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Choosehumanity | Entre la Grèce et la Suisse, une famille séparée par des frontières injustes

En ligne depuis le 1 avril 2020 - modifié le 14 avril 2020

Quand les chemins et les témoignages se croisent. Il y a l’histoire d’Ali, bloqué sur l’île-hotspot de Chios, en attente de pouvoir rejoindre son fils qui vit en Suisse en tant que mineur non-accompagné. Et le récit de Mary, présidente de l’association Choosehumanity, active en Grèce depuis 2016. Ils se sont rencontrés sur l’île de Chios.

Mary Wenker et la famille d’Ali, à Chios, DR


“Nous n’avons vécu que dans le souhait de pouvoir rejoindre notre fils en Suisse”

“J’avais deux ans lorsque ma famille et moi avons fui mon pays natal en guerre et ses effusions de sang. Afghan de minorité Hazara, nous nous sommes réfugiés en Iran. Pour des raisons financières, je n’ai pas pu poursuivre mes études, mais après des années de dur labeur, j’ai tenté d’ouvrir un atelier de confection. Or, il faut être citoyen iranien pour ouvrir un commerce ; je n’ai donc pas réussi à monter ma propre entreprise. J’ai ainsi été contraint de faire profil bas, de m’adapter à la société iranienne, en subissant au quotidien les humiliations dont les Hazaras sont victimes là-bas. J’ai néanmoins réussi à survivre grâce à la bonne qualité de mon travail.

Devenu adulte et père de famille, j’ai une nouvelle fois été contraint à l’exil. Je refusais l’idée de scolariser mes enfants dans des écoles parallèles réservées aux seuls réfugiés, mais surtout, je ne pouvais soutenir la propagande encourageant les jeunes afghans à s’engager dans la guerre qui faisait rage en Syrie. Ma famille s’est mise en chemin en direction de la Turquie en 2015. Mon fils aîné Morteza avait 11 ans.

A la frontière turque, nous sommes tombés dans une embuscade. Nombreux sont ceux qui ont perdu la vie sous les balles. Nous avons été capturés par les forces iraniennes. Seul Morteza est parvenu à s’échapper. Nous avons appris plus tard qu’il avait réussi à rejoindre la Suisse avec d’autres Afghans. Il y vit actuellement en tant que mineur non-accompagné.

Nous n’avons vécu dès lors que dans le souhait de pouvoir le rejoindre. Et nous y avons mis le prix. Un prix élevé qui nous a permis d’être libérés et de nous mettre en route une fois encore, de gagner la Turquie quelques années plus tard, puis la Grèce, en traversant comme tant d’autres la mer Méditerranée sur un bateau de fortune surchargé.

Nous sommes arrivés à Chios en été 2019. Depuis lors, je vis sous une tente avec ma femme et mes 5 enfants dans le camp de Vial. Nous avons appris à survivre sans électricité, sans accès à l’eau courante, dans un environnement d’une violence que nul ne pourrait imaginer sans y avoir vécu, inapproprié bien sûr plus encore pour des enfants qui ont subi déjà tant de traumatismes.

Nous avons entrepris des démarches pour nous permettre de rejoindre Morteza en Suisse dans le cadre d’une réunification familiale. C’est à cette période que nous avons rencontré Mary…”

Seyed Ali Heydari


“Je suis devenue l’intermédiaire privilégiée entre les membres de cette famille éclatée”

“J’ai rencontré Ali et sa famille dans le camp de Vial en automne 2019 alors que j’y effectuais une distribution de lampes solaires.

Mes passages dans le camp sont souvent l’occasion de repérer des réfugiés en manque de soin, des enfants surtout. A Vial, impossible ou presque pour eux d’obtenir une consultation médicale. Les médecins sont si rares ! Ali nous a interpellé pour nous parler des difficultés respiratoires de son fils Mustafa. Asthmatique depuis longtemps, il ne disposait plus de médicaments depuis plusieurs mois. Ayant jugé son état comme alarmant, nous l’avons emmené chez un pédiatre privé.

DR

À notre retour, Ali a tenu à partager le thé au lait. C’est alors qu’il m’a confié son histoire, et celle de son fil aîné qui, en Suisse, vit à quelques kilomètres de chez moi. Je me suis engagée à aller lui rendre visite et à soutenir leur démarche pour obtenir une réunification familiale.

Quelques semaines plus tard, je rencontrais Morteza. J’avais dans mon sac une petite chaînette ornée d’un pendentif que son père m’avait demandé de lui remettre, ainsi qu’une photographie de la famille que j’avais pris soin d’encadrer. Nous avons partagé ce jour-là de grands moments d’émotions et je suis depuis, l’intermédiaire privilégiée entre les membres de cette famille éclatée…

Le 3 mars 2020, alors que la Grèce subissait de plein fouet les caprices d’Erdogan qui avait ouvert ses frontières, Choosehumanity a rédigé un courrier à l’intention de la Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Nous avons pensé très fort à Ali et Morteza en formulant la revendication suivante :

« La Suisse s’engage à faciliter les regroupements familiaux, et en urgence pour les familles bloquées en Grèce qui ont, dans notre pays, des requérants accueillis en tant que mineurs non-accompagnés. »

DR

Depuis, de nombreuses initiatives ont été lancées pour dénoncer les conditions indicibles dans lesquelles vivent les réfugiés en Grèce, et plus particulièrement sur les îles de la mer Égée. Choosehumanity s’est associée à la campagne de Europe Must Act qui en appelle à l’Union Européenne et aux chefs d’État des pays non-membres afin de poser des actes permettant enfin de mener une nouvelle politique migratoire, humaine et respectueuse des droits fondamentaux.

Ali et Morteza ne sont pas des cas isolés… Loin de là….

Puisse l’intense engagement de certains politiciens et de militants de tous bords, permettre de faire enfin une différence dans ce que Jean Ziegler appelle « la honte de l’Europe ».

Mary Wenker
Présidente de Choosehumanity

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