Asociación Elin | Droit à la mobilité piétiné à Ceuta
Entre le 30 et le 31 juillet, environ 60 000 personnes ont franchi, depuis le Maroc, la frontière de Ceuta, principalement par la mer. Le bilan humain ne cesse de s’alourdir et l’écrasante majorité des personnes arrivée dans l’enclave espagnole* seraient déjà de retour au Maroc – notamment renvoyées, en violation du principe de non-refoulement et de la législation espagnole. Nous relayons aujourd’hui un post de Migreurop, qui s’appuie sur les communications de l’Association Elin, active depuis Ceuta. En outre, nous regroupons quelques données susceptibles d’éclairer cette actualité qui n’est pas sans rappeler la drame survenu à Melilla en 2022.
*Chiffres · Selon les chiffres communiqués par les médias (au 04.08.2026) sur la base de ceux transmis par les autorités espagnoles, une septantaine de personnes auraient laissé la vie au cours de la traversée. Les autorités marocaines parlent de 11 décès. L »Association marocaine des droits humains (AMDH) a, elle, fait état de « près de 130 victimes ». Quant aux nombre de renvois exécutés, il varie. Si Madrid affirme que plus de 50’000 personnes ont effectué le trajet inverse, la communication que nous relayons ci-dessous faisait été d’un nombre moins important (25’000 le 01.08.2026).
Contexte et réactions · Les raisons de ces arrivées groupées de personnes en provenance du Maroc ne sont pas clairement identifiées. Les témoignages qui ont été recueilli sur place par des journalistes et des membres de la société civile font référence à des rumeurs de « frontières ouvertes » propagées par le bouche à oreille et sur les réseaux sociaux. Cumulées aux tensions persistantes entre l’Espagne, le Maroc et l’Algérie, la récupération politique ne s’est pas faite attendre: rumeurs d’instrumentalisation des politiques migratoire et soupçons de « pression organisée » ont été vivement relayées, note Le Temps. Certains Etats européens – Italie, Danemark, Finlande – sont même allés jusqu’à réclamer l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen. Rappelons toutefois que les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla ne font pas partie de l’espace Schengen, donc le droit de libre circulation ne s’applique pas.
Cadrage · « Invasion », « afflux », « crise »: le cadrage médiatique apporté à ce nouveau drame a pu mobiliser des termes non-neutres. Au contraire, ils participent à alimenter la rhétorique d’une attaque menée contre l’Europe, de laquelle il serait légitime de se prémunir par un durcissement des politiques d’asile. A ce sujet, nous vous invitons à lire les deux articles suivants et à approfondir les enjeux de terminologie sur asile.ch.
Nous publions ci-dessous et avec leur accord le contenu d’un post paru sur le compte Instagram de Migreurop, qui s’appuie nettement sur le contenu diffusé par l’Association Elin, active sur Instagram également.
Ceuta: 60’000 personnes franchissent la frontières depuis le Maroc et voient leur droit à la mobilité piétiné
Migreurop, Asociación Elin | 1 août 2026 sur Instagram
Entre le 30 et le 31 juillet, environ 60 000 personnes ont arraché leur liberté de circulation en franchissant depuis le Maroc, principalement par la mer, la frontière de Ceuta, résidu colonial européen situé sur le continent africain et sous contrôle espagnol. Au moins 34 personnes sont décédées, et près de 25 000 auraient déjà été renvoyées de force au Maroc, en violation du principe de non-refoulement et de la législation espagnole.
Face à ce qui est présenté comme une énième «crise migratoire», l’Espagne a dénoncé une «violation de [son] intégrité territoriale par des réseaux criminels» et déployé l’armée pour venir en appui à la Guardia Civil (la gendarmerie espagnole), tandis que l’Union européenne a offert le soutien de Frontex.
Les personnes migrantes comme instrument de pression politique
Alors que les droites européennes crient à l’«invasion», dont la cause serait le laxisme du gouvernement espagnol – de gauche – et son programme de régularisation (alors même que ce programme est terminé et que les personnes arrivées à Ceuta n’y auraient de toute façon pas eu accès), c’est précisément la politique d’externalisation européenne qui est à l’origine de cette situation.
En déléguant la gestion des migrations à des pays tiers, l’UE transforme les personnes qui souhaitent rejoindre son territoire en pions entre les mains de gouvernements souvent autoritaires, qui disposent ainsi d’un fort levier de pression politique et médiatique face à une Europe gangrenée par un racisme croissant, prête à tout pour maintenir ces personnes loin de ses frontières.
Le malaise social qui pousse les citoyen·nes marocain·es à exercer leur droit à la mobilité (37 % de chômage parmi les plus jeunes), a ainsi été transformé en instrument de pression géopolitique, alors que les rumeurs sur une instrumentalisation de ces départs vont bon train… dans la foulée de l’adoption du Pacte européen sur la migration et l’asile.
Une réponse inefficace et attentatoire aux droits
Le climat médiatique est par ailleurs nauséabond: les récentes arrivées à Ceuta sont décrites comme un problème de sécurité publique, et une énième «crise migratoire» sur le sol européen, déchaînant les discours de haine, alors que si crise il y a, celle-ci est avant tout humanitaire et juridique. En effet, faute de planification régionale et nationale et de prise en compte du contexte particulier de cette enclave, les services d’accueil sur place se retrouvent débordés.
Mais loin de proposer des moyens humains et matériels supplémentaires, l’Espagne apporte une réponse militaire pour gérer la situation, faisant fi des droits fondamentaux des personnes arrivées, notamment en termes de protection internationale, comme de la législation espagnole et européenne en vigueur.
Répondre à cette lutte pour la liberté de circulation par la militarisation des frontières et par l’accélération des renvois forcés (Sánchez a déclaré que la décision du Tribunal suprême espagnol sur le non-renvoi immédiat ne s’appliquerait pas à ces personnes) a pourtant démontré son inefficacité et sa dangerosité depuis des décennies. Loin de freiner les mouvements migratoires, ces réponses hors sol n’engendrent que drames supplémentaires et violations des droits systématiques pour les personnes en quête d’exil.
La rubrique Documentation relaie des actualités et prises de position d’acteur·ices de la migration et de l’asile. Les contenus publiés reflètent les opinions de leurs auteur·ices et ne représentent pas nécessairement la position d’asile.ch.
©Image de couverture: Diego Tirira sur Wikimedia Creative Commons.