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Témoignage | Soleure: Une vie de NEM

En ligne depuis le 12 décembre 2005 et publié dans - modifié le 5 août 2015

Dans le canton de Soleure, les personnes noires frappées d’une décision de non-entrée en matière (NEM) font de plus en plus l’objet de traitements inadmissibles venant de fonctionnaires de l’Etat. Nous constatons avec inquiétude que les actes hargneux de méchanceté gratuite et de brutalité policière se multiplient. Ce, en toute impunité et avec l’accord tacite de la hiérarchie, informée par nos soins à plusieurs reprises des faits. Certains policiers ou fonctionnaires de l’Etat «se lâchent», déchargeant leur agressivité sur des personnes pour lesquelles ils n’ont plus aucune considération. Le récit de John* publié ci-dessous, un requérant africain frappé d’une NEM, fait écho à des témoignages que nous recevons de plus en plus fréquemment. (F. Kopf)

Le mercredi 7 septembre 2005, aux alentours de 20 heures, je me suis fait arrêter dans la rue à Dulliken par deux policiers en uniforme alors que je me rendais chez un ami. Ces deux hommes m’ont interpellé et ils m’ont demandé où j’allais, à quoi j’ai répondu que je me rendais chez un ami. Ils voulaient me contrôler, je leur ai dit «Ok, no problem», qu’ils pouvaient me contrôler. Ils ont trouvé mon natel que je m’étais acheté sept jours auparavant et mon porte-monnaie qui contenait 20 francs. Je leur ai donné la quittance pour le natel, pour prouver que je l’avais bel et bien payé, mais rien à faire, ils ont gardé l’argent et mon téléphone portable.

Directement en prison

Puis, ils m’ont dit que je devais passer la nuit à la prison d’Olten parce que je séjourne illégalement en Suisse. J’aurais voulu savoir leurs noms, mais ils n’avaient pas la plaquette avec leur identité sur leur uniforme, du coup je ne sais pas à qui j’ai eu affaire. Ils m’ont donc mis dans la voiture et emmené en prison. La nuit s’est déroulée «normalement».

Le matin suivant, dont le jeudi 8 septembre, à 11 heures, la police de la prison m’a mis dans la voiture direction, le juge de Soleure. Le juge a statué sur mon cas en me disant que j’étais là (en Suisse) illégalement et que je devais par conséquent payer une amende de 160 francs, sans quoi je risquais deux mois de prison. Après cela, la police de la prison m’a remis dans la voiture et m’a ramené à la prison d’Olten. Il était environ 12 heures 30.

Des coups pour toute aide

Arrivé là-bas, de retour dans ma cellule, j’ai appelé à l’aide de l’interphone en demandant du secours. Je ne me sentais pas bien. Je leur ai dit, en leur spécifiant que j’avais besoin de médicaments, je me sentais fiévreux. «Bitte», j’ai dit, «I am sick, I need medecine». Par trois fois, j’ai demandé de l’aide, et aucune fois ils n’ont daigné me répondre. A ma quatrième tentative, je leur ai demandé d’appeler la police pour moi. Et cette fois-ci, une réponse… Un homme de la prison a ouvert la porte et ils sont entrés à trois.

Ils m’ont demandé pourquoi je les dérangeais, «tu ferais mieux de rentrer chez toi, ici ce n’est pas chez toi». Je leur ai répété que, s’il vous plaît, j’étais malade et que j’avais besoin de soin, qu’il fallait appeler un médecin. Et là, pendant une dizaine de minutes, ils m’ont frappé (les trois hommes que je n’avais pas encore vus). Lorsqu’ils se sont arrêtés, ils m’ont emmené dans une autre pièce à l’étage, sans eau et sans toilettes. A ce moment-là, il était environ 13 heures. Ils m’ont laissé dans cette pièce, avec l’avant-bras en sang et la douleur des coups, jusqu’à 17 heures. Je ne pouvais rien faire, je suis resté là, j’ai enlevé une partie de mes habits, j’avais chaud à cause de la fièvre, et je me suis allongé sur mes vêtements (il y avait quand même un lit à disposition dans la chambre).

Une attitude abjecte

A 17 heures, deux des hommes qui m’ont frappé ont ouvert la porte et m’ont ordonné de sortir. Je suis donc sorti et descendu. Là, ils m’ont rendu mon porte-monnaie mais pas mon portable (la police avait certainement dû le garder), et mon billet de 20 francs coupé en deux. Je leur ai demandé pourquoi je n’avais qu’une moitié de billet, ils m’ont répondu que la police l’avait découpé et gardé la moitié pour elle.

Je suis parti de la prison, avec ma moitié de billet en poche, direction le commissariat de Olten, j’y suis arrivé autour de 17h30. Là, j’ai demandé à parler au chef, qui est venu. Je lui ai montré mon argent et mon avant-bras qui saignait. Je lui ai expliqué la situation, ce qui s’était passé avec la police ainsi qu’avec les gens de la prison qui m’avaient frappé. Le chef de la police m’a répondu qu’il ne me croyait pas, je lui ai dis d’appeler la prison puisqu’il ne me croyait pas. Il m’a redit qu’il ne me croyait pas, je lui ai donc donné mon nom afin qu’il appelle la prison pour savoir ce qui s’était passé. Comme il ne me croyait toujours pas, je suis parti chez un ami.

Aucune considération

Le lendemain je suis allé au bureau de l’asile à 13h30 afin de prendre rendez-vous avec un médecin, pour la fièvre et pour mes blessures, mais la personne qui m’a répondu m’a dis que tout le monde était pour le moment en pause et que je devrais repasser à 14h00. Ne pouvant être là, je n’ai pu avoir mon rendez-vous qu’aujourd’hui, mardi 13 septembre pour jeudi prochain, soit le 15 septembre 2005.

Je ne sais pas les noms des gens qui m’ont traité de la sorte, mais je les reconnaîtrais à coup sûr si je les voyais. Les collaborateurs de la consultation du mardi ont pu constater la présence d’une cicatrice sur mon avant-bras droit.

Témoignage recueilli le 13 septembre 2005 par une stagiaire de IGA-SOS Racisme

*prénom fictif

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