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Accords de Dublin: à l'épreuve d'un renvoi en Italie

Témoignage

Accords de Dublin: à l'épreuve d'un renvoi en Italie

En Italie, à l’abandon

En ligne depuis le 26 septembre 2013 et publié dans - modifié le 22 juillet 2017

Madame S., d’origine éthiopienne, est la mère de deux filles, la première âgée de 4 ans, la seconde née en Suisse il y a un mois. Elle explique qu’après un premier renvoi de Suisse en Italie, il y a 3 ans, en application des accords de Dublin, elle a vécu en Sicile avec son conjoint et leur fille, alors âgée de 1 an, à Agrigento. Ils ont été hébergés dans un centre pendant un mois puis expulsés. Ils n’avaient nulle part où aller et ils se sont donc retrouvés dans la rue. Ils se sont rendus à la gare et sont restés là pendant trois ans, à vivre dehors, sans aucun secours. Ils n’avaient aucun argent et rien à manger. Ils devaient mendier pour se procurer de la nourriture. Des passants leur donnaient des fois des choses, du pain ou des aliments à consommer sans cuisson, mais pas tous les jours. Certains jours, ils n’avaient rien à manger et ne pouvaient rien donner à leur enfant en bas âge. Des fois, on leur apportait du lait pour l’enfant mais ce n’était pas souvent. Il n’y avait aucune organisation caritative pour les aider et ils dépendaient entièrement des passants pour leur survie, qui les voyaient là et quelques-uns avaient pitié d’eux. Les autorités ne leur ont jamais porté secours.

Ils possédaient une couverture dans leurs affaires et ils l’ont utilisée pendant ces trois ans. Ils avaient très peu de vêtements et ils devaient en chercher dans les poubelles pour avoir quelques rechanges. Ils devaient laver leurs habits à la fontaine ce qui était insuffisant comme hygiène. Mme S. devait prendre de l’eau dans des bouteilles vides pour aller se laver dans la forêt. Il n’y avait pas de toilettes et elle devait aller dans la forêt, elle et sa petite fille.

En hiver, il faisait très froid et ils devaient dormir dehors avec l’enfant. Les jours de pluie ou de vent, il n’y avait nulle part où s’abriter. C’était très difficile. D’autres gens désœuvrés vivaient là, comme eux. Beaucoup étaient ivres et la nuit, c’était dangereux. Il y avait souvent des bagarres et la famille a souvent été dérangée et menacée.

Le conjoint de la requérante les a abandonnées il y a quatre mois. Elle ne sait pas où il est parti. Après son départ, elle s’est retrouvée avec sa fille et elle était enceinte. C’était devenu très dangereux car elle risquait d’autant plus d’être agressée. Une personne l’a aidée à quitter la Sicile et elle est venue en Suisse.

Elle a accouché depuis peu et elle est maintenant seule avec deux enfants. Elle a beaucoup souffert en Italie. Elle vivait dans des conditions extrêmes de survie et elle est épuisée. Quand ma fille avait de la fièvre, elle n’avait aucun secours, aucun médicament et aucun médecin. Ils n’avaient même pas assez à manger.

Bureaucratie implacable

Sur cette situation, l’ODM a ordonné, un mois après le dépôt d’une nouvelle demande d’asile en Suisse et le jour même de la naissance du second enfant, le renvoi de la requérante en Italie, en application des accords de Dublin, parce que, nous dit l’autorité, les conditions de vie difficiles en Italie ne constituent pas un motif de non-renvoi du fait que l’Italie est liée par la Directive « accueil »    de    l’Union européenne qui lui impose de prendre les mesures permettant de garantir un niveau de vie adéquat pour la santé et d’assurer la subsistance des demandeurs d’asile. A l’attention de l’autorité de police cantonale, l’ODM préconise l’exécution du renvoi dans un délai d’un mois après l’accouchement.

La bureaucratie, c’est cela : donner une justification abstraite, fondée sur des réglementations ou des lois produites, de l’indifférence de l’autorité à la violence subie par les personnes. Ce n’est pas la priorité de l’ODM, la protection des personnes contre les traitements inhumains et dégradants. On lit, dans la décision de l’autorité, que le problème de la torture relève de la responsabilité du gouvernement italien, tandis que la tâche de l’autorité suisse est de diminuer « l’attractivité » du domaine de l’asile, quelles que soient les conséquences pour la dignité ou la survie des personnes et de leurs enfants.


KARINE POVLAKIC

Particulièrement choqués par les conditions indignes rencontrées par cette jeune femme et ses deux filles nous avons écrit le 16 juillet au Service de la population du canton de Vaud (SPOP), pour lui faire part de notre intention de publier ce témoignage, et de notre vive préoccupation. Le nom de cette dame est anonymisé :

L’éventualité d’un renvoi vers l’Italie en vertu de l’accord de Dublin dans l’état de vulnérabilité dans laquelle Madame S. se trouve – mère seule avec deux enfants en bas âge dont un nourrisson nous paraît totalement inconcevable, au vu du dénuement auquel elle a juste survécu. Madame S. et sa fille aînée ont failli mourir de faim faute d’assistance en Italie.

Les rapports d’ONG concordent à démontrer que l’accueil des réfugiés, même vulnérables, y est déplorable. Son témoignage ne vient que confirmer ce que les rapports d’organisations internationales décrivent. Que l’Italie ait signé des conventions ou des directives européennes ne change rien à la réalité sur le terrain. Renvoyer la famille S. comporte un risque certain de la conduire à la mort.

Dans sa réponse, datée du 16 juillet, le SPOP nous répond que du fait que Vivre Ensemble n’est pas mandataire de la personne concernée, aucune information concernant sa situation ou l’état de sa procédure ne peut nous être transmise. La suite de la lettre se décline dans des termes particulièrement exempts d’empathie:

Dans le cadre d’un récent voyage effectué sur le terrain, une experte de l’OSAR a constaté le dénuement total dans lequel vivent les réfugiés reconnus en Italie. En août, l’organisation a appelé les autorités fédérales à” renoncer aux renvois Dublin vers l’Italie pour les personnes vulnérable et recommandé l’examen individuel et consciencieux de chaque transfert. L’OSAR demande de renoncer aux renvois vers l’Italie notamment pour les personnes atteintes d’une maladie psychique ou physique, pour les femmes et les enfants seuls. Le manque de logements et de soins de santé représente une menace pour la dignité et pour les droits des réfugiés.”

SOPHIE MALKA

Article sur le même sujet: http://droit-de-rester.blogspot.ch/

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