

 


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