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Reliance | Dialogue entre deux tuteurs: Yacine Haffar (1/2)

En ligne depuis le 3 mai 2017 et publié dans

“Pour obtenir la confiance de quelqu’un, il faut donner un peu de soi-même.”

Membre de l’Association Reliance et tuteur d’un jeune migrant, Yacine Haffar est traducteur juridique (français, anglais, arabe) et éducateur. Il met ses compétences pédagogiques et sportives au service des demandeurs d’asile scolarisés à Genève. Son objectif: étendre l’aide qu’il est en mesure d’apporter à ceux qui n’ont pas de famille et se sentent isolés. Sa force: une énergie à toute épreuve et une capacité d’écoute exceptionnelle.

Qu’est-ce qui est primordial dans un tutorat ?
La confiance. Il faut commencer par installer un climat de confiance entre la personne tutorée et le tuteur, bien sûr, mais aussi avec les représentants des instances sociales. Je crois que pour obtenir la confiance de quelqu’un, il faut donner un peu de soi-même, accepter de livrer un morceau de son passé. Alors, avant d’être une oreille, je suis une bouche.

Parlez-nous de l’objectif de votre tutorat…
Le plus urgent était de préparer Promedi *, le jeune demandeur d’asile dont je m’occupe, pour son audition à Vallorbe. Il avait le permis N, qui est de mon point de vue le pire de tous, renouvelable tous les six mois. On ne peut rien faire avec ce permis, on vit dans l’incertitude totale, impossible de faire un stage de longue durée ou d’envisager un avenir. Pendant l’audition, il y a des règles à respecter absolument. Marie-Claire Kunz, juriste au CSP, m’a aidé à préciser mon rôle. Le plus important pour l’auditionné est de redire exactement la même chose que la première fois. Au moindre détail près. On gratte la plaie. Et moi, j’étais là, je le voyais souffrir et je ne pouvais rien dire. A cette époque, Promedi, qui venait de perdre sa mère et sa soeur, était suivi par une psychologue et là, je voyais son état psychologique empirer.

Vous l’avez accompagné à Vallorbe. Comment cela s’est-il passé?
Le plus dur est de réaliser que les auditeurs ne croient pas le jeune. Moi qui le connaissais, à qui il avait fini par se confier, je voyais bien qu’il disait la vérité. Mais eux, non. Et puis, l’audition ravive la douleur, les événements pénibles qu’on a essayé de refouler pour survivre remontent à la surface.

Et la conclusion de cette audition ?
Dossier refusé. Promedi n’avait qu’à aller se faire soigner en Afrique. Mais nous avons fait recours et nous avons pu prouver que dans son pays d’origine, les soins psychiatriques et les médicaments, c’est pour les riches, pas pour un jeune homme issu d’une famille modeste. J’ai pu obtenir le témoignage d’un médecin de son pays qui l’expliquait. Et, finalement, Promedi a obtenu un permis F. Au moins pour la durée de son traitement.

Vous avez donc gagné cette bataille, la plus importante de toutes!
Nous l’avons gagnée ensemble : lui, la juriste du CSP, la maîtresse de classe de Promedi (à l’ACPO), sa psychologue et moi. En unissant nos forces.

Pour s’investir autant, il faut être très motivé…
Je le suis. En tant qu’Algérien, arrivé en Europe il y a sept ans, je comprends ce que vivent les migrants. Lorsque ma mère a été transportée d’urgence à Genève, pour une transplantation du foie qui lui a sauvé la vie, je ne pouvais pas la rejoindre et m’occuper de mon jeune frère et de ma petite soeur, présents avec elle. Je venais d’avoir 18 ans et je ne pouvais pas prétendre au regroupement familial. Je n’ai eu droit qu’à un visa touristique de deux semaines. J’ai dû finir mes études à l’Université d’Oran et me battre ensuite pour venir les poursuivre à l’Université de Genève, ce qui me permettait enfin de m’occuper de ma fratrie et de ma mère.

En plus de votre tutorat, vous vous occupez aussi d’autres jeunes…
Oui, j’organise des entraînements de foot en semaine auprès des élèves de l’ACPO et des stages pendant les vacances scolaires dans le cadre de l’Association Jeunes et Intégration (AJI). C’est un projet pédagogique et sportif né du constat que les jeunes de plus de 16 ans, migrants ou non, manquaient d’activités extrascolaires. Il contribue à leur socialisation et les incite à pratiquer le français.

Et ça marche ?
Au départ, il y avait 40 participants, aujourd’hui, ils sont 105. Et, surtout, à la fin de l’activité, ils repartent avec le sourire et cela me remplit de joie. J’ai aussi la chance de voir s’épanouir d’autres jeunes tutorés dont s’occupent mes collègues de Reliance.
PROPOS RECUEILLIS PAR JANKA KAEMPFER,
TUTRICE DE RELIANCE

* Prénoms d’emprunt

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