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L’exil ordinaire des Roms des Balkans

En ligne depuis le 10 mai 2012 et publié dans - modifié le 15 juillet 2017

Je suis née au Kosovo. J’avais dix ans, quand ma famille, à cause de la guerre, s’est réfugiée en Serbie. Là-bas, on ne nous aimait pas. On nous disait: «Ici, c’est pas chez vous!» Nous étions mis de côté. Je ne pouvais plus aller à l’école. J’ai grandi et je me suis mariée avec un Rom du Kosovo, réfugié comme moi en Serbie. Puis le Kosovo est devenu une république indépendante. Les Serbes nous ont dit: «Maintenant dégagez, retournez dans votre pays!» Alors nous sommes partis.

Mais au Kosovo, avec les Albanais c’était encore pire. Ils nous disaient: «Gitans de m…, fichez le camp d’ici! C’est pas votre pays!» Un jour ils ont battu mon père, ils lui ont cassé la tête. Ils ont attaqué mon mari avec un couteau et l’ont blessé au bras. Ils m’ont menacée de me faire subir des violences. Nous avions toujours peur. On vivait barricadés. La nuit, nous ne dormions pas. Un jour, ils ont tenté de mettre le feu à notre maison. Alors nous sommes partis vers la Suisse.

Nous sommes arrivés à Vallorbe. Nous avons demandé l’asile. Mais nous n’avons pas pu bien expliquer notre histoire. L’interprète parlait albanais, la langue de nos oppresseurs. Nous n’osions rien dire. Nous avions trop peur.

Nous avons reçu une réponse négative et nous sommes devenus des déboutés. Maintenant presque chaque semaine, nous allons à l’Office cantonal de la population pour demander l’aide d’urgence. Chaque fois on nous dit: «Vous devez retourner dans votre pays!». Mais nous n’avons pas de pays! On nous dit aussi que si nous ne partons pas, la police viendra nous chercher et nous mettra dans un avion. Alors, de nouveau, nous avons peur. Pourtant, nous ne voulons plus partir. Nous aimerions  que nos filles puissent aller à l’école et grandir en paix, sans être toujours renvoyées d’un pays à l’autre. Est-ce que cela sera possible? La nuit, si je ne prends pas de médicaments, je ne dors pas. Je pense: «Voilà, ça recommence, c’est partout la même chose. On ne veut pas de nous!»

I. 23 ans, mère de deux petites filles de 3 ans et 8 mois
propos recueillis par N. Andreetta

Je connais I. depuis plus d’une année. Au début, nous n’échangions qu’un timide «Bonjour!» Mais, petit à petit, la confiance s’est installée entre nous. J’ai pris l’habitude de me rendre chez elle une fois par semaine pour boire un café et bavarder. Tout dernièrement, seulement, elle m’a parlé de ses problèmes de santé. Elle m’a montré les remèdes qu’on lui a prescrits quelques mois après son arrivée en Suisse : des anti-dépresseurs. Je me suis procurée un dictionnaire tsigane-français afin de mieux comprendre ce qu’elle tentait de me dire. J’ai pu, alors, recueillir ce témoignage. Le lendemain, le 7 mars, la police a emmené toute la famille à Cointrin pour la renvoyer avec d’autres familles au Kosovo. Après leur renvoi, j’ai téléphoné à leur tante qui habite Yverdon (permis F). Selon elle, les choses se passent mal. Ils ont été rackettés à leur arrivée au Kosovo (ils avaient reçu 500 Euros) et le mari a été tabassé. Ils ont passé la première nuit dans un abribus. I. n’a pas ses médicaments. Ils ont aussi des problèmes pour prouver l’identité de la petite de 8 mois née en Suisse, car ils n’ont pas d’extrait de naissance.

Nicole Andreetta, aumônière à l’Agora

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