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Notre regard

L’édito | Désinformation et biais d’autorité

Sophie Malka | asile.ch

«ChatGPT peut produire des informations inexactes sur des personnes, des lieux ou des faits.»[1]Message d’avertissement adressé aux personnes utilisant pour la première fois l’application ChatGPT (2023).

Les risques de désinformation propagée par l’intelligence artificielle (IA) sont entrés en quelques années au premier plan des préoccupations politiques. Nourris par ce qui circule sur le web, les agents conversationnels peuvent produire des «vérités» susceptibles d’affecter le débat démocratique, de propager stéréotypes et préjugés. Si des sources sont désormais fournies, y compris par ChatGPT, encore faut-il faire l’effort de les consulter, de les croiser, mais surtout être capable de les évaluer.

Un exercice soumis à rude épreuve lorsque l’information porte les atours de la fiabilité et produit elle-même des erreurs factuelles. On s’attendrait ainsi des objets parlementaires soumis au Parlement fédéral que leurs auteur·es aient le souci de la justesse des termes utilisés et des faits avancés. Leur fonction – qui leur offre pouvoir et une stature de crédibilité – leur confère également une responsabilité dans notre ordre et fonctionnement démocratique. Or, sont publiés sur le site officiel de l’organe législatif des interpellations, motions, postulats ou questions dont le contenu est parfois inexact, travestissent la réalité, font des amalgames, véhiculent des stéréotypes. Des textes présentés comme des faits alors qu’ils reflètent des opinions.

Tel est le cas lorsqu’une conseillère nationale PLR parle, dans le titre d’une motion, de « migrants illégaux » pour désigner des personnes titulaires d’une admission provisoire et colporte des rumeurs quant à des soins orthodontiques financés par les contribuables [24.3951][2]Lire notre décryptage, asile.ch, Le «phénomène du tourisme médical», mais quel tourisme médical?, Sophie Malka, 9 septembre 2025. La même élue qui somme le Conseil fédéral de lutter contre le «poison» de la désinformation.

Ou lorsqu’un motionnaire affirme fin 2024, citant un vieux rapport bâlois de 2005 régulièrement cité par l’UDC, que les demandeurs d’asile coûtent 40% de plus que la moyenne de la population suisse dans le domaine de la santé [24.4584] tout en sachant que les chiffres disent le contraire: le Conseil fédéral venait de répondre à trois interpellations similaires émanant de ses collègues de partis. De même lorsqu’un autre UDC écrit [24.438] qu’avec un permis F «l’étranger est tenu de quitter le territoire» parce que le permis F «n’est pas un titre de séjour en soi», alors que les personnes séjournent légalement et durablement sur le territoire. On trouve même un Thomas Aeschi, ex-aspirant au Conseil fédéral, ajouter un hyperlien depuis une de ses questions vers le site de campagne de l’UDC «nouvelle normalité» qui a fait l’objet de plusieurs plaintes pénales pour racisme [24.7647]! 

Ces contenus infusent. Leur répétition, la multitude d’objets déposés sur le même sujet – ce que l’on peut qualifier d’abus du système – façonnent une «vérité» sous couvert de respectabilité que leur confère l’emblème du Parlement fédéral. Les propos sont souvent reprismot pour mot dans les dépêches d’agences(ats), diffusés ensuite dans les médias et lesservices d’information que l’on retrouve dansles gares, les transports publics, etc. L’intelligence artificielle s’en nourrit.

Même si on n’est pas dupe de l’intention de ChatGPT avec son message, il a le mérite de la clarté. Avertissement que pourraient apposer les services du Parlement au bas de chaque objet, à défaut de filtrer les textes des élu·es. On préférerait bien sûr que leurs auteur·es fassent preuve de rigueur. Et à défaut, rendent des comptes. La désinformation est une menace pour le débat démocratique.


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Notes
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1 Message d’avertissement adressé aux personnes utilisant pour la première fois l’application ChatGPT (2023).
2 Lire notre décryptage, asile.ch, Le «phénomène du tourisme médical», mais quel tourisme médical?, Sophie Malka, 9 septembre 2025