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TDG | Claude Ruey: «Refuser l’aide sociale aux gens, c’est fabriquer des criminels»

En ligne depuis le 14 juin 2012 - modifié le 15 janvier 2013

Claude Ruey critique les durcissements de l’asile, en débat aujourd’hui aux Chambres fédérales. L’ancien élu libéral-radical fustige avec force ses collègues.

Article publié dans la Tribune de Genève le 13 juin 2012 Par Patrick Chuard.

Claude Ruey (PLR/VD) a quitté le Conseil national en 2011. Il a pourtant adressé une lettre cette semaine à ses «anciens collègues» pour s’opposer au durcissement de la loi sur l’asile, en discussion depuis ce matin à Berne. Cette «hystérie» est contraire à nos valeurs éthiques et «à côté de la plaque», juge celui qui préside aujourd’hui l’EPER (Entraide protestante suisse).

Pourquoi vous opposez-vous au durcissement de la loi sur l’asile ?

Les problèmes d’incivilités ou de petite délinquance, qui sont réels, ne seront pas réglés avec la loi sur l’asile. C’est la dixième révision que nous faisons. A chaque fois on nous dit que c’est pour rendre la Suisse moins attractive. Christoph Blocher nous donnait les mêmes arguments en 2007 et on voit que rien n’a changé. Ce n’est pas en durcissant les règles et en violant les principes du respect des droits humains pour ceux qui sont des vrais réfugiés qu’on avancera.

La Suisse n’est-elle pas trop attractive?

Les gens ne viennent pas chez nous en fonction de nos lois, mais en fonction de l’actualité chez eux: les guerres civiles, les menaces ou tout simplement à cause de la détresse économique. Un homme qui est mis contre un mur en Syrie se fiche de la législation suisse. Il a envie de partir le plus vite possible.

Que proposez-vous pour lutter contre la délinquance de certains requérants d’asile?

C’est sur le plan pénal qu’il faut agir. Les dealers qui se font arrêter sont relâchés une heure plus tard parce que le juge doit respecter le code actuel de procédure pénale et son système aberrant de jours amendes.

Selon vous il ne faudrait pas réformer cette loi sur l’asile?

Oui, j’approuve les solutions préconisées par Simonetta Sommaruga. Il faut des accords de réadmission, comme celui qu’elle vient de signer en Tunisie. Il faut aussi accélérer les procédures avec des moyens juridiques plus rapides, mais à condition d’offrir une assistance aux requérants. La Hollande a raccourci les procédures mais elle a accordé un avocat commis d’office à chacun. La troisième solution est d’augmenter le nombre de places d’accueil. Ce qui me choque, ce sont les propositions inacceptables comme de vouloir mettre tous les requérants à l’aide d’urgence, les interner ou refuser les demandes via les ambassades.

Pourquoi sont-elles inacceptables?

Refuser l’aide sociale aux gens, leur couper les vivres, les placer en situation de détresse, cela revient à fabriquer des criminels, c’est carrément un pousse-au-crime. En plus, on punit du même coup les vrais persécutés, et cela revient à mettre tout le monde en prison sous prétexte qu’il y a des voleurs. Indépendamment des questions éthiques, il y a les aspects pratiques: je ne suis pas convaincu qu’en supprimant les demandes dans les ambassades, on ne va pas encourager les passeurs.

Mais votre parti, le PLR, est celui qui demande le plus de durcissements après l’UDC!

C’est inacceptable, et surtout cette proposition monstrueuse de Philipp Müller (ndlr, le président suisse du PLR) qui veut empêcher le regroupement familial pour les réfugiés déjà reconnus statutairement. Au PLR, je faisais partie d’une minorité , avec Martine Brunschwig Graf et Dick Marty notamment, qui s’opposait avec force à ces idées. Je crois que le groupe s’est laissé avoir, par esprit moutonnier ou par manque d’information. Dans cette affaire, il y a des lâches, des opportunistes et ceux qui n’ont rien compris. Je suis navré de devoir dire cela. Relisez «Histoire d’un Allemand» de Sebastian Haffner, qui montre comment Hitler est arrivé au pouvoir dans les années 30, sans jamais avoir la majorité, mais grâce aux renoncements et à la lâcheté des uns et des autres. Nous sommes dans cette situation-là.

N’êtes-vous pas trop idéaliste sur ce sujet?

Non, car je ne nie pas les problèmes. Ils existent, mais il faut prendre les bonnes mesures pour les combattre. Oskar Freysinger me traitait d’angélique. Mais si on tire sur le mouton pour abattre le loup, on est quoi?

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