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Inédit | Immersion dans la loge des agent·es de sécurité du CFA de Boudry

En ligne depuis le 30 juin 2021

L’enregistreur vocal du smartphone était enclenché. Confisqué par des agent·es de sécurité du Centre fédéral de Boudry, le téléphone d’une requérante d’asile a enregistré par inadvertance durant près de deux heures les conversations qui se sont tenues dans leur loge. Nous publions la retranscription complète et inédite de cette capture audio, anonymisée.

Discussions entre membres du personnel, interactions avec des requérant·es d’asile:  les échanges sont révélateurs d’un climat latent d’irrespect et de violence ordinaire induite par le rapport de force et le choix de confier l’encadrement des résident·es des Centres fédéraux d’asile à des agents de sécurité démunis d’outils de médiation.

La gestion uniquement sécuritaire des tensions, inévitables dans des lieux de vie collectifs, l’absence de prise en compte par le personnel d’une réalité évidente, celle que les personnes logées là sont dans une angoisse existentielle liée à leur demande de protection, l’impunité renforcée par des mécanismes visant à tout régler « à l’interne », ressortent de leurs propos.

Dessin d’illustration, issu du rapport sur les violences au Centre de Bâle publié par 3rgg.ch

 

Dans l’édition 183 de la revue « Vivre Ensemble », nous avons publié un extrait de cet enregistrement : celui-ci montre comment les agent·es trafiquent un rapport justifiant la mise en cellule d’isolement d’une femme, en accusant celle-ci d’acte de violence. La retranscription complète de l’enregistrement montre que celle-ci était venue solliciter l’aide de la sécurité pour que celle-ci aide un enfant (en pleurs) à récupérer un téléphone portable qu’il s’était fait voler par un homme hébergé au centre, et que face au refus de l’agent, elle avait voulu en référer à la direction du centre.  La suite permet de s’immerger dans un huis clos quasi fictionnel.

Sophie Malka

Louise Wehrli, À l’écoute des victimes. Le déni des autorités intenable face à la médiatisation des violences., Vivre Ensemble n°183, juin 2021


Transcription d’un enregistrement audio réalisé au Centre fédéral d’asile de Perreux (Boudry) 

Date: mercredi 20 janvier 2021, en fin de journée
Télécharger la retranscription complète  PDF

Cliquez sur l’image pour télécharger la retranscription complète

Légende

A : femme requérante d’asile, dont le téléphone a capté cet enregistrement
AS 1 : agent de sécurité impliqué dans la scène de démarrage du conflit
AS 2 : agent de sécurité qui vient rapidement en renfort du 1er. Il semble qu’il y ait deux personnes derrière AS 2. Les voix sont difficiles à identifier
AS 3 : agente de sécurité avec une fonction qui semble supérieur à AS 1 et 2
AS 4 : agente de sécurité avec une fonction dirigeante, ou en tout cas davantage administrative car elle rédige les rapports
+ autres agent·es non-distingués les un·es des autres

XX est utilisé quand des noms sont prononcés, mais pas retranscrits par souci d’anonymisation


Le téléphone d’un enfant vient d’être volé dans le centre par un requérant d’asile à qui il l’avait confié. A interpelle alors un agent de sécurité pour lui demander d’agir et de retrouver le téléphone. L’agent de sécurité pense que c’est son fils, mais ce n’est pas le cas. A enclenche alors le mode enregistrement sur son téléphone.

A : You’re the security and you should to take a look
Agent de sécurité 1 : No, no security for look the child, look your phone there
A : I’ll complain, I’ll complain about that interacting
AS 1 : No, what what, the time where you put your phone here, no security must look, it’s your mission.
A : You’ll not try to search, not at all ?
AS 1 : No, no, no, that your responsability.
A : But you’re security
AS 1 : That your responsability. Look, your children, madame, your children, they go up. The time when something happens to up, you come see security ?
A : But normally you’re accessing the doors without permission ?
AS 1 : I ask you, you no see your children you (mot incompréhensible)
A : I’ll complain about that. What is your name or number of the working ? Because you’re just not searching for this telling stuff but discussing about me
AS 1 : Yes
A : You don’t do that. So what is your name because I need to complain.
AS 1 : For me ?
A : Yes or number of working.
AS 1 : My number ?
A : Yes
AS 1 : For what ?
A : For working. Because you’re working here and you have the number. I’ll complain, believe me, you don’t do your work
AS 1 : No. Madame, I’m telling you something, ok ? I know place you’re coming from, ok ?
A : Poland
AS 1 : Ok in Switzer… I don’t know.
A : We’re complainig pretty much and we’ll complain, not to the SEM, but your boss I’ll complain, Protectas, and to the SEM, to the SEM, to the government and to the everyone.
AS 1 : If you don’t take your responsability… (en s’adressant à un autre requérant d’asile) Brother, brother, come in please. Tell this woman, ok, « if you come here… »
A : (également à l’autre requérant d’asile) He doesn’t want to check the stealing stuff but they’re accessing the doors and checking the people. But he can’t check the stealing stuff.
AS 1 : Can you leave me talk with him ?

Brouhaha car A et AS 1 parlent en même temps avec beaucoup de bruits en arrière-fond et notamment l’enfant qui s’est fait voler son téléphone qui pleure. On entend plusieurs autres requérants d’asile parler de ce qui s’est passé. AS1 finit par proposer à A de se rendre à la loge des agent.es de sécurité pour discuter de l’affaire.

AS 1 : Can you go to the security office ?
A : (A l’enfant qui pleure) Yes, we’ll look for you phone. (à AS 1) You still didn’t tell me your number !

Echanges entre différents requérants d’asile avec l’agent de sécurité. A redemande le numéro de l’agent et insiste.

AS 1 : Take my picture
A : No, I don’t want to take your picture
AS 1 : Take my picture
A : Ok no problem

A le prend en photo. On entend ensuite du bruit et on imagine que l’AS1 essaie de lui retirer son téléphone et user de la force. A commence à gémir « ahouaoua, ahouaha » (« aïe » à de multiples reprises).


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