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En ligne depuis le 30 avril 2011 et publié dans - modifié le 9 juillet 2017

Le refuge a fermé. Quelles leçons en tirer?

Après 120 jours d’existence, le refuge, ouvert à Lausanne le 11 octobre 2010 sur l’initiative du collectif Droit de rester et soutenu par la Coordination asile-Vaud ainsi que par les Eglises a fermé ses portes (Vivre Ensemble, n°130). Le bilan, mitigé, soulève plusieurs questions sur la manière dont les différentes parties se sont engagées dans cette action. Graziella de Coulon, militante du collectif, décrit les difficultés rencontrées.

Comment s’est décidée la fermeture du refuge?

De manière assez abrupte. A ce moment-là, la paroisse du St-Esprit abritait deux personnes. Suite à une rencontre avec Philippe Leuba, chef du Département vaudois de l’Intérieur, qui a confirmé sa volonté de ne pas soutenir la régularisation des deux migrants auprès de Berne, les Eglises ont décidé de fermer le refuge. Par la suite, et après discussions avec nous, elles ont accepté d’ouvrir un nouveau lieu, à Morges, mais uniquement pour une des deux personnes, dont le dossier permettait une demande de réexamen. Nous avons alors choisi, nous aussi, de stopper notre action.

Pourquoi n’avoir pas continué à Morges?

D’abord, nous ne voulions pas lâcher l’autre personne. Elle se trouvait depuis huit ans en Suisse et avait quitté son pays depuis vingt ans. Une réelle situation de non-retour ! Après un si long exil, du point de vue humain, un retour forcé n’est pas imaginable. Ensuite, parce qu’un refuge à Morges était beaucoup trop excentré. A Lausanne, nous avions tout de même réussi à faire sauter un verrou. Nous avions posé le problème sur la place publique. Au refuge, nous organisions des permanences. Des jeunes nous ont rejoints. Des paroissiens et différentes personnalités ont apporté leur soutien. Nous recevions aussi la visite d’autres personnes déboutées. Une dynamique de solidarité et un travail de conscientisation s’étaient développés peu à peu, malgré des discussions et des confrontations assez animées. Déménager à Morges signifiait perdre ces liens et recommencer à zéro.

Vous n’avez pas pu faire comprendre cela aux Eglises?

Il faut dire que les Eglises ne partagent pas exactement notre conception du refuge. Pour elles, un refuge est un lieu d’accueil permettant d’offrir aux personnes menacées un moment de répit le temps d’épuiser toutes les possibilités légales. Pour nous, un refuge est non seulement un lieu de protection, mais aussi un moyen de communication et de revendication. En fait, nous avons eu un conflit entre légalité et légitimité. Nous voulions saisir l’occasion de dénoncer l’interprétation trop souvent restrictive de la loi alors que les Eglises ont tout de suite baissé les bras face au juridique.

Mais au départ c’est vous qui avez occupé les locaux d’une paroisse et mis les Eglises devant un fait accompli. Elles vous ont pourtant bien suivis?

C’est exact, mais nous avons ensuite perdu trop de temps et d’énergie en discussion, à signer des conventions, à décider de qui doit faire quoi… Les autorités des Eglises nous ont mis beaucoup d’obstacles au niveau de la communication. Leur communiqué de presse devait se faire avant celui de la coordination. Nous ne pouvions pas mettre de banderole avec des revendications dehors. Pas de conférence de presse non plus dans les locaux du refuge… Nous regrettons aussi n’avoir pas eu assez de contacts avec les paroissiens à cause de cette mainmise de la hiérarchie.

Vous avez pourtant dit que vous avez eu le soutien de paroissiens?

Particulièrement dans la dernière paroisse qui a servi de refuge, l’accueil a été très chaleureux. Lorsque nous sommes arrivés, une table était recouverte d’une belle nappe blanche. On nous a servi un repas comprenant entrée et dessert. Nous étions attendus et on voulait nous aider. Exactement comme dans l’Evangile: «J’étais un étranger et vous m’avez accueilli.» Cela a beaucoup touché les personnes en refuge.

Comment voyez-vous la suite?

La fin du refuge ne signifie pas la fin de la lutte. Il faut maintenant recréer le mouvement. Redonner l’envie de se battre. Trouver un nouveau lieu de refuge. Je suis convaincue qu’un refuge et un refuge dans une église a du sens. Parce que voyez-vous, si les militants ne sont pas forcément des personnes croyantes, les migrants, elles, le sont. Et dans ces lieux, elles se sentent protégées. C’est pour cette raison que je trouve que les Eglises ont leur mot à dire et à prendre position.

Propos reccueillis par Nicole Andreetta
Collaboration: C. Tafelmacher

Témoignage

«L’organisation d’un refuge dans notre paroisse fut plutôt facile à organiser. Si certains paroissiens étaient un peu perplexes face à la démarche de se mettre hors la loi, d’autres furent très enthousiastes à l’idée de tendre la main à des personnes en difficultés. C’est sans problème aussi que le temps d’accueil passa de trois à huit semaines. Pour ma part, je fut impressionné par les dizaines de jeunes de la coordination et de Droit de rester. Nuit et jour, ils se relayaient pour accompagner les requérants. Certains arrivaient à minuit et repartaient à 7 h le matin pour travailler ou suivre des cours à l’université. Je suis resté bouche bée devant leur engagement, leur délicatesse, leur intelligence du coeur. Pour moi, ils représentent quelque chose de l’espérance de l’humanité».

Gabriel Pittet, curé de la paroisse du St-Esprit

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