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Reliance | Dialogue entre deux tuteurs: Nicolas Reichel (2/2)

En ligne depuis le 3 mai 2017 et publié dans

Témoignage: La résistible exclusion du migrant, jeune ou non. À qui ou à quoi il est possible de résister.

La scène se passe dans une entreprise genevoise. J’ai accompagné Desfalda* un jeune Erythréen. Nous avons rendez-vous pour un stage ou un apprentissage avec le patron. Le dialogue qui suit retranscrit le plus fidèlement ce qui s’est passé :

Le patron, désignant Desfalda : Bon, il parle français au moins ?
Desfalda : Je suis des cours de français.
Le patron,s’adressant à moi : On n’a pas de boulot actuellement, c’est dur…Et puis qu’est-ce que je vais faire de lui…Il ne parle même pas français.
Moi : Il est en train d’apprendre, il travaille beaucoup et…
Le patron, m’interrompant: Ici j’ai des apprentis qui en veulent, même des Portugais. Ils sont demandeurs de tâches difficiles, vous voyez ?

Qu’est-ce que je vois ? Que Desfalda n’est pas fait pour les tâches difficiles ? Je regarde Desfalda maintenant. Il baisse les yeux, et me regarde, comme démuni.

Moi : Je connais Desfalda Il est volontaire, vous pouvez compter sur lui !
Le patron : Oui peut-être… Bon, écoutez, clairement, il n’y a pas de place en ce moment, c’est la crise, désolé…

Est-ce qu’il faut insister ? C’est la troisième entreprise pour ce matin. Et les réponses se ressemblent. Nous partons.

Devant un café, nous parlons Desfalda et moi. Il m’écoute lui expliquer que c’est difficile aujourd’hui, tu vois bien… Mais comment faire pour ne pas se rendre à l’évidence : nous sommes les acteurs collectifs d’une exclusion annoncée. Et Desfalda s’en rend compte dans son corps, dans son quotidien. Tous les ingrédients de cette mise à l’écart sont là : la peur de l’étranger, de plus en plus présente. Et, face aux errements politiques, le sentiment d’être dans « l’impuissance », comme le dit clairement Aldo Brina dans Le Courrier du 18 décembre. Face à cette résistible exclusion, Desfalda a développé une stratégie : Il n’est pas un. Il est fait d’une succession d’actions et de paroles décalées les unes par rapport aux autres. Plus exactement, il ne cesse de se révéler à nous plus divers, plus complexe que nous ne pouvions l’imaginer ; de changer sous nos yeux selon la situation dans laquelle il se trouve. C’est sans nul doute ce qu’il a trouvé de mieux pour s’adapter, pour ne pas partir en morceaux. Voilà ce que Desfalda m’apprend. Ne pas prendre les évènements de notre parcours commun comme étant définitifs, mais, avec une persévérance sans égale, accepter que ce parcours soit confus, chaotique. Il me demande en quelque sorte de l’accompagner en pratiquant une éthique du déplacement. Mon tutorat devient une expérience nouvelle, fondée sur la rencontre de deux expériences singulières (celle du migrant et la mienne) mises en mots singuliers, qui vont faire apparaître de nouvelles significations. Le tuteur est donc invité, dans sa présence, non plus à se positionner comme un expert mais comme un accompagnant.

* Prénoms d’emprunt

NICOLAS REICHEL, TUTEUR DE RELIANCE

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