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Opinion | Domaine Public à la rescousse des adversaires du référendum

En ligne depuis le 18 novembre 2012 - modifié le 15 janvier 2013

Article publié par Dario Ciprut, membre du comité référendaire genevois contre les mesures urgentes de la révision de la loi sur l’asile

Jean-Daniel Delley, décidément bien prompt, depuis qu’il a prêté main forte aux brocardeurs des adversaires du projet constitutionnel genevois, à vilipender tout ce qui tire le PS sur sa gauche, remet ça. Rompant me semble-t-il avec les lettres de noblesse de DP, le voilà commettre dans le No 1973 un mauvais coup contre les partisans du référendum sur les mesures d’urgence en matière asilaire. Pas plus tard que jeudi dernier 1er novembre, le radical Gilles Petitpierre, rencontré au hasard des Rencontres Internationales sur les prisons, que je sollicitais de signer le référendum, s’appuyait sur son article pour étayer son refus et déclarait même souhaiter son échec. Le référendum, m’a-t-il asséné, n’est pas une machine à prendre des claques. Ici aussi, la gauche plus liquide que molle a les appuis qu’elle mérite. L’argumentation de M. Delley contraste avec celles, roboratives, d’Yves Brutsch ou d’Anne-Catherine Ménetrey dans le Courrier, qui mettent à tour de rôle en lumière l’indispensable rôle formateur de tels référendums pour la compréhension populaire de ce qui se joue dans les durcissements successifs de la politique fédérale de l’asile et la nécessité morale de s’y opposer sans les états d’âme de probables défaites. Quelques observations que m’inspirent les mises en garde de M. Delley.

Référendum instrument populiste ?

Ce dernier expose d’abord doctement que le référendum a été, dans l’histoire de la Confédération, utilisé avec succès par les conservateurs pour atténuer la portée de décisions parlementaires progressistes du temps du radicalisme triomphant. La belle affaire ! Si la droite a eu raison de son point de vue, pourquoi ne l’aurions-nous pas du nôtre ? N’est-ce pas un bien mauvais argument, sauf à vouloir en faire litière, qu’opposer ainsi la démocratie directe suspecte d’émotivité à la démocratie représentative qui aurait le monopole de la raison ? A ce titre, autant ne voir dans cette ouverture à l’intervention populaire que la voie royale par où s’engouffre le populisme. Alentour en Europe, le moins qu’on puisse dire c’est que ce dernier s’en passe fort bien. Si M. Delley a raison évidemment de préférer l’initiative susceptible d’innovation au référendum, dont la victoire ne conduit formellement qu’au statuquo, cela dépend tout de même du contenu comme du contexte. On sait que l’extrême-droite joue sur les deux tableaux et aurait tort de s’en priver. On comprendra tout aussi aisément qu’en l’occurrence la passion soudaine du PSS pour une initiative « novatrice » (ah, le mot ne rappelle-t-il pas les dithyrambes récents sur le projet constitutionnel genevois ?), n’est qu’une manière de se dédouaner, une fois le référendum lancé, du refus de s’associer au combat des mesures urgentes. Se cantonner aux seuls référendums qu’on est à peu près certains de gagner ou de ne perdre qu’honorablement, indépendamment de l’iniquité des lois en cause, c’est aujourd’hui laisser le peuple à la droite alors même qu’elle domine le parlement et le pousse à des projets moralement toujours plus insupportables.

Xénophobie trop populaire ?

Qu’ajoute encore M. Delley ? Selon lui, il est établi qu’une « majorité de la population manifeste une forte sensibilité aux abus réels ou supposés du droit d’asile, aux délits d’une minorité de requérants et à l’augmentation épisodique du nombre de demandeurs. » Mais pourquoi donc ? Pourquoi cette sensibilité à peine taxée d’excessive va-t-elle jusqu’à la négation du droit établi à l’asile voire à sa simple demande? Religiosité du fait accompli chez le socialiste bon teint ou critique rationnelle du donquichottisme invétéré des adversaires de l’UDC ? La timidité du combattant contribue hélas à la triste réalité qu’il décrit, où la configuration des pouvoirs à Berne et les réseaux d’influence dans les médias ont sans doute la plus grande part. Que fallait-il faire alors du temps où les socialistes n’étaient qu’une infime minorité ? Hurler avec les loups ? La gauche s’honore à refuser ce type de chantage à la démission et ne mérite pas d’être pour si peu traitée de casse-cou.

S’abstenir de servir l’UDC ?

