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Algérie (I) | À la croisée des chemins

En ligne depuis le 26 août 2019 et publié dans

L’annonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat le 10 février 2019 malgré un AVC l’ayant considérablement affaibli en 2013 a été l’élément déclencheur d’un mouvement de protestation pacifique d’une ampleur inédite. Dès le 22 février, les principales villes du pays connaissent des manifestations réunissant des millions de personnes rassemblées pour demander le départ du président sortant.

Photo: Fethi Hamlati

Abdelaziz Bouteflika démissionnera le 2 avril sous la pression du chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, qui devient de facto l’homme fort du pays. Les manifestant-e-s restent néanmoins mobilisé-e-s afin de réclamer un véritable changement de régime, à savoir non seulement le départ de Gaïd Salah, mais également et surtout une véritable subordination de l’autorité militaire au pouvoir civil.

En toile de fond de ces évènements politiques se cachent des difficultés économiques de taille: plus d’un quart des Algérien-ne-s de moins de 30 ans est au chômage selon les chiffres officiels. La chute du prix du pétrole en 2014 ne permet plus au régime d’acheter la paix sociale comme il a pu le faire au cours des années 2000 et lors du « printemps arabe ».

UNE IMPORTANTE DIASPORA

Terre d’immigration pour les Européen-ne-s durant la période coloniale, l’Algérie est devenue au sortir de la Seconde Guerre mondiale un pays d’émigration alors que l’Europe et notamment la France manquaient de main-d’œuvre.

À partir des années 90, une fraction relativement importante des arrivées en Europe est constituée de demandeur-e-s d’asile fuyant la détérioration des conditions de sécurité provoquée par le début de la guerre civile en 1991 ayant suivi l’arrêt du processus électoral.

Cependant, le reflux de violence et le processus de réconciliation nationale engagé en 2005 n’ont pas entraîné une baisse des départs. Au contraire, il est estimé que durant les « années Bouteflika », près d’un million de personnes ont quitté le pays. En 2017, 1 790 000 individus nés en Algérie résidaient à l’étranger selon le Pew Research Centre, principalement en France. Cette émigration est caractérisée par la multiplication des motifs de départ et la diversité des profils des exilé-e-s dans un contexte international marqué par le renfoncement des restrictions à la circulation des personnes.

EN QUÊTE DE LIBERTÉS

C’est à partir des années 2000 qu’apparaît au Maghreb l’expression Harraga pour désigner « les brûleurs de frontière », des personnes qui prennent la mer sur des embarcations de fortune faute de visa afin de rejoindre l’Europe. Ces traversées reflètent l’absence de perspectives et l’aspiration à une vie meilleure dans un contexte de crise économique, mais pas uniquement.

Selon Mustapha Bouchachi, ancien président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), « si des centaines de jeunes préfèrent la mort en mer à la vie en Algérie, ce n’est pas pour fuir la faim ou le chômage, mais pour fuir l’absence de démocratie et de liberté ». En 2018, Amnesty International pointait du doigt les atteintes aux droits civils et politiques, citant notamment des actes de répression et d’intimidation à l’encontre de journalistes, blogueurs et défenseur-e-s des droits humains. Elle dénonçait également l’impunité consacrée en 2006 par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Celle-ci accorde l’immunité aux membres des groupes armés et des forces de sécurité responsables de graves atteintes aux droits humains durant la guerre civile et menace toujours d’emprisonnement les personnes qui critiquent le comportement des forces de sécurité durant cette période.

Faisant l’économie d’une analyse des causes de l’émigration, les autorités ont tenté d’enrayer le phénomène de la Harraga au travers de mesures répressives. Le Code pénal a ainsi été modifié en 2009 afin d’inclure le délit de sortie « illégale ».

VERS LA FIN DE LA “HARRAGA”?

Depuis le début du soulèvement populaire de 2019, le nombre des départs en partance des côtes algériennes semble avoir marqué le pas. Sur certaines pancartes agitées lors des rassemblements, on pouvait lire « nous avons arrêté la harga » ou encore « le dernier boti [bateau] est réservé au système ». Signe que l’espoir d’un changement de régime préfigure de nouvelles perspectives pour la population algérienne.

ALEXIS THIRY

Mena rights group

Données socio-politiques

Source: Wikimedia Commons

Capitale : Alger

Président par intérim : Abdelkader Bensalah

Langues officielles : Arabe et Tamazight

Indépendance : 1962 (de la France)

Nombre d’habitants : 41,6 millions

Nombre d’habitants : 41,6 millions

Quelques chiffres

Nouvelles demandes d’asile : 747
Cas réglés en première instance : 758
Décisions sur le fond
Asile : 3 ; Admissions provisoires (AP) : 3 ; Rejet sans AP : 129 Reconnaissance du besoin de protection après examen sur le fond : 4% (14% en 2017)

Non entrée en matière (NEM) : 469 dont 448 NEM Dublin

Un accord de réadmission a été signé entre la Suisse et l’Algérie en 2006. À ce jour, l’Algérie refuse d’accepter les vols spéciaux (renvois forcés) affrétés par la Confédération.

Contexte politique

En Algérie, 54 % de la population a moins de 30 ans selon l’Office national des statistiques. Pourtant, le pays est dirigé depuis des décennies par une classe politique vieillissante. La présidence d’Abdelaziz Bouteflika (82 ans) a symbolisé ce décalage profond entre le dynamisme de la société et l’immuabilité des élites politiques en place. Élu en 1999 dans un pays en pleine guerre civile, ce dernier a confisqué le pouvoir, mandat après mandat, en s’appuyant sur son entourage, l’appareil sécuritaire et son parti, le Front de libération nationale (FLN), qui domine la vie politique depuis l’indépendance.

Sources

Amnesty International, Algérie. Communication au Comité des droits de l’homme des Nations unies, 07.2018
Akram Belkaïd, Lakhdar Benchiba, En Algérie, les décideurs de l’ombre, Le Monde diplomatique, 04.2019
Nejma Brahim, À Oran, les jeunes Algériens remettent à plus tard leur projet de migration, Mediapart, 26.04.2019
Kamel Kateb, Bilan et perspectives des migrations algériennes, Hommes & migrations, 2012, 6-21
Hocine Labdelaoui, L’Algérie face à l’évolution de son émigration,Hommes & migrations, 2012, 22-37
Farida Souiah, Les «brûleurs de frontières» vus par la presse algérienne, orient XXI, 31.01.2017