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Editorial | Réalité à déconstruire

En ligne depuis le 3 avril 2012 et publié dans - modifié le 16 juillet 2017

A force d’être répétées, les fausses vérités finissent par déformer la perception du monde. La réalité «construite» induit des comportements qui seront ensuite à nouveau justifiés par les mêmes fausses vérités.

Ce cercle vicieux est éprouvé depuis 30 ans dans le domaine de l’asile. Si l’UDC arrive aujourd’hui avec de prétendues nouvelles recette-miracles, c’est qu’il a besoin de se refaire après la débâcle de cet automne.  Et quoi de plus logique que de revenir à ses «fondamentaux», à savoir agiter l’épouvantail de l’«envahissement», de l’«afflux», pour pouvoir ensuite exhiber ses muscles…

Sauf que ça sent le réchauffé. Et que durant ses 4 ans à la tête du Département fédéral de justice et police, Christoph Blocher n’a fait aucun miracle (lire p. 4). Il a en revanche semé quelques graines permettant à son parti de jouer les pompiers.

Prenez l’hébergement. Le sentiment d’«afflux», de «trop de réfugiés» serait-il  le même si les demandeurs d’asile disposaient de lieux d’accueil suffisants et s’intégraient dans les dispositifs cantonaux de manière naturelle? S’il ne fallait pas dans l’urgence essayer d’ouvrir un abri de protection civile ou une caserne, des lieux symboles de catastrophe, d’insécurité? Cette urgence-là ne véhicule-t-elle pas anxiété, peur, repli, terrain favori de tous les populismes.

L’origine de cette crise de l’hébergement, rappelons-le, remonte aux décisions prises sous l’ère Blocher. Alors que les demandes d’asile étaient, dans toute l’Europe, historiquement basses (1), le leader UDC avait démantelé les structures d’accueil dans les cantons, calibrant les places d’hébergement fixe sur un nombre fantasmé de demandes d’asile: 10’000. Un an après son éviction, elles étaient à plus de 15’000, et atteignent aujourd’hui 22’000.

Sommes-nous pour autant dans une situation de crise? En 1999, 47’000 demandes ont été déposées. Les Balkans étaient en guerre. Nous avons été capables d’y faire face. Réfugiés, demandeurs d’asile, personnes en procédure de renvoi ne représentent que 0,9% de la population de notre pays. Les pays pauvres accueillent 82% des réfugiés dans le monde. Si crise aujourd’hui il y a, c’est bien une crise des valeurs.

Et ce n’est pas avec le projet de révision de loi actuellement au Parlement que la Suisse ira mieux. A moins d’un réveil brutal, le PS va contribuer à le faire adopter (voir p. 2). Or il ferait bien de regarder de plus près les propositions de sa ministre. Outre l’héritage de Blocher et de Widmer-Schlumpf, le projet Sommaruga est une caricature boiteuse d’un « modèle hollandais » dont il dit s’inspirer (p. 14). Un exemple : l’examen médical introduit en phase préparatoire. En Hollande, il vise à établir si la personne est apte à être entendue par les autorités. En Suisse, il devient un instrument de preuve déterminant dans la décision finale. Or en matière de troubles psychiatriques, cette disposition est une aberration (p. 5). Elle aura comme seul effet d’alourdir les procédures et de barrer la route à des personnes en besoin de protection.

Notre pays est en mesure d’accueillir dignement les hommes, femmes et enfants qui franchissent nos frontières parce qu’ils ont peur pour leur vie et de traiter leurs demandes dans le respect de leurs droits. C’est le rôle des responsables politiques de ce pays de le dire.

Sophie Malka


Note:

(1) 30% de baisse en moyenne en Europe (http://www.unhcr.fr/4acf001912.html)