M. Delley n’hésite pas à affirmer ensuite que tout bien pensé, l’opposition aux durcissements étant minoritaire au Parlement comme dans le pays au point dit-il que ces derniers ne feraient depuis 2006 même plus le plein de leurs partisans, « l’exercice du référendum a surtout illustré la faiblesse des défenseurs des requérants tout en offrant aux partisans de la manière forte une occasion supplémentaire d’instrumentaliser les craintes d’une majorité de la population ». On a compris sa conviction, qu’on peut résumer ainsi : les vrais responsables des avancées du national-populisme udéciste sont à chercher du côté des défenseurs de ses victimes, incapables de convaincre l’opinion du bien-fondé de ses arguments. Se taire dans pareil contexte serait plus sage que de tenter de résister, comme si l’UDC, interloquée de notre silence, allait retenir son souffle et mettre un bémol à ses futures surenchères. En vertu de quoi il conviendrait même d’imposer le silence aux récalcitrants en prêchant au boycott du référendum aujourd’hui lancé par d’autres. Si le pouvoir éditorial de M. Delley est mince, sa nocivité n’en est pas pour autant fictive, même si l’idée de bander ses forces en faisant le mort devrait tout de même apparaître paradoxale.

Révision d’urgence anodine ?

Et puis, la révision actuelle porterait sur des points « plus symboliques que substantiels » ! Certes, il est vrai que le pire est à venir, et apparemment pour bientôt. Mais, précisément, abandonner le symbolique à la droite a toujours signé le début de la fin pour la dignité de la gauche et il me semble que M. Delley pratique ici une bien étrange conception des impératifs catégoriques du combat socialiste. A ce niveau de raisonnement, la gauche allemande a eu raison de ne pas excessivement s’inquiéter au début des années trente des premiers attentats hitlériens à la démocratie, de ne pas se révolter contre les premiers internements de quelques communistes dans des camps qui n’avaient encore rien d’exterminatoire, de quelques bris de vitrines juives laissant les autres commerçants en paix, etc. Certes, l’UDC n’est pas la timide débutante mettant une opinion assoupie à l’épreuve de ses forfaits législatifs et c’est le Conseil Fédéral et le Parlement qui innovent plutôt dans la dérogation à des lois déjà relativement scélérates. Les raisonnements de M. Delley sont néanmoins de nature à faire retourner Martin Niemoeller dans sa tombe !

Réserver ses forces ?

Bon prince, M. Delley ne nous veut apparemment que du bien. Conscient de notre épuisement dans une course-poursuite qu’il sait comme nous perdue d’avance dans l’état actuel de l’opinion, qu’il contribue si utilement à façonner, il nous conjure plutôt d’économiser nos forces pour la révision en chantier. Censée couronner une fois encore l’édifice asile plus durablement que les mesures urgentes, cette dernière mouture, selon lui « particulièrement inacceptable » de s’en prendre à la suppression de l’aide sociale à tous les requérants, bénéficierait à coup sûr d’un soutien nettement plus large. Outre qu’on ne comprend pas bien pourquoi il faudrait déjà sacrifier déserteurs et réfugiés d’ambassade aux autres catégories de demandeurs pour pouvoir résister efficacement au volet suivant de restrictions, condamner l’opposition par référendum à la version actuelle ne se justifierait qu’en proposant un autre type de combat, plus pédagogique, susceptible de drainer plus de soutiens et d’ouvrir à des solutions novatrices. Rien de tel chez M. Delley, dont l’équivoque abstinence ne fait qu’amener de l’eau au moulin de ceux qui prônent des actions-choc, à l’exemple récent d’occupation de centre d’internement, assurées d’un écho médiatique immédiat, mais menaçant d’être encore plus minoritaires et de nature à polariser une opinion de gauche déjà saturée de divisions et controverses sur la meilleure stratégie à opposer à l’UDC. Si tant est que ce type d’action peut donner plus de relief que les difficiles collectes de signatures hivernales à une campagne de mobilisation, il est naturellement le bienvenu … à condition de ne pas s’orienter vers un dénigrement de la voie institutionnelle du référendum pour se compter, dans l’effervescence unitaire nécessaire à un combat reconnu de toutes façons inévitable.

Dario CIPRUT, 4 novembre 2012

Ci-dessous la réponse ajoutée sur le site du journal

En désaccord cardinal avec l’argumentation de Jean-Daniel Delley ci-dessus, je me suis permis de la contester point à point dans un document, trop long pour servir de commentaire, titré « Domaine Public à la rescousse des adversaires du référendum », et que vous pouvez télécharger ou visualiser sous le lien suivant. Il va de soi que vous pouvez le publier in extenso à votre guise. Au cas où vous pratiqueriez des coupures, ce que je comprendrais, je vous prierais de me contacter auparavant. Je vous signale toutefois avoir pris la liberté de le diffuser dans mes réseaux. Très au fait moi-même de l’excellent travail qu’en effet réalise l’Observatoire romand du droit d’asile, dont je suis membre, auquel M. Delley se réfère en fin d’article, je trouve qu’il n’y a aucune raison d’opposer le type d’enquête de cas et d’information factuelle que privilégie l’Observatoire au combat politique par le biais du référendum, ce qui rend mauvais service aux deux activités tout à fait complémentaires.

Dario CIPRUT, 7 novembre 2012