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Décryptage | “Afflux des demandeurs d’asile”: un abus de langage!

En ligne depuis le 19 décembre 2008 et publié dans - modifié le 2 juillet 2017

Résultat de deux ans de politique migratoire approximative, l’accueil des demandeurs d’asile en Suisse ne cesse d’alimenter les colonnes de la presse et d’attiser les débats politiques. Depuis cet été, c’est la question de «l’afflux» des demandes d’asile qui est au centre de la polémique. Décryptage.

En avril 2006, le Département fédéral de justice et police (DFJP) a décidé de diminuer les montants alloués aux cantons pour l’hébergement des demandeurs d’asile. La raison?

Entre janvier et août 2005, le nombre des demandes d’asile a régressé de près de 40% par rapport à la même période de l’année précédente. Du coup, Christoph Blocher, alors chef du DFJP avait conclu que «l’application systématique de la loi sur l’asile et la révision de cette loi devrait stabiliser le nombre des demandes à un niveau relativement bas, permettant de procéder à des adaptations structurelles et organisationnelles».

Répondant à la baisse du financement fédéral, les cantons ont «adapté» leurs capacités d’accueil. Les prévisionnistes de l’Office de migration (ODM) et le chef du DFJP estimaient que la moyenne annuelle du nombre de nouvelles demandes d’asile ne dépasserait guère la barre des 10’000. Pour pronostiquer un tel recul – au demeurant jamais atteint – ils tablaient sur la suppression de l’aide sociale aux personnes frappées d’une non-entrée en matière, sur la réduction des délais de traitement des demandes et sur l’exécution systématique des décisions de renvoi.

Donnée mathématique?

Mauvais calcul puisque ces prévisions purement idéalistes ont très vite été rattrapées par la réalité ! Les conflits en Erythrée, en Somalie, au Soudan, en République démocratique du Congo ou en Irak ont porté les projections pour 2008 à un peu plus de 12’000 nouvelles demandes, au lieu des 10’000 rêvées.

Cette légère augmentation serait d’ailleurs passée inaperçue si le DFJP n’avait pas remis en question toutes les mesures permettant de gérer les fluctuations, en particulier le maintien d’une réserve de places de 20%. Résultat: dans les cantons, c’est le branle-bas de combat: personnel d’encadrement insuffisant, structures d’hébergement introuvables, trésorerie dépassée…

Les cantons désavouent le DFJP

On est pourtant encore très loin des plus de 40’000 demandes déposées il y a dix ans. C’est dire si parler d’ « afflux» est un véritable abus de langage!

Le 5 novembre dernier, la rencontre entre la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf et les représentants des autorités cantonales compétentes s’est conclue par un désaveu très clair de la politique du DFJP. Pour la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS), «les cantons ont dû faire face à des dépenses supplémentaires parce que la Confédération n’a pas été en mesure de remplir ses obligations.»

La Confédération s’était en effet engagée, en cas de forte hausse du nombre de demandes d’asile, à prendre elle-même en charge les requérants pendant au moins six mois, grâce à des hébergements supplémentaires. Or avec un peu plus de 12’000 demandes, la Confédération a dû avouer qu’elle ne disposait pas des structures de base nécessaires (infrastructures et personnel) promises.

Victimes de l’incurie fédérale

Une enquête réalisée par la CDAS en juillet et août a montré que seules 900 places de réserve étaient recensées au niveau national. Ce travail d’investigation des cantons a eu le mérite de faire plier la Confédération. Berne a décidé de revenir à l’ancien système : les cantons – et non la Confédération – seront à nouveau responsables des structures d’asile en cas de situation particulière.

Le domaine de l’asile doit être conçu de manière à pouvoir réagir aux conflits dans le monde. Il est arbitraire et utopique de ne pas prévoir de marge de manœuvre dans la mise en place d’une politique d’accueil.

Car, au final, les personnes venant chercher asile en Suisse sont les premières victimes de l’incurie des autorités. Politiquement, elles sont stigmatisées et taxées d’envahisseuses . Humainement, elles seules subissent les conditions d’accueil décidées dans l’urgence. Et ces conditions frisent trop souvent avec l’indécence.

Manuel L. Hiol

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