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Jasmine Caye | Statistique en matière d’asile: la Suisse n’attire pas

En ligne depuis le 26 février 2021 - modifié le 2 mars 2021

En 2020, les demandes d’asile n’ont jamais été aussi basses. Il s’agit d’un des taux les plus bas depuis la fin de la guerre froide. Comparativement aux autres pays européens, la Suisse se situe clairement à l’extrémité la plus basse de l’échelle avec 1,3 requérant·s· pour mille habitants. La situation sanitaire mais également les actions musclées de Frontex et des gardes-frontières aux abords de l’Europe, sont les raisons explicatives. Il faut également prendre en compte les naissances en terre helvétique comptées comme des nouvelles demandes de requérant·e·s d’asile.

Nous reproduisons l’article paru sur le blog de Jasmine Caye le 22 février 2021. Les chiffres cités dans son billet se basent sur ceux produits mensuellement par le Secrétariat d’État aux Migrations (SEM).

Statistique en matière d’asile: la Suisse n’attire pas

En 2020, les demandes d’asile n’ont jamais été si basses depuis 2007. Avec 11’041 demandes, 22.6 % de moins qu’en 2019, la Suisse est plus de trois fois en dessous du pic de 2015 (39’523 demandes d’asile). La raison principale de cette baisse est la crise provoquée par la pandémie du Covid-19. Mais le Secrétariat d’Etat aux migrations SEM donne d’autres raisons.

La Suisse n’attire pas

Les premiers pays d’arrivée des personnes demandant l’asile en Suisse sont l’Italie et la Grèce.  Les flux migratoires là-bas permettent, en général, d’anticiper les demandes d’asile en Suisse. Mais la Suisse n’attire plus et les personnes arrêtées en Suisse disent vouloir poursuivre leur trajet vers la France ou l’Allemagne pour y déposer une demande d’asile.

Hausse des arrivées en Italie, baisse en Grèce

Source © SEM, DFJP 2021

En 2020, les arrivées dans le sud de l’Italie en provenance de Libye ont triplé par rapport à 2019, passant de 11’470 arrivées à 34’150 arrivées en 2020. Au contraire, la Grèce a vu les arrivées et demandes d’asile sombrer avec 9’700 arrivées dans les îles, soit cinq fois moins qu’en 2019. Sans mentionner les “pushbacks” au large des îles grecques, le SEM pointe du doigt ceux commis par des gardes-frontière grecs dans le district de l’Evros le long de la frontière terrestre avec la Turquie. Ces manœuvres illégales ont conduit à la chute des arrivées de 14’900 personnes en 2019 à 6’000 en 2020. Elles auraient aussi été menées par des unités Frontex. De ça, le SEM n’en parle mais c’est délicat, Frontex est aussi financé par la Suisse. L’enquête est en cours.

Baisse des requérants d’asile par millier d’habitants

Source © SEM, DFJP 2021

Sur l’ensemble des demandes d’asile soumises en Europe en 2020 (490’000 environs), la part des demandes d’asile déposées en Suisse représente 2.2%, l’un des taux les plus bas depuis la fin de la guerre froide. Ajoutons que la Suisse compte 1.3 requérants pour mille habitants en 2020 et se situe clairement en bas de l’échelle derrière la Belgique, la France, la Suède, l’Allemagne, le Luxembourg, l’Espagne, la Slovénie, l’Autriche et loin derrière Chypre, Malte et la Grèce mais au-dessus de la moyenne européenne de 0.9 requérants pour mille habitants.

 

Des centaines de naissances qui ne devraient pas figurer dans les demandes d’asile

Quels sont les principaux pays de provenance? Ce sont l’Erythrée (1917 demandes), l’Afghanistan ( 1’681 demandes), la Turquie (1’201 demandes), l’Algérie (988 demandes), la Syrie (904 demandes), le Sri Lanka (468 demandes) et le Maroc (400 demandes).

Source © SEM, DFJP 2021

Pour l’Erythrée, seulement 211 érythréens sont arrivés en Suisse en 2020 pour déposer une demande d’asile. Les autres sont des regroupements familiaux (366), des demandes multiples (167) et surtout des bébés. Ils sont en 2020, 1’173 bébés requérants d’asile même lorsque leurs parents sont installés en Suisse depuis des années comme réfugiés ou personnes admises à titre provisoire (1).

