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Politblog | Asile: une loi pour la galerie

En ligne depuis le 5 juillet 2012 - modifié le 15 janvier 2013

Sur Politblog, la Carte blanche donnée à Antonio Hodgers, conseiller national (Verts/Ge)

 

Le Conseil national s’est livré lors de sa session d’été à un vaste débat sur l’asile où plus d’une centaine de propositions divergentes ont été traitées. Je ne veux pas revenir sur les mesures concrètes – car elles ont déjà abondamment  été commentées par la presse – mais m’interroger sur le sens ultime de ce débat.

En politique, lorsqu’on aborde une modification de loi, on cherche en général à résoudre un ou plusieurs problèmes précis. Or, quels sont les problèmes que la majorité bourgeoise veut résoudre avec cette énième révision de la loi sur l’asile ?

Le premier argument est qu’il y aurait trop de requérants. Pourtant, les personnes dans le domaine de l’asile aujourd’hui sont trois fois moins nombreuses qu’en 1999 (guerre du Kosovo) et ne représentent que 0,5% de la population de la Suisse. Comme notre pays – un des plus riches du monde – ne maîtrise pas la quantité des demandeurs qui se présentent à sa porte (facteur push), les partis bourgeois ont cherché à réduire leur nombre par la restriction du regroupement familial (facteur pull).

Pour répondre à leur frustration, les députés de droite
s’attaquent aux réfugiés qu’ils ont sous la main, les vrais.

Cela ne concerne environ que 900 personnes par année, femmes et enfants, dont la venue serait ainsi compliquée administrativement, mais pas interdite, car elles peuvent à leur tour déposer une demande d’asile. Bref, avec cette proposition de Philip Müller, la Suisse aurait réduit son immigration de quelques dizaines de personnes sur les 1,8 millions d’étrangers qui y résident. Voilà une politique publique peu probante.

Le deuxième argument est celui de la criminalité des «faux» réfugiés. Il est vrai que certains profitent de la filière de l’asile pour séjourner en Suisse et y commettre des délits. Mais avant cette révision de la loi, le dispositif légal permettant leur arrestation et expulsion existait déjà.

Personne ne défend les délinquants qui abusent de l’asile, pas même les Verts! Il ne s’agit plus d’une affaire de parlementaires, mais de police et de diplomatie (accords de réadmission). Cependant, pour répondre à leur frustration, les députés de droite s’attaquent aux réfugiés qu’ils ont sous la main, les vrais, qui se voient mis à l’aide d’urgence et restreints dans leur accès au marché du travail. Les dealers et autres délinquants, quant à eux, rigolent: cette loi ne change rien à leur situation.

Le troisième argument est financier: les réfugiés coûteraient cher. Bien que la question ait été posée, personne dans les partis bourgeois n’a su chiffrer l’impact budgétaire des mesures qui ont été introduites dans la loi. De plus, tout porte à croire que ces nouvelles mesures – notamment les centres d’internement – vont encore alourdir les budgets publics, notamment cantonaux. Enfin, la mise à l’aide d’urgence au lieu de l’aide sociale (soit 6 francs au lieu de 20 par jour) des requérants ne permettra que des économies dérisoires, sans compter le coût social des jeunes que l’on pousse ainsi sur la voie de la délinquance.

En somme, cette loi n’apporte aucune solution aux thématiques du nombre, de la criminalité et du coût dans le domaine de l’asile. Elle n’est destinée qu’à une seule chose: plaire à la galerie, à savoir un électorat supposé se repaître régulièrement d’un nouveau tour de vis. Comme pour les révisions précédentes, elle ne va rien changer – si ce n’est peut-être aggraver la situation – ce qui permettra à la droite de revenir dans quatre ans avec de nouvelles propositions de durcissement. Et ce cycle absurde de recommencer.

Antonio Hodgers, vendredi 22 juin 2012