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Témoignage | Permis F et formation: Un exemple de persévérance

En ligne depuis le 20 septembre 2004 et publié dans - modifié le 11 juin 2017

Deux jeunes sœurs, d’origine somalienne, Aamina (19 ans) et Aamal (18 ans), vivant en Suisse depuis plus de quatre ans avec une admission provisoire (permis F), racontent les difficultés et les sentiments de découragement qu’elles ont vécus dans leurs efforts pour se construire un projet professionnel et trouver leur place dans notre société.

Dès leur arrivée à La Chaux-de-Fonds, Aamina et Aamal sont intégrées en classe d’accueil. Elles y trouvent chaleur et soutien. Ces jeunes filles n’avaient cependant jamais été scolarisées dans leur propre pays. Commencer à s’adapter, à l’âge de l’adolescence, à une réalité d’école, n’est pas une chose évidente. Désireuses d’apprendre le français et de s’intégrer, les deux sœurs s’accrochent et progressent. Par la suite, elles ont la possibilité de s’inscrire dans des classes de scolarité post-obligatoire (classe d’orientation). Elles saisissent l’occasion, mais sans trop savoir dans quel but. Déjà à cause de leurs lacunes scolaires, comment pourraient-elles envisager un projet de formation comme leurs camarades de classe? Chaque jour, elles ressentent davantage l’impasse de leur situation.

Apprentissage impossible

Aamal: «Etre à l’école, cela nous protégeait. On apprenait des choses intéressantes. Mais d’un autre côté, en se comparant aux autres, on voyait quotidiennement les différences. A cause de notre permis F, envisager un apprentissage, même simple, chez un patron, était impossible. Et dans la vie de la classe, on ne pouvait pas toujours faire les mêmes choses que les autres élèves, par exemple participer à des excursions en dehors de Suisse».

Aamina: «Chaque jour, nous nous sentions encore plus déchirées entre l’envie d’être jeune comme les autres, de continuer à apprendre, et notre peur de ne pas pouvoir suivre longtemps une école. Ne valait-il pas mieux chercher tout de suite du travail ? On deviendrait alors un peu adulte, on pourrait aider notre famille et moins dépendre de l’assistance».

Des recherches difficiles

Aamal: «A l’école, on ne se sentait pas au même niveau que les autres. Et quand on est jeune, c’est très difficile de comprendre pourquoi “on n’est pas pareil” que les gens de son âge. Mais quand on a choisi d’être du côté des adultes, on s’est alors retrouvée coincée par le permis et par l’âge».

Aamina: «En Somalie déjà, j’avais envie de pouvoir soigner les gens. Ici, avant 18 ans je ne pouvais rien faire dans ce domaine. Même pour la formation d’auxiliaire de santé prévue pour les requérants d’asile, il fallait attendre plusieurs mois. J’ai donc dû patienter. J’ai alors essayé du côté de l’horlogerie et des fabriques. A part quelques stages de courte durée, toutes mes recherches de travail ont été refusées. Après, quand j’ai reçu mon certificat d’auxiliaire de santé, j’ai continué à rencontrer des difficultés pour trouver un emploi. J’avais pourtant de bonnes attestations suite à mes stages pratiques.»

Enfin un emploi

«Chaque fois que j’étais reçue pour un entretien, à peine je montrais mon permis de séjour qu’on me répondait “on vous rappellera”. En fait, il n’y avait jamais d’appel. C’est toujours moi qui reprenais le téléphone. On me disait alors: “On a retenu votre candidature. Actuellement on n’a rien. On vous rappellera si on a besoin”.

Aujourd’hui, j’ai enfin trouvé une possibilité, dans un petit home, en dehors de La Chaux-de-Fonds. Je m’y plais beaucoup et j’y suis appréciée. Mon envie est de pouvoir poursuivre, faire par exemple une formation complète d’aide-soignante».

Une volonté sans failles

Aamal: «J’ai d’abord cherché un travail dans la vente. Quand je disais que j’avais un permis F, on me disait “c’est quoi?”. J’avais le sentiment que les gens ne savent pas; qu’avec ce permis, en fait, on n’existe pas. Il n’y a que les services sociaux qui connaissent ce permis. Maintenant, je cherche dans des fabriques d’horlogerie. J’ai pu faire quelques stages qui ont bien marché. C’est vraiment le métier que j’aimerais faire. J’ai déjà fait beaucoup d’offres d’emploi, mais j’ai toujours reçu que des réponses négatives. La seule solution, c’est de recommencer à faire des stages, pour au moins avoir un peu de pratique. Plus les mois passent et plus on se déstabilise. J’ai aussi cherché pour faire des nettoyages ou du baby-sitting, en me disant que si je ne peux pas faire ce que je veux, c’est mieux que rien; mais là aussi, on me dit que je suis trop jeune, qu’il faudrait un permis B, voire C, que l’on préfère une Portugaise… Retourner dans notre pays ce n’est pas possible, et ici il y a tellement d’obstacles pour pouvoir faire quelque chose…

On est jeune, on a la volonté… Quand on travaille, on se sent plus vivant… Quand je suis sans activité, je peux seulement penser que j’ai perdu beaucoup d’années de ma jeunesse».

Témoignage recueilli par Danielle Othenin-Girard
Groupe Accueil Réfugiés, La Chaux-de-Fonds

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