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Centre Primo Levi | Le beau parcours d’un patient du Centre Primo Levi

En ligne depuis le 10 octobre 2019 - modifié le 14 octobre 2019

Dans cet article, le Centre Primo Levi montre la résilience d’Emmanuel ayant dû fuir la Haute-Guinée, arrivé seul à l’âge de 21 ans en France, et qui fait partie des 400 personnes soignées et accompagnées par le centre.

Crée en 1995, par la section française d’Amnesty International, Médecins du Monde, l’Action des Chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), Juristes sans frontière et l’association Trève, le Centre Primo Levi est aujourd’hui la plus importante structure en France spécifiquement dédiée à l’accueil et aux soins des personnes victimes de la torture et de la violence politique réfugiées en France.

L’article a été publié, en septembre 2019, dans le cadre de “MEMO, la lettre d’information des donateurs du Centre Primo Levi”.

Emmanuel est originaire de Guinée. Il fait partie des quelques 400 personnes soignées et accompagnées au Centre Primo Levi. Ayant dû fuir la Haute-Guinée, arrivé seul à l’âge de 21 ans en France, il pensait avoir tout perdu et ne croyait plus en l’avenir. Aujourd’hui, il est développeur informatique et a laissé ses cauchemars derrière lui.

Ayant dû fuir la Haute-Guinée où la violence est généralisée et où il craignait pour sa vie, Emmanuel a vécu 8 mois de voyage chaotiques. Il est finalement arrivé en Norvège, où sa demande d’asile a été refusée : « trop peu circonstanciée ». Il est alors renvoyé en Guinée, où il est arrêté, emprisonné arbitrairement et torturé pendant 3 jours. Un de ses amis parvient à le faire libérer, et il fuit à nouveau, cette fois-ci vers la France.

Avant même de pouvoir déposer sa demande d’asile, il est placé en rétention, où il dépose son dossier et d’où il est heureusement libéré par le juge. Il est hébergé temporairement chez des compatriotes, dans la banlieue Nord de Paris. Il souffre de traumatismes multiples liés aux violences subies au pays, à l’exil éprouvant et à son passage en rétention, plongée brutale et inattendue dans les conditions que la France réserve aux personnes comme lui. Il reste enfermé dans sa chambre, a peur de sortir de l’appartement.

Son hébergeur lui indique alors l’adresse du Centre Primo Levi, où il est d’abord reçu et suivi par un médecin et une juriste. Alors qu’il se retrouve à nouveau à la rue, il est immédiatement orienté vers un des assistants sociaux du centre. Celui-ci le met en contact avec l’association Réfugiés bienvenue. Grâce à cette association de solidarité, il est hébergé dans une famille d’accueil, qui deviendra sa deuxième famille. L’effet est radical : il ressent le choc d’être enfin sous un toit en confiance, où il peut « déposer son bagage ». C’est alors le moment pour lui d’engager un suivi psychologique, toujours au Centre Primo Levi qui offre une prise en charge pluridisciplinaire.

A partir de là, tout s’est enclenché au bon moment : il a été convoqué à l’Ofpra alors qu’il commençait à être prêt à confier son histoire douloureuse. Il a pu répondre aux questions, se souvenir des détails qui lui étaient demandés, et au bout d’un an, il a obtenu le statut de réfugié. En lui offrant des espaces où il était écouté, cru et reçu avec bienveillance, l’accompagnement social et l’hébergement solidaire lui avaient permis en quelque sorte de retisser l’enveloppe qui avait été brisée par la violence politique. Le jour où il a obtenu le statut de réfugié et où sa famille d’accueil a organisé une fête pour célébrer cette grande nouvelle avec lui fut le premier jour d’une nouvelle vie qui s’ouvrait devant lui.

Le lien social est le premier élément visé par la violence politique. Celui qui en a été victime a généralement de grandes difficultés à retisser du lien, car il souffre de la culpabilité d’être encore en vie alors que d’autres, parfois des proches, ne le sont plus. Il s’isole alors de lui-même, ne se sent plus légitime à vivre. Le but premier des assistants sociaux du Centre Primo Levi est de les aider à recréer ce lien. Cela passe d’abord par un regard d’homme à homme, par une poignée de main. Cela passe ensuite par une attitude d’écoute ; recevoir ce que les patients ont besoin ou envie de dire, qu’il s’agisse du passé ou des conditions de vie souvent très précaires dans lesquelles ils vivent aujourd’hui.

Cela passe enfin par des orientations vers différents partenaires comme Réfugiés bienvenus, et par des démarches qui leur permettent de mettre les choses « en route ». Des démarches pour couvrir les besoins primaires (hébergement, nourriture, vêtements), pour débloquer leurs droits sociaux ou encore pour les amener vers une formation, des cours de français. Pour assurer la scolarisation des enfants, aussi, car le Centre Primo Levi reçoit aussi beaucoup de familles avec enfants. Toutes ces démarches n’aboutissent pas toujours, ou presque toujours au bout d’un temps très long.

Emmanuel a pu reprendre ses études supérieures. Une deuxième mise en lien précieuse, avec l’association Kodiko, lui a permis de bénéficier d’un accompagnement professionnel et de former un véritable projet professionnel. Son envie : travailler dans les ressources humaines. Mais pour cela, il lui fallait une expérience en entreprise. C’est pour cela qu’il a décidé d’intégrer le programme Refugeek de Simplon, qui forme les réfugiés aux métiers du développement informatique. Un programme intensif, stimulant, qui lui a fait rencontrer d’autres jeunes pleins d’ambition et de projets.

Dans le cadre de ce programme, il a pu faire un apprentissage dans une grande banque et a décroché un CDI à l’issue de son contrat, avec, peut-être, une possibilité d’évolution vers les ressources humaines ?

Soucieux de donner en retour un peu de ce qu’il a reçu, Emmanuel est devenu bénévole à Réfugiés bienvenus et est même entré dans le conseil d’administration. Son parcours exemplaire est vertueux pour tous : pour lui bien sûr, mais aussi pour la société et pour l’économie française, et finalement pour ceux qui arrivent et qui comme lui ont besoin d’être aidés.

A son arrivée au Centre Primo Levi, Emmanuel souffrait de troubles paranoïaques et dépressifs aigus. Aujourd’hui, il est heureux, fier de son parcours. Il revient souvent donner des nouvelles à son assistant social et aux autres professionnels qui l’ont suivi. Il garde des angoisses liées à son passé ; elles perdureront peut-être toute sa vie, mais il a appris à vivre avec et à retrouver sa place dans la société humaine.


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