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En ligne depuis le 19 décembre 2008 et publié dans - modifié le 2 juillet 2017

Du 18 août au 7 novembre, Erdal Ozkan a effectué son service civil à l’Agora (Aumônerie Genevoise Oecuménique auprès des Requérants d’Asile). Durant ces trois mois, il est allé une fois par semaine au foyer du Lagnon. Y sont hébergées les personnes frappées d’une NEM. Toutes sont soumises au régime de l’aide d’urgence, certaines depuis l’entrée en vigueur de la loi il y a plus de 2 ans. Il nous livre son témoignage. (réd.)

Le foyer du Lagnon: sorte de centre de détention aux fenêtres sans barreaux, où la liberté de mouvement est aussi proche que ses verts pâturages voisins. Une sorte de centre de détention sans gardiens, situé bien loin du centre-ville de Genève, à l’écart de tout. A l’écart de vous. A l’écart de notre société. Un reflet des mentalités. Une impasse, en somme.

Sentiment paradoxal

Ma première visite fut nourrie d’un sentiment paradoxal. Avant d’y pénétrer je me suis dit naïvement que cette partie de campagne-ci était ma fois fort jolie et que les quelques personnes victimes d’une Non-entrée en matière (NEMs) y séjournant devaient quelque part dans leur malheur apprécier ce bout d’endroit paisible.

Et puis je suis entré dans ce bâtiment délabré, sale. J’ai été frappé par le manque d’entretien du foyer, qui s’est vu confirmé lorsque j’ai visité les cuisines, les «salles de bains», les couloirs. Certes à usage commun, mais tout de même. Certes soit-disant autogéré mais tout de même. Lorsqu’il y a pratiquement plus de graisse que de plaques disponibles sur les cuisinières, il y a matière à interrogation.

Et une question me paraît légitime: comment avoir envie de faire des efforts alors qu’on est en situation transitoire sur un territoire hostile à notre présence? Le manque d’entretien n’est-il pas significatif de cette hostilité?

Personnellement, je ne sais pas si j’aurais la motivation de participer au nettoyage d’un foyer qui ne m’offre aucune chaleur humaine, aucune spontanéité, aucun sentiment de simple existence et de dignité. En fait, après raisonnement logique, il n’est pas difficile de comprendre que le Lagnon est le reflet concret, réel, d’un manque d’intérêt général des autorités et indirectement de la population sur le sujet des requérants d’asile. Les mettre loin, à l’écart, et vaguement s’occuper d’eux.

Comparer le comparable

Je ne suis pas en train d’écrire qu’il faudrait un hôtel 5 étoiles pour ces gens (des êtres humains avant et après tout!), simplement quelque chose de plus digne. Et qu’on ne vienne pas me dire que pour eux, ne serait-ce que transiter par le Lagnon constitue un logement bien supérieur à ce qu’ils ont chez eux. Tout cela n’a rien à voir. Comparer la Suisse à d’autres pays afin de se déculpabiliser n’apporte rien. C’est au contraire une manière de se satisfaire de ce que l’on peut donner, sans plus. Et il est clairement ici question de ce «plus» faisant défaut.

Ce qui me bouleverse?

Autre interrogation: la communication au sein même de l’établissement. Aucune affiche en anglais.

Comment voulez-vous qu’un non-francophone comprenne que ses coupons-repas du week-end ne lui seront exceptionnellement pas distribués ce samedi pour telle ou telle raison? Comment voulez-vous qu’il saisisse le contenu d’une lettre administrative lui expliquant les règles du foyer en français académique? Ou un papier du Tribunal fédéral lui demandant de verser 600 francs afin que son recours soit validé, alors qu’il ne possède rien et que la réponse sera de toute manière négative?

Je me permets d’être ironique: oui c’est vrai il aurait dû prendre le temps d’apprendre notre langue durant son périple, sa fuite, sa peur de mourir…

Ce qui me bouleverse dans tout cela, ce n’est pas de savoir si toutes ces personnes méritent (le terme peut paraître un peu violent mais la réalité de notre politique d’asile est ainsi) l’asile ou non.

Ce n’est pas de se dire que, de toute manière, ils doivent quitter le pays le plus vite possible car ils n’ont aucun avenir en Suisse. Ce n’est pas non plus de constater que certains d’entre-eux parviennent à rester à Genève six ou sept ans durant, sans autorisation de travail, en allant «pointer» chaque semaine à l’Office cantonale de la population (OCP) afin d’obtenir un sursis d’une semaine supplémentaire sur notre territoire.

L’illogisme de la situation

C’est plutôt que tout cela est une impasse cautionnée par nos autorités. Une forme d’hypocrisie et de refus d’accepter que la situation des personnes victimes d’une NEM ou déboutées est alarmante. Qu’il suffirait d’un brin d’humanité, d’un sourire, d’une écoute.

Ne rien faire et les laisser croupir dans un environnement aussi hostile revient à les pousser dans la clandestinité et l’illégalité.

Erdal Ozkan

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