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Témoignage | Jasmina Travnjak, lauréate du prix Femme exilée, femme engagée en 2009

En ligne depuis le 18 décembre 2009 et publié dans - modifié le 3 juillet 2017

En 2003, Soeur Marie-Rose Genoud, militante pour les droits des requérants d’asile valaisans et néanmoins amie, me dit qu’un jour, je figurerai moi aussi dans ce petit livret qui décrit le destin exceptionnel de femmes honorées par le Prix Femme exilée, femme engagée.

J’ai toujours été touchée par le fait qu’elle le pensait, mais je n’ai jamais cru que cela se réaliserait.

Pour moi, ce prix était bien au-dessus de tout ce que j’avais accompli jusque-là. Année après année, ce petit livret relatait des histoires incroyables de femmes qui avaient osé l’exil, en avaient surmonté tous les obstacles jusqu’à obtention d’une vie meilleure. J’avais de l’admiration pour elles, elles me donnaient de l’espoir.

Quand Soeur Marie-Rose -qui avait déposé ma candidature- m’annonça que j’avais été reçue au prix, j’ai lu son mail à plusieurs reprises avant de réaliser ce qui se passait. Voilà que j’allais avoir une place d’honneur aux côtés de ces femmes ! J’avais l’impression que, d’un coup, on me rendait 10 années de ma vie, simplement parce que ces 10 années en tant que requérante d’asile venaient d’être reconnues.

Quitter son école et ses amis

J’avais 13 ans lorsque, mes parents décidèrent du jour au lendemain de fuir le Monténégro. C’était en 1995, un dimanche, un des pires de ma vie. Mes parents avaient décidé de m’arracher à mes amis, à mon école, à ma culture pour aller je ne sais où, dans un pays dont je ne parlais pas la langue et où je ne connaissais absolument personne. Après un long périple à travers l’Italie, nous arrivions à Chiasso pour demander l’asile.

Ce fut un choc. Le centre était rempli de gens de tous horizons, on nous parlait en italien, nous étions 19 dans un dortoir, il y avait une cour entourée de grillages pour faire les cent pas, et nous n’avions le droit de sortir qu’à des heures précises. Je pleurais tous les jours, je détestais mes parents de nous avoir amenés là. Je ne pensais pas une seconde à ce que tous ces changements représentaient pour eux. Aujourd’hui je sais que je ne les remercierai jamais assez.

Dix ans, vivre la vie de requérants

Après 23 jours dans ce centre d’accueil, nous arrivions à Sierre. Je commençais alors une nouvelle école, en français, langue dans laquelle je savais dire un timide « Bonjour ». Mais j’étais entêtée, je voulais réussir mes études, apprendre le français et m’adapter à cette nouvelle vie. C’était difficile la première année, mais une fois le français assimilé j’ai vite rattrapé mon retard.

Durant dix ans, mes parents, mes sœurs et moi avons vécu la vie de requérants d’asile. Durant 10 ans, nous nous sommes battus contre l’administration valaisanne pour obtenir un appartement, le droit au travail, notre indépendance du foyer, puis le permis B et enfin la nationalité suisse pour ma sœur et moi. Ce fut un long chemin, difficile et plein d’obstacles. Mais le fait de fuir mon pays, de devoir m’adapter à un nouveau monde et ensuite ce vécu de requérante d’asile, m’en ont appris long sur la vie et m’ont forgé le caractère.

Aujourd’hui, je suis une femme adulte. Je ne suis plus la petite fille de 13 ans qui a si peur de l’inconnu. Je suis au contraire toujours à la recherche de nouveautés. J’aime voyager et découvrir d’autres cultures. Depuis que je suis Suisse, ma vie a tellement changé. Tout me semble accessible, je me sens revivre. Je n’ai plus de doutes, plus peur d’un éventuel renvoi. J’ai toutes les chances de mon côté.

Une vie pleine de promesses

Mais je sais que ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde. C’est pourquoi j’ai décidé d’aider ceux qui sont toujours dans le besoin. Depuis déjà plusieurs années, que ce soit à Sierre ou à Genève, je profite de mon temps libre pour m’engager bénévolement au sein de diverses associations culturelles, événementielles ou actives auprès de la population étrangère.

Et aujourd’hui encore, alors que je me trouve à St Pétersbourg pour un emploi temporaire, je m’engage après mon travail auprès d’une ONG qui soutient les nombreux sans-abris de la ville.

Je sais que mes engagements ne représentent qu’une goûte d’eau dans un océan de gens qui ont besoin d’aide, mais je me dis que c’est toujours ça de gagné.

Recevoir le prix Femme exilée, femme engagée 2009 m’a donné envie d’intensifier ces engagements et d’encourager d’autres personnes à croire en elles et à prendre leur destinée en main. Ce prix a une signification incroyable pour moi et je souhaite remercier Mme Alba Viotto et son équipe, sans qui ce grand jour n’aurait jamais eu lieu. Je souhaite aussi remercier Sœur Marie-Rose d’avoir cru en moi et d’avoir toujours été là lorsque nous avions besoin d’aide.

Jasmina Travnjak

Le prix Femme exilée, femme engagée a été créé en 2001 pour rendre hommage à des femmes de tous âges et nationalilés que des circonstances, souvent dramatiques, ont conduites à s’exiler en Suisse. Les lauréates sont «marrainées» par une personnalité. Jasmina Travnjak, 27 ans, originaire du Montenegro, est aujourd’hui informaticienne de gestion. Sa candidature a été soutenue par Soeur Marie-Rose Genoud.

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