Berne | «Entre nous pas de frontières»: une mobilisation à l’intersection de différentes luttes
Charlène Wicky
26 septembre 2026, 14h30, Berne. Banderoles, pancartes, drapeaux de différents collectifs : la Schützenmatte est occupée de manière pacifiste, en réponse à l’appel à manifester de Solidarité sans frontières (sosf), rejointe par une centaine d’autres organisations, syndicats et groupes de la société civile. Le mot d’ordre: «Entre nous pas de frontières». asile.ch était sur place et propose un retour sur l’évènement.
Selon sosf, 3500 à 5000 manifestant·es se sont réuni·es dans le chef-lieu helvétique lors de ce samedi ensoleillé. Au cœur des revendications: la liberté de circulation, le respect des droits fondamentaux et les droits de citoyenneté pour tout le monde. Le cortège était hétéroclite—personnes concernées, collectifs, associations, parents, enfants—et le cri, homogène: «Kein mensch ist illegal—Personne n’est illégal».

Convergences des luttes
Si les revendications sont communes, il est pertinent de relever la diversité des collectifs et associations, visibles par leurs banderoles et pancartes, qui se sont déplacés à Berne. On relèvera notamment une forte présence de collectifs d’opposition aux renvois forcés, notamment vers le Burundi et la Turquie. D’autres en lien avec la protection des personnes persécutées pour leur orientation sexuelle, l’identité et expression de genre, le sexe biologique, sous le slogan «queers unite». Notons enfin un large panel de symboles de lutte: des keffieh, des stickers «klimastreik», ou encore des pins «anti-fasciste action». Une lecture de l’ordre de la sociologie de l’engagement peut se dessiner: celle des coalitions de cause. Il est fréquent d’observer en manifestation des luttes qui s’entremêlent, des slogans qui se répètent et la présence de collectifs à première vue moins touchés par la thématique de la manifestation. Un cadre d’analyse des coalitions cherchant à influencer les politiques publiques montre que ces collectifs partagent de nombreuses croyances fondamentales et cherchent avant tout à influencer les décisions. Le célèbre slogan «siamo tutti antifascisti» donne à voir cette mise en relation des luttes, puisque scandé dans diverses mobilisations et par différents groupes, il porte en lui bon nombre de revendications.
Une solidarité intersectionnelle
Cette convergence des luttes ne se limite pas aux slogans, banderoles ou pancartes. Elle se manifeste aussi dans les prises de parole, où des organisations relient la question des frontières à d’autres rapports d’inégalité. Sur les dix prises de parole lors de la manifestation, mentionnons notamment celle du syndicat Unia œuvrant pour les droits des travailleure·euses. Lors de sa prise de parole sur la place fédérale, Cyprien Baba, coprésident du groupe d’intérêts Migration du syndicat des travailleur·euses Unia, rappelle que les droits revendiqués concernent tout le monde, «indépendamment de son origine, de sa religion, de sa condition sociale ou de son statut». Il continue: «[mes] collègues racisé·es sont les premier·es à payer les frais des frontières. Pour elles et eux, le racisme n’est pas un débat théorique, c’est une réalité vécue dans la rue, dans les écoles, sur le lieu de travail, lors de la recherche de logement ou d’un emploi.». À cela s’ajoute la condition des travailleur·euses: «Quand un·e salarié·e n’ose pas dénoncer une injustice par peur de perdre son permis de séjour, c’est tout le rapport de force social et syndical qui s’affaiblit.». Unia élargit ainsi la portée du mot d’ordre de la manifestation en l’ouvrant au monde du travail salarié. «Face à la division, nous répondons par la solidarité, et cette solidarité doit dépasser les frontières», conclut le syndicat.
En mutualisant leurs ressources, les collectifs disposent d’une force humaine plus large, de plus de moyens financiers, d’expertises, de façon d’aller chercher le soutien de l’opinion publique et, plus largement, de légitimité.
Le très récent débat autours de l’initiative sur la Suisse à 10 millions a vu des arguments d’acteurs très variés – défense des droits humains, économie – se rejoindre et porter le « non » dans les urnes. Une intersectionnalité qui pourrait à nouveau se manifester avec l’ initiative de l’UDC « pour la protection des frontières » («Stop aux abus de l’asile! ») et son projet d’instaurer un contrôle systématique aux frontières.