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L’admission provisoire vue par des membres de l’Association d’aide à l’intégration somalienne

En ligne depuis le 18 janvier 2013 et publié dans - modifié le 17 juillet 2017

«Cela ne changera rien», les déserteurs érythréens obtiendront une admission provisoire, affirmait la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga au Parlement, lors du débat sur la révision de la Loi sur l’asile. Dans le cadre des mesures déclarées urgentes fin septembre dernier, les déserteurs érythréens devraient désormais être exclus du statut de réfugié, et se voir octroyer une admission provisoire (permis F). Arrivée en Suisse au début des années 90, la communauté somalienne a justement été accueillie avec un permis F, alors que dans des pays tels que la Suède ou la Grande-Bretagne, elle y a bénéficié du statut de réfugié. Une différence de traitement due au fait que la Suisse, jusqu’en 2006, ne prenait que très restrictivement en compte les persécutions d’origine non-étatique généralement invoquées par les Somaliens. Ce statut provisoire  ne va pas sans soulever des difficultés, notamment d’intégration, comme nous l’ont confirmé trois représentants de l’Association d’aide à l’intégration somalienne, une entité constituée récemment pour tenter de remédier à ces obstacles.

Mohammed Duale, 34 ans, Président de l’Association d’aide à l’Intégration somalienne à Genève, arrivé en Suisse en 1991.

Liban Duale, 26 ans, membre actif de l’association, arrivé en Suisse en 1991 puis reparti en 1999 avec sa famille en Somalie. A son retour en Suisse en 2007, il reconduit une demande d’asile, adulte. Attribué au canton de Fribourg, sa demande aboutit à l’obtention d’un permis B.

Mohamed Abdi, 38 ans, membre et bénéficiaire de l’association, arrivé en Suisse en 2008. Il travaille 80 heures par mois dans le cadre du programme d’occupation de l’Hospice général.

Rosino / montage VE

Rosino / montage VE

Permis F, permis B réfugié, finalement, vous pouvez rester en Suisse, alors quelle différence?

Mohammed Duale: Recevoir le permis B réfugié revient à dire que l’on nous croit alors qu’avec une admission provisoire, on a le sentiment de passer pour des menteurs.

Liban Duale: Moi, j’ai connu les deux types de statut. Eh bien, tu remarques immédiatement la différence de traitement. A l’Office de la population du canton de Fribourg, ce qui m’a le plus surpris, c’est l’accueil réservé à ceux qui passent du 2ème étage (destiné aux permis F) au 4ème étage. Au 4ème étage, où les permis B sont reçus, tu te sens plus à l’aise et le regard des gens est différent.

Mais qu’est-ce que cela change concrètement?

Liban: Avec une admission provisoire, tout est très compliqué. Par exemple lors de la recherche d’emploi. Avec un permis B, le dispositif intégration s’enclenche et tu as un coach professionnel vers qui te tourner, poser des questions et demander conseil.

Mohammed D.: Oui, avec un permis B, la prise en charge est assurée et tu peux t’inscrire dans une agence de placement. Malgré l’ouverture du marché du travail aux personnes admises provisoirement [en 2008, ndlr], on n’arrive pas à s’inscrire dans une agence de placement. On ne veut pas de ton inscription car les employeurs ont peur, car ton séjour est soi-disant provisoire.

Mais encore?

Mohammed A.: L’admission provisoire c’est vraiment le bas de l’échelle. Tu touches l’aide sociale, c’est très dur moralement. On se retrouve dans une situation où on a l’impression de mendier. C’est le pire. Vos enfants vous ont vu être assisté et ce n’est pas une image très valorisante. Ils «mendieront» à leur tour. En somali, le terme aide sociale est traduit par «ration». C’est très évocateur. On rationne nos bons et la nourriture.

Vous parlez de la difficulté de s’intégrer économiquement, qu’en est-il de l’aspect social et mental?

Mohammed D.: On vous rappelle systématiquement que vous êtes différent, quel statut vous avez et vous devenez parano. L’estime de soi est complètement endommagée et il faut une sacrée force de caractère pour surmonter tout ça. Ce n’est pas donné à tout le monde. C’est comme un parcours du combattant. Il y aussi de nombreux cas de folie et de dépression dans la communauté somalienne, freinée dans ses ambitions d’apprentissage de la langue et du travail.

Avec un statut de réfugié, qu’est-ce que cela aurait changé?

Liban: Cela aurait été différent. A notre arrivée en Suisse, on a des rêves et des ambitions et qu’une envie, celle de se reconstruire. Toutes les difficultés qu’a connu et que connaît la communauté somalienne, c’est certainement ce qui attend la communauté érythréenne. Leur intégration en Suisse sera très difficile et relative.

Vous parlez de la difficulté liée au sentiment d’être assisté, dans quelle mesure on s’intègre mieux avec un permis B?

Mohammed A.: Avec le permis B, tu peux trouver un travail plus facilement, mieux apprendre la langue, travailler et c’est la base pour s’intégrer. Aujourd’hui, je me sens inutile. Je ne contribue pas à la société et c’est dégradant comme sentiment. J’ai l’impression que mon permis est plus important que ma personne. Alors, même si je fais partie du programme d’occupation proposé par l’Hospice général, environ 80 heures par mois et je suis défrayé, il n’y a pas vraiment de reconnaissance et c’est ça qui est dur au quotidien. Mais au moins ça me permet de faire quelque chose de ma journée et de me lever. C’est une toute petite chose mais ça change mon quotidien.

Comment envisagez-vous l’avenir des Somaliens dans un pays comme la Suisse avec un titre de séjour stable?

Liban: La plupart des Somaliens envisageront leur avenir en Suisse. Ils ne penseront plus à partir en Amérique du Nord ou dans les pays nordiques. En Scandinavie et en Grande-Bretagne, ils ont obtenu le statut de réfugié et ils sont mieux intégrés que nous ici. Il y a des commerces et des restaurants tenus par des Somaliens, même des journalistes, ce qu’on ne voit pas en Suisse. Là-bas, les Somaliens sont engagés et intégrés dans la vie locale.

Mohammed D.: Je vais vous raconter une petite anecdote. Lorsque vous êtes invités chez quelqu’un, vous êtes l’invité. L’invité se contente de ce rôle, est assis, ne bouge pas. Ce n’est pas comme celui qui se sent comme à la maison, qui est à l’aise et qui aide l’autre. C’est un peu l’image de la Suisse qu’ont les Somaliens. Mais on aimerait que ça évolue et on va tout faire pour.

Propos recueillis par Alexa Mekonen

L’admission provisoire, un statut contraignant qui limite l’intégration et précarise

“Les titulaires d’un permis F sont des personnes dont la demande d’asile a été refusée faute de preuves d’une persécution individuelle, mais qui ne peuvent pas retourner dans leurs pays d’origine, notamment du fait de l’insécurité qui règne pendant ou après un conflit ou une guerre civile. Les autorités accordent également une «admission provisoire», si le renvoi se révèle illicite (violation du droit international public) ou matériellement impossible pour des raisons techniques (art. 83 LEtr). Le permis F est valable douze mois et renouvelé d’année en année. A noter que l’admission provisoire se pérennise dans la majorité des cas, malgré l’appellation “provisoire”. Les autorités constatent qu’une grande partie (environ 80%) des personnes admises à titre provisoire restent pendant de nombreuses années- et souvent pour le restant de leur vie-en Suisse.”

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