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Engagement | Enseigner le français: Une expérience enrichissante

En ligne depuis le 8 février 2008 et publié dans - modifié le 1 juillet 2017

L’apprentissage du français est l’une des activités proposées par la Maison de la Croisette, lieu d’accueil pour les requérants d’asile à Vernier. Tout au long de l’année, des bénévoles offrent la possibilité d’acquérir dans cette langue des connaissances indispensables pour vivre à Genève. Cette équipe est régulièrement renforcée par des civilistes, des stagiaires ou des étudiants. Laurie Lacour nous fait part ici de son expérience d’enseignante vécue l’été dernier.

Je n’avais jamais imaginé donner des cours de français en proposant de faire du bénévolat à la Maison de la Croisette. A la base, j’étais venue pour poser des questions sur l’asile pour mon travail de maturité au Collège. Quand j’ai appris qu’un civiliste qui donnait des cours de français allait s’absenter pour un mois et qu’il y avait besoin de quelqu’un pour le remplacer, j’ai été curieuse d’essayer.

Le lundi suivant, j’ai assisté au cours de Timothée, le civiliste, j’ai commencé à douter de ma capacité à le remplacer. Pendant le cours, il passait d’une langue à l’autre, allemand, anglais et français, pour expliquer chaque mot, chaque sens de phrase. Je ne savais pas si j’étais capable de me retrouver face à des personnes dont je ne parlais pas la langue et me faire comprendre; donc je n’étais pas sûre de pouvoir leur apprendre quoi que ce soit. J’avais aussi peur que les élèves trouvent ridicule que quelqu’un de dix-huit ans leur donne un cours. Malgré beaucoup d’appréhension, j’ai commencé. Ce qui m’a motivée, c’est le soutien des bénévoles et la motivation des élèves. Certains faisaient une heure de bus pour venir et je ne voulais pas qu’ils soient déçus.

Donner l’envie d’apprendre

Au début, je parlais beaucoup car j’essayais de «meubler»; j’ai mis un moment à accepter le silence, le temps de les laisser oser parler. J’ai aussi vite abandonné les règles de conjugaison, car la moitié de mon groupe débutait totalement. C’est allé beaucoup mieux quand une aumônière m’a expliqué que l’important, c’était de leur donner envie d’apprendre le français, et non pas de leur faire décliner tous les verbes correctement. Ça a donné une toute autre dynamique en cours. Au début, les élèves ne me comprenaient pas quand je commençais le cours par «Avez-vous passé un bon week-end?», et petit à petit à force de répéter, je les ai vus se lancer à dire quelques mots. Le plus dur pour eux, c’était d’essayer de s’exprimer, plutôt que de prononcer en lisant, et le plus dur pour moi c’était de lâcher le support rassurant d’une feuille d’exercice.

Tous les moyens sont bons

Pour me faire comprendre, j’ai utilisé tout ce qui m’est venu à l’esprit: dessins, mimes, j’ai même essayé de traduire du français en russe en recopiant les mots en cyrillique à partir d’un dictionnaire. Finalement, c’était parfois beaucoup plus simple que je ne le pensais, car si l’un comprenait, il expliquait à l’autre et ainsi de suite; ça marchait beaucoup mieux que quand c’était moi qui expliquais, même si par moments, il aurait été difficile d’imaginer que c’était un cours de français. C’est en faisant plein d’erreurs que j’ai le plus appris. Au fur et à mesure, c’est devenu plus facile.

Du respect et de la tolérance

Une des difficultés rencontrées a été de composer avec les différences de niveau des participants. C’était souvent frustrant, voire gênant pour certains de ne pas comprendre. J’ai admiré le respect qu’il y avait dans ce cours; ils s’aidaient entre eux et avaient beaucoup de patience et de tolérance les uns envers les autres. Malgré l’appréhension de départ, j’ai reçu énormément en retour et je sais que je prendrai le temps si l’occasion se présente, de renouveler une telle expérience.

Laurie Lacour
Paru dans Agora Infos, septembre 2007

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