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Statistiques

Statistiques | Précision à propos des « bébés de réfugiés comptés dans les nouvelles demandes d’asile »

Sophie Malka

Dans notre décryptage statistique « Demandes d’asile: les bébés de réfugiés gonflent les statistiques » (VE 178 / juin 2020), nous relevions par erreur qu’étaient comptabi- lisés dans les «nouvelles demandes d’asile» les regroupements familiaux des proches des per- sonnes titulaires d’une admission provisoire (permis F) alors qu’elles ne passaient pas par une procédure d’asile fédérale.Une mauvaise interprétation de notre part des échanges que nous avions eus avec le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) et que nous tenons à rectifier. Seuls ceux qui déposent effectivement une demande d’asile pour leurs propres motifs sont comptés. S’ajoutent également au décompte, comme nous l’indiquions, tous les proches des réfugiés titulaires d’un permis F ou permis B venus en Suisse dans le cadre d’un regroupement familial et qui doivent passer par un centre fédéral d’asile. Elles ne font alors pas forcément valoir leurs propres motifs d’asile, mais demandent l’inclusion dans le statut de leur proche.

Retour sur un article initialement paru dans le n°179 VE.

Interpellé par le Conseiller national Christophe Clivaz qui se faisait l’écho des informations contenues dans notre décryptage, le Conseil fédéral a également expliqué qu’en ce qui concerne les bébés de réfugiés, « l’enfant n’est inclus dans la qualité de réfugié ou le statut d’asile des parents que si ceux-ci en font la demande»(sic!). Une nuance qui n’apparaît ni dans la communication du SEM (ni dans nos échanges) et qui au final, ne change pas le fond du problème. À savoir que le public à qui on annonce 11 041 « nouvelles demandes d’asile » en 2020 imagine sans doute que ces 11 041 personnes sont spontanément entrées en Suisse pour déposer une demande d’asile. Certainement pas que 2480 nouveau-nés en Suisse y ont été comptabilisés du simple fait d’avoir été inclus dans le statut de leurs parents, que ces derniers soient demandeurs d’asile, titulaires d’une admission provisoire ou encore réfugiés depuis plusieurs années.

Cela ne change pas non plus l’impact que ces statistiques gonflées ont eu durant des années et ont encore sur le débat public. Jusqu’en avril 2020, ces éléments n’étaient que très partiellement connus du public et des législateurs. Or, de nombreux durcissements de la loi ont été fondés sur la volonté de faire baisser le nombre de nouvelles demandes d’asile… sur la base de données surestimées par les naissances (majoritairement) et les regroupements familiaux. Tel est particulièrement le cas des Érythréen·nes, où la part des vraies arrivées (primaires) était en réalité très inférieure au nombre annoncé (représentant seulement 10 % à 18 % des « nouvelles demandes » depuis 2017, et moins de 55 % en 2010 ou 2013). À la lumière de ces chiffres, revisiter les discussions ayant abouti à une dégradation des conditions d’accès à une protection et d’existence dans l’unique but de faire baisser les arrivées laisse un large sentiment de gâchis.

SOPHIE MALKA

En 2020, la Suisse a enregistré 11’041 nouvelles demandes d’asile. Sur ce nombre, qui constitue l’un des chiffres les plus bas depuis les années 2005, seules 6’812 sont des demandes « primaires », à savoir des requêtes déposées par des personnes ou des familles entrées en Suisse pour y chercher une protection. Le reste est constitué de demandes dites « secondaires », dont une majorité -2’482- de naissances d’enfants de demandeur·ses d’asile et de réfugié·es, contre 1’011 regroupements familiaux et 736 demandes déposées moins de 5 ans après une première requête.