Le Courrier | Un suicide qui rouvre les plaies
Hasan, réfugié afghan de 29 ans arrivé mineur à Genève, a mis fin à ses jours vendredi dernier, alors qu’il était hospitalisé aux urgences psychiatriques des HUG. Une tragédie qui n’est pas sans rappeler le décès d’autres jeunes réfugiés, victimes des politiques migratoires. Nous relayons aujourd’hui l’article et l’édito de Maude Jaquet, parus dans Le Courrier, et l’appel à soutien lancé par Solidarité Tattes pour rapatrier le corps de Hasan en Allemagne, où vit une partie de sa famille, et pour soutenir sa mère, qui vit en Iran.

Solidarité Tattes | Encore un suicide d’un ex-RMNA: appel à dons
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Un suicide qui rouvre les plaies
Un Afghan de 29 ans, arrivé mineur à Genève, a mis fin à ses jours. Une tragédie qui n’est pas sans rappeler le décès d’autres jeunes réfugiés, victimes des politiques migratoires.
Un nouveau suicide survenu à Genève, annoncé en fin de semaine passée par le collectif Solidarité Tattes, rappelle la dureté des trajectoires liées à l’asile. Hasan, jeune Afghan qui était arrivé en Suisse il y a une dizaine d’années, a mis fin à ses jours le vendredi 28 août, alors qu’il était hospitalisé aux urgences psychiatriques. A l’âge de 29 ans, lui qui avait connu les routes de l’exil et les politiques migratoires, laisse une famille endeuillée, mais aussi des amis dont il partageait le parcours et les difficultés.
Ce sont eux qui ont dû annoncer son décès à ses proches à l’étranger, mais aussi procéder aux formalités en Suisse. Un événement d’autant plus douloureux qu’il réveille le souvenir d’autres disparus: Ali Reza, son homonyme Alireza et Ali P., qui faisaient tous trois partie de cette même génération d’Afghans arrivés dès 2015 à Genève. Des jeunes qui s’étaient fréquentés dans les hébergements de l’Hospice général pour certains, à l’école pour d’autres, restés en contact dans le contexte difficile qui était le leur. Pour eux, l’histoire se répète tragiquement.
«Hasan, dont la minorité n’avait pas été reconnue par la Suisse à son arrivée, avait vécu près de deux ans dans un abri de protection civile», rapporte Laure*, membre de Solidarité Tattes. A force de volonté, il avait malgré tout décroché et réussi un apprentissage, lui permettant d’entrevoir des perspectives plus durables; d’autant qu’il avait également obtenu un permis B. Selon les informations rassemblées, il n’était plus à ce jour bénéficiaire de l’aide sociale, mais à la recherche d’un emploi. Un parcours exemplaire mais des traumatismes visiblement trop ancrés, identifie tristement Laure.
Ses amis, très affectés, n’ont pas souhaité témoigner à ce stade. Ils sont accompagnés par Solidarité Tattes qui a lancé vendredi un canal pour récolter des dons destinés à couvrir les frais de rapatriement du corps d’Hasan en Allemagne – où vit une partie de sa famille – et aider sa mère restée en Iran . «Ces jeunes ont été maintes et maintes fois endeuillés. Quatre décès à Genève, mais combien d’autres sur la route? Chaque fois, l’histoire se répète et rouvre leurs plaies», constate Laure.
«Comment peut-on réparer des blessures avec de tels parcours? Même adultes, leur trajectoire laisse beaucoup trop de traces.»
A l’immense tristesse s’ajoute une sombre perspective: le Pacte sur la migration et l’asile, entré en application en juin de cette année, a vocation à durcir encore le traitement des demandeur·euses d’asile. Et notamment des plus jeunes: «On pourrait désormais voir des jeunes déboutés ou renvoyés dès 16 ans», expose Laure. Une alerte concrète alors que les conditions d’accueil des jeunes RMNA (réfugiés mineurs non accompagnés), qui ont certes connu ces dernières années des améliorations à Genève, restent déterminantes dans l’issue des parcours individuels.
Chaque mort est de trop
L’édito de Maude Jaquet
Hasan. Avant lui Alireza, Ali Reza et Ali P. C’était peu après Yemane. Cette triste litanie est celle des jeunes réfugiés ayant mis fin à leurs jours à Genève ces dernières années, faute d’avoir trouvé au bout de leur parcours harassant de quoi panser les blessures de l’exil. L’histoire s’est encore répétée, à la fin de ce mois d’août, avec le geste désespéré d’Hasan, 29 ans, pour qui l’on aurait pu penser que tout sourirait désormais, mais qui n’avait visiblement pas trouvé le repos.
Son histoire rappelle combien le parcours de ces jeunes brisés ne tient qu’à un fil. Les années de route, de sévices, de deuils, au bout desquelles se dessinent des perspectives incertaines, faites de nombreuses désillusions, laissent des traces indélébiles. La politique d’accueil se joue sur le temps long. Offrir un environnement digne, dessiner des lendemains encourageants, c’est le travail d’aujourd’hui dont on pourra récolter les fruits demain. Même si l’on observe récemment une amélioration générale de la prise en charge des jeunes (réfugiés) mineurs non-accompagnés à Genève, l’élan vient bien tard et se voit déjà menacé par les relents du pacte sur la migration et l’asile, qui facilite notamment les procédures de renvoi.
Les morts par suicide restent la pointe de l’iceberg. A l’abri des regards, d’autres sombrent, songeant au pire à défaut de voir un meilleur advenir. A celles et ceux qui en ont déjà trop vu, on demande de redoubler d’efforts pour s’intégrer, pour mériter rien qu’une chance dans notre pays. Oubliant que ce sont des enfants, des adolescent·es, des jeunes adultes avant d’être des migrant·es, en pleine construction de leurs rêves et de leur identité. A tant d’égards fragiles.
Hasan, Alireza, Ali Reza, Ali, Yemane. On voudrait que cette liste n’ait plus jamais à s’allonger, et cela passe par de vraies politiques d’accueil remettant l’humain au cœur des priorités. Prendre soin, reconstruire du lien, donner du sens à la vie. Que l’on soit décideur·euses ou simples citoyen·nes, la mémoire de ceux qui ont disparu nous oblige.
©Image de couverture (prétexte): Mc Quattro sur Pixabay