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Editorial | Mensonges et omissions

En ligne depuis le 5 octobre 2012 et publié dans - modifié le 17 juillet 2017

Saviez-vous qu’en 2011, plus de 70% des demandeurs d’asile dont le dossier a été examiné par la Suisse ont obtenu une protection, leur vie étant menacée en cas de renvoi? Si vous ne le saviez pas, ne culpabilisez pas. Parce que ce n’est pas ce chiffre qui a été martelé par les autorités fédérales et par les Parlementaires ce printemps lors du débat sur l’asile. Non, leur chiffre porte-drapeau a été celui d’un petit 20% de «vrais réfugiés». Laissant croire que le 80% restant sont des usurpateurs à qui la Suisse va exhiber ses muscles pour bien montrer qu’on ne l’y prendra pas.

Sauf que le chiffre de 20% est trompeur (voir article: “Statistiques | Plus de 70% des demandes d’asile sont justifiées!“). Et que c’est sur des tromperies de ce genre que s’appuient les partis de droite et du centre pour faire passer les durcissements les plus extrêmes.

La Suisse est le seul pays à accueillir des Erythréens, prétendaient les élu-e-s du haut du perchoir du Parlement, la bouche en cœur. Déserter en Erythrée est comme objecter en Suisse, on n’en meurt pas, mentaient les «décideurs» en pressant leur bouton de vote, alors que les rapports posés sur leurs bureaux, y compris du HCR, criaient le contraire (v. article: “Erythrée | Evadés d’une prison“)

Que la mesure soit inefficace, comme l’a assuré – un peu tard – la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga? Ils s’en moquent. Que par cette loi, la Suisse se positionne politiquement face au gouvernement érythréen et lui dise: «Allez-y, continuez à enlever, torturer, emprisonner, réduire à l’esclavage votre jeunesse»? Ils s’en moquent. A leurs yeux, seule compte leur côte de popularité. Pas leur responsabilité face à l’avenir du pays.

Mais il serait trop facile de s’en prendre uniquement aux Parlementaires. Car dans cette mascarade législative, l’ODM, ses directeurs successifs, de même que la cheffe du DFJP Simonetta Sommaruga ont joué leur rôle.

Pourquoi ne pas assumer officiellement le fait que l’admission provisoire est une protection donnée à celles et ceux qui en ont besoin? Pourquoi défendre le projet de Blocher sur l’exclusion de la désertion comme motif d’asile, alors qu’il touche au coeur du principe du droit d’asile? L’ODM ne souffle-t-il pas sur les braises en rendant dans la précipitation, la veille du débat au Conseil national, un avis de droit affirmant qu’étendre l’aide d’urgence à tous les demandeurs d’asile est juridiquement défendable – un point de vue juridiquement contestable selon les experts (1)?

L’idéal, évidemment, serait de faire machine arrière. De reconnaître que pour accélérer les procédures, il suffit d’engager plus de monde. Qu’il n’y a même pas besoin de changer la loi. Début septembre, par simple directive, l’ODM a mis les moyens nécessaires au Centre d’enregistrement de Bâle pour traiter en 48h les demandes d’asile de ressortissants de pays «sûrs», anticipant des changements législatifs sortis du chapeau en commission. Et alors que 200’000 réfugiés syriens ont fui dans les pays limitrophes, Mario Gattiker, directeur de l’ODM, annonçait suspendre l’examen des demandes des quelques milliers d’entre-eux parvenus en Suisse. Pas grave si l’ODM s’était engagé à ne plus agir de la sorte dans son fameux rapport sur les mesures d’accélération des procédures, sur lequel se fonde le projet de révision de la loi. La protection des réfugiés attendra des jours meilleurs. On n’en est pas à un mensonge près.

«Dans cette affaire, il y a des lâches, des opportunistes et ceux qui n’ont rien compris. Je suis navré de devoir dire cela. Relisez «Histoire d’un Allemand» de Sebastian Haffner, qui montre comment Hitler est arrivé au pouvoir dans les années 30, sans jamais avoir la majorité, mais grâce aux renoncements et à la lâcheté des uns et des autres. Nous sommes dans cette situation-là» (2).

Sophie Malka


Notes:

(1) www.ius-migration.ch
(2) Claude Ruey, Tribune de Genève, 13 juin 2012

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