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Le Courrier | Alors qu’il est alité à l’hôpital, la police l’embarque pour le renvoyer

En ligne depuis le 2 juillet 2016

Malgré une tentative de suicide la veille, Fahmi, réfugié kurde de 26 ans, a été transféré mercredi au centre de détention genevois de Frambois.

Article de Mohamed Musadak, publié sur le site du Courrier, le 2 juillet 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Quatre heures du matin environ mercredi. Le jour ne s’est pas levé, mais une équipe de la police cantonale neuchâteloise intervient sur le site de Préfargier du Centre neuchâtelois de psychiatrie. Ils ont pour mission d’embarquer Fahmi Kaçan, un jeune réfugié kurde de 26 ans alité après une tentative de suicide aux barbituriques la veille, et de l’emmener au centre de détention de Frambois à Genève.

Fahmi est ce qu’on appelle un cas Dublin. Il a eu le malheur d’être passé par la Bulgarie avant d’être arrivé en Suisse pour rejoindre son frère Ferit et son cousin Moustapha. Du coup, sa demande d’asile est frappée d’une décision de «non entrée en matière» et son renvoi devient inéluctable. Dur à avaler pour celui qui a passé plus de vingt ans dans un camp de réfugiés en Irak avant de rejoindre sa famille.

Le cas de Fahmi n’est pas exceptionnel et l’association Droit de rester Neuchâtel admet qu’elle ne peut pas grand-chose une fois une telle décision prononcée, mais estime que cette nuit-là, et pour ce cas en particulier, les dysfonctionnements ont été nombreux.

Sa famille ne peut plus le voir

Lorsqu’un renvoi devient exécutoire et que le requérant refuse d’obtempérer, il n’est pas rare qu’une opération de police, plus ou moins musclée, soit mise en place. Ce qui est moins fréquent, aux dires du personnel médical et de Droit de rester, ce sont les interpellations dans le milieu hospitalier. Après avoir échappé lundi matin, par hasard, à une première descente de la police, le jeune infirmier de formation tente de commettre en début de soirée l’irréparable.

Retrouvé inerte par son frère, il est conduit en ambulance à Pourtalès où son état est jugé suffisamment critique pour être transféré au Centre d’urgences psychiatriques (CUP) du même hôpital. Le lendemain vers midi, Fahmi est à nouveau transbahuté. Cette fois-ci sur le site de Préfargier du Centre neuchâtelois de psychiatrie. Là-bas, sa famille n’a plus le droit de le voir et ne sait pas dans quel état le jeune homme se trouve. Le matin même, la police, ne sachant pas qu’il était hospitalisé, avait tenté une nouvelle fois de l’interpeller. Elle aura plus de chance pendant la nuit.

Etat dépressif

Pour pouvoir transférer le jeune kurde à Genève, la police a dû obtenir une décharge des experts de Préfargier assurant que le risque de récidive était minimal. Décharge qu’ils ont obtenue au plus grand étonnement de Droit de rester et de la famille. «Fahmi était très dépressif depuis qu’il savait qu’il ne pouvait rester. Il était suivi régulièrement par un psychiatre», explique Ferit, le grand frère. «Avant de signer leur autorisation de transfert, les psychiatres de Préfargier n’ont contacté ni son médecin traitant ni son psychiatre et n’ont pas fait appel à un traducteur», s’indignent les bénévoles de Droit de rester.

«La police n’a rien à faire là»

Une pratique qui étonne le psychiatre de Fahmi Kaçan qui souhaite rester anonyme pour éviter tout problème: «Je ne souhaite critiquer personne, et je ne sais pas ce qui s’est passé exactement, mais à la place du médecin qui a pris la décision, j’aurais au moins pris la peine de contacter le psychiatre traitant. Je l’aurai également gardé en observation plus d’un jour pour réduire au maximum le risque de récidive ou de malaise grave. Encore une fois, je ne veux pas critiquer, mais si trois médecins (moi-même, l’urgentiste de Pourtalès et le psychiatre de CUP) jugent la situation critique, c’est qu’ils ont peut-être raison. Le médecin de Genève m’a d’ailleurs appelé et est parvenu aux mêmes conclusions.»

A Préfargier, le docteur Planas s’est refusé à tout commentaire sur le cas particulier, mais a tenu à dire, légèrement remonté, qu’il «dirigeait une institution médicale et que la police n’avait rien à y faire».

A Neuchâtel, la mobilisation s’organise. Droit de rester, en plus de ses deux manifestations spontanées tenues mercredi, se démène pour trouver des relais politiques pour débloquer la situation de Fahmi Kaçan. Ils sont en contact avec le conseiller d’Etat de tutelle du Service des migrations, Jean-Nat Karakash et Didier Berberat, conseiller aux Etats. Tous deux injoignables, ils n’ont pu répondre aux sollicitations du Courrier. Fahmi, quant à lui, est toujours hospitalisé à Genève et sa famille, qui s’est rendue sur place, n’a toujours pas pu le voir.

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