Prenons l’exemple de Joseph qui a 7 ans. Il est en Suisse depuis 2017. Ses parents ont reçu le statut de réfugié (permis B) en 2018. Un an plus tard, son père a trouvé un travail comme chef de cuisine dans un restaurant depuis 2019. Cela lui permet de ne pas dépendre de l’aide sociale. Sa petite sœur est née en mai 2020 à Genève, elle sera comptée parmi les nouveaux requérants d’asile de 2020. Totalement absurde!

Cette manière de compter induit en erreur et elle fait croire qu’il y a beaucoup d’entrée même quand on en a tellement moins. En décembre, le Conseiller national Christophe Clivaz demandait, dans une interpellation au Conseil fédéral, des explications à ce sujet, constatant poliment le manque de transparence dans la statistique en matière d’asile (2). Mais la réponse du Conseil fédéral se résume à ça: “Les statistiques du SEM sont conformes à la loi (…) elles garantissent une comparabilité internationale des données au niveau européen et ce, bien que les systèmes d’asile diffèrent considérablement d’un pays à l’autre.”(3)

Il faut donc savoir qu’il y a, en Suisse comme en Europe, la vraie nouvelle demande d’asile et la fausse nouvelle demande d’asile! Oui en 2020, seulement 62% des requérants d’asile ont effectivement déposés une demande de protection, alors que 26 % (2’482) sont des naissances et 9% (1’011) sont des personnes arrivant en Suisse grâce au regroupement familial.

Bonne nouvelle: la procédure accélérée c’est aussi des décisions positives rapides

En 2020, sur les 17’223 cas traités en première instance, 22.5% des cas en procédure accélérée ont reçu des décisions positives (1’279) et 16% des cas ont obtenu une admission provisoire. Au total 38,5 % des personnes en procédure accélérée ont obtenu la protection de la Suisse dans un délai rapide (140 jours). C’est pas mal du tout même s’il faut aussi compter dans cette statistique des centaines de bébés.

Autres chiffres à retenir: les milliers qui restent, qui partent, qui disparaissent

Au total, 14 500 personnes ont pu rester en Suisse en 2020. Ce sont des personnes qui ont obtenu l’asile (5’409) ou une admission provisoire (5094) ou un règlement cantonal.

Les départs sont aussi nombreux bien que la crise sanitaire ait passablement freiné l’exécution des renvois. Le SEM rapporte 1’051 départs volontaires contrôlés. Ce sont des personnes déboutées de l’asile qui décident de rentrer de leur propre gré. Il y a aussi eu 1’346 rapatriements dans le pays d’origine, 172 retours dans un Etat tiers et 715 personnes ont été rapatriées dans un Etat Dublin.

Le SEM admet qu’il y a des milliers de départs non contrôlés (3’574). Cette catégorie ne regroupe pas uniquement des personnes déboutées de l’asile restées en Suisse et passées dans la clandestinité. Il y a aussi  celles qui sont peut-être retournées dans leur pays d’origine sans annoncer leur départ ou celles qui se sont rendues dans un Etat tiers pour y déposer une demande d’asile.

Pour les autres détails je vous recommande le fameux Commentaire sur la statistique en matière d’asile 2020 que peu de gens lisent et comprennent. C’est fait exprès!

————————————–

  1. Le SEM précise que ces 1’173 bébés sont “des personnes du domaine asile et également des réfugiés avec permis B et C, donc de la catégorie “nombre de personnes relevant du domaine de l’asile” (127’346 personnes). Donc pour 2020 ce sont les personnes en procédure (6’567), les personnes admises à titre provisoire (48’644), les personnes déboutées de l’asile en procédure “Soutien au retour” (5’073) et les personnes avec un statut de réfugié (67’175).
  2. Lire aussi sur ce blog “De nombreuses anomalies sont constatées dans la statistique en matière d’asile”, 13 juillet 2020.
  3. Lire la réponse en entier ici: Interpellation et réponse du Conseil fédéral _Statistique de l’asile

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