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Voix d’exils | A la rencontre des écoliers valaisans

En ligne depuis le 31 mai 2014 - modifié le 5 août 2014

En Valais depuis près de 3 ans, Marcus est toujours dans l’expectative concernant sa demande d’asile. En attendant une réponse des autorités suisses, cet Ougandais en exil perfectionne son français et apprend à découvrir le canton et ses habitants. Dernièrement, il a collaboré à un projet pédagogique mené dans les écoles de la région. Une expérience unique pour un contact privilégié avec les étudiants valaisans et leurs enseignants. Des rencontres qui ont inspiré Marcus.

Billet publié sur le site Voix d’exils, le 5 mai 2014. Cliquez ici pour lire le billet sur le site de l’association Voix d’exils.

Marcus jouant au "Awele" avec les élèves, un jeu typique d’Afrique de l’Ouest. Photo: Voix d’Exils.

Marcus jouant au “Awele” avec les élèves, un jeu typique d’Afrique de l’Ouest.
Photo: Voix d’Exils.

Depuis quelques temps, je n’ai plus beaucoup écrit. Plusieurs raisons à cela : d’abord, j’ai essayé d’améliorer mon français, que ce soit écrit ou parlé. Durant quelques mois, j’ai également participé à un programme d’intégration.

Cette période n’a bien sûr pas été uniquement faite de travail. J’ai aussi pris beaucoup de plaisir. J’ai d’ailleurs développé de nouveaux intérêts en plus de mon obsession pour la course à pied, à commencer par la danse et… les combats de reine, que j’ai découverts au Châble, près de Verbier, invité par un ami suisse. Quel suspense ! J’ai adoré regarder lutter ces animaux bien nourris. Peut-être vous en dirai-je d’avantage dans mon prochain article.

Cette fois, je voudrais vous faire part des quelques jours que j’ai passés à Conthey dans le cadre d’une exposition au cycle d’orientation «CO de Derborence». Je n’étais pas là en tant qu’étudiant, mais pour partager ma culture, mon expérience avec les élèves de l’établissement. Un labyrinthe leur montrait également le processus que les requérants d’asile traversent avant de se voir octroyer ou non le titre de réfugié.

Quelques jours avant l’exposition, l’excitation et la peur se mêlaient en moi. J’étais heureux d’avoir à pratiquer ma nouvelle langue, content de pouvoir redonner aux Suisses un peu de ce qu’ils m’avaient offert. Mais j’étais aussi apeuré à l’idée du défi linguistique qui m’attendait. La crainte envahissait mon esprit : et si les enfants ne comprennent pas ce que je leur dis ? Aujourd’hui, je suis juste heureux que le positivisme et le courage aient surpassé ma peur.

Le premier jour, la réception chaleureuse des enseignants et des étudiants a rendu les choses plus faciles. Répondre à leur intérêt était très encourageant. A ma grande surprise, les étudiants étaient très intéressés à apprendre quelques chose de nouveau, alors qu’ils n’auront peut-être jamais à jouer à nos jeux ou à parler nos langues. J’y vois là une des raisons qui fait le succès de la Suisse : ce besoin inné d’apprendre est un pas vers la créativité.

Lorsque je leur présentais l’un des jeux pratiqués dans mon pays, l’Awele/Manchala, les enfants et enseignants m’écoutaient religieusement. Au début, je voyais bien que le nombre de graines dans le support en bois sculpté les faisait douter. Ils se demandaient s’ils pourraient un jour apprendre ce jeu. Mais, à la fin de la séance, leurs sourires ne mentaient pas. Certains m’ont même demandé où ils pouvaient acheter ce jeu. Qu’aurais-je pu demander de plus : non seulement ils ont compris le jeu, mais en plus ils l’ont aussi apprécié.

Une autre leçon importante pour moi a été de constater la paix et le calme qui régnaient dans cette école. Étant donné l’âge des élèves, pour la plupart adolescents, j’ai été stupéfait par l’harmonie qui y régnait. Aucun signe de gang ou d’agression entre étudiants. Je comprends maintenant pourquoi beaucoup de parents vivant dans d’autres pays veulent envoyer leurs enfants dans des écoles helvétiques.

J’ai aussi découvert le secret qui se cache derrière la paix en Suisse. C’est la formation donnée aux enfants. De gros fusils et une armée de l’air hypersophistiquée protègent peut-être contre une agression extérieure, mais la paix civile ne peut être maintenue que par la bonne éducation des enfants à la maison, à l’école et dans la société.

Depuis, il n’est plus surprenant pour moi d’être arrêté par ces charmants enfants qui me tendent une main et me saluent. J’oublie peut-être leurs noms, mais je me rappelle clairement de leurs visages défilant devant les stands où nous présentions nos cultures, dans une ambiance familiale.

Le dernier jour, lorsque nous nous sommes dit au-revoir, les émotions étaient très fortes. J’aurais aimé passer plus de jours dans cette école mais comme le disait le roi Salomon : il y a un temps et une saison pour chaque chose. La saison était arrivée à sa fin. Nous devions partir.

Durant cette période, les souvenirs de mes écoles primaire et supérieure me sont également revenus. Je me suis aperçu à quel point les années passent. Les générations vont et viennent comme le monde continue de tourner.

Quand nous avons passé l’enceinte de l’école, je me suis rappelé de la diversité de toutes les cultures à l’école : les enfants d’Asie, d’Afrique et de différentes parties d’Europe. Discrètement, je me suis mis à chanter le refrain d’une chanson populaire appelée «Black and white », de Three dogs a night. Voici quelques paroles de sa version originale : «The paper is white, the ink is black, the child black, the child is white and together we learn to read and write. What a wonderful world».

Marcus

Membre de la rédaction valaisanne de Voix d‘Exils