Vers des mesures efficaces en Suisse? Des pistes concrètes issues du terrain
Mahtab Aziztaemeh | Co-responsable de l’association «Éducation pour tou·xtes – maintenant!» et co-directrice du Forum des Réfugiés.
«Éducation pour tou·xtes – maintenant!» et le Parlement suisse des réfugié·es ont élaboré une feuille de route basée sur l’expérience des réfugié·es et actrices et acteurs du terrain visant à favoriser la mise en place d’un accompagnement à l’intégration adapté aux besoins. Mahtab Aziztaemeh présente les principales pistes d’amélioration que les deux entités vont désormais chercher à promouvoir auprès des instances cantonales.
«Mes diplômes et mon expérience professionnelle n’ont pas été reconnus. Ma volonté et ma persévérance ont été mes seules armes, car il n’est pas facile d’obtenir tout seul un certificat de niveau B2 en allemand.
Je ne me suis pas pliée aux consignes des services sociaux et malgré toutes les sanctions et les réductions de l’aide sociale déjà très modeste, je n’ai pas travaillé dans le secteur du nettoyage. Le chemin vers mon objectif a été très difficile. Pour mes études également, je n’ai reçu ni aide financière ni bourse ; j’ai dû contracter un prêt que je continue de rembourser aujourd’hui.
Malgré tout, je suis fière de moi et j’espère que d’autres auront de meilleures chances et moins d’obstacles à surmonter.»
L’histoire de J., originaire de Syrie, n’est pas un cas isolé. Si depuis l’introduction de l’Agenda Intégration Suisse (AIS) en 2019, de nombreuses offres destinées aux réfugié·es reconnu·es et aux personnes admises à titre provisoire ont été développées, leur mise en œuvre dans les cantons reste inégale et dans de nombreux endroits, elle est en deçà des objectifs fixés.
Le Parlement suisse des réfugié·es et l’association «Éducation pour tou·xtes – maintenant !» ont uni leurs forces pour rédiger la prise de position intitulée «De la nécessité d’un accompagnement à l’intégration adapté aux besoins des personnes réfugiées». Ce document s’adresse aux décisionnaires des domaines de la promotion de l’intégration, de la formation (professionnelle) et de l’insertion professionnelle. Il leur montre comment mieux exploiter les marges de manœuvre existantes.
Il ressort de nos recherches et entretiens avec les personnes concernées que la gestion des dossiers constitue un problème central: elle manque souvent de continuité, de coordination et n’est pas suffisamment axée sur le potentiel individuel des personnes concernées. Le principe «la formation avant le travail» n’est pas toujours suivi. Les réfugié·es sont trop souvent orienté·es vers des emplois précaires et peu qualifiés, qui ne correspondent ni à leur formation ni à leur aspiration.
Notre document se distingue notamment par le fait qu’il s’appuie sur deux perspectives : celle des personnes exilées directement concernées et celle des organisations qui travaillent au plus près de leur réalité quotidienne. De nombreux témoignages de réfugié·es originaires de Syrie, d’Afghanistan, d’Ukraine, de Turquie et d’autres pays mettent en lumière dans ce document les conséquences d’un accompagnement manquant ou insuffisant au quotidien – mais aussi ce qu’un bon accompagnement peut apporter. À partir de ces expériences et d’études existantes, nous formulons dix recommandations pour le domaine de l’intégration ainsi que sept autres pour les domaines de la formation (professionnelle) et de l’insertion professionnelle: par exemple, une baisse du nombre de dossiers par personne en charge du suivi, un bilan standardisé avec évaluation du potentiel, une meilleure collaboration interinstitutionnelle, un accompagnement individuel spécialisé renforcé ainsi qu’une reconnaissance facilitée des compétences acquises de manière non formelle et informelle. Nous demandons en outre des normes minimales uniformes pour l’ensemble de la Suisse, qui soient régulièrement réévaluées.
Nous avons présenté ce document de prise de position le lundi 15 juin 2026 au Polit Forum de Berne (Käfigturm) devant un large public de spécialistes. Étaient invité·es des responsables de la promotion de l’intégration et des services chargés des dossiers, des représentant·es d’établissements de formation, des acteur·ices de l’insertion professionnelle ainsi que d’autres professionnel·les intéressé·es de l’administration, de la formation, de l’insertion professionnelle et de la politique. L’accent a été mis sur les recommandations formulées dans le document. Après la présentation des principaux problèmes et des recommandations, les participant·es ont discuté ensemble des adaptations structurelles nécessaires, ce qui a enrichi notre réflexion.
Malgré notre invitation, aucun·e représentant·e du monde politique ou de l’administration n’était présent·e, ce que nous regrettons.
Nous allons dès lors contacter directement les responsables politiques des cantons afin d’ouvrir un dialogue. Ainsi, nous entendons mettre en pratique les pistes formulées dans la prise de position – et contribuer à ce que les personnes réfugiées en Suisse bénéficient d’un soutien qui corresponde réellement à leur potentiel.
©Image de couverture: Logo de l’association «Éducation pour tou·xtes – maintenant !»